Jusqu’au 23 avril, le MuCem de Marseille accueille une exposition dédiée au roman photo. Un genre souvent méprisé car mal connu, et qui pourtant peut se contempler autant sous l’angle artistique que comme un témoin de la société de son temps.

D'anciennes unes du magazine "Nous Deux" dans l'expo "Roman Photo" au MuCem
D'anciennes unes du magazine "Nous Deux" dans l'expo "Roman Photo" au MuCem © AFP / BERTRAND LANGLOIS

Souvenez-vous, c’étaient les années 50, plus d’un demi-siècle avant que les "50 nuances" ne fassent frissonner les amateurs et amatrices d'histoires torrides, bien avant même que les histoires d'amour des romans de la collection Harlequin ne captivent des millions de lecteurs et de lectrices. A cette époque, la France découvrait un genre d'histoires nouvelles, venu d'Italie où il était né quelques années plus tôt : le roman-photo. 

Dans le cadre de la saison culturelle Marseille-Provence-2018, le MuCem (Musée des cultures d'Europe et de la Méditerranée) accueille jusqu'au 23 avril une exposition simplement intitulée "Roman Photo", qui s'attache à réhabiliter cet art mal connu et donc souvent méprisé.  

Car se plonger dans l'histoire du roman-photo permet d'aborder le sujet "d'une part sous l'angle de la photographie, en ayant un contact direct à l'image (…) et d'autre part, regarder ces images en les replaçant dans leur contexte historique et sociétal", explique Marie-Charlotte Calafat, l'une des commissaires de l'exposition, dans le dossier pédagogique qui lui est consacré.  

Un témoin de l'époque 

L'image que vous avez du roman photo n'est peut-être pas fausse : à sa naissance en 1947 en Italie, puis avec son arrivée en France dans les années 50 via le magazine Nous Deux, le roman photo était avant tout consacré à des histoires sentimentales. Et en général, des romances qui finissent bien, un moyen de s'évader, de rêver, après les années difficiles de la guerre, tout en se rattachant au vrai monde, où les personnages sont incarnés.  

Vue de l'exposition "Roman Photo" au MuCem de Marseille
Vue de l'exposition "Roman Photo" au MuCem de Marseille © AFP / Bertrand Langlois

Mais au-delà de la qualité photographique des pièces présentées dans l'exposition – issues notamment du fonds d'archives du plus gros éditeur italien de romans photo, Mondadori – les romans photo de cette époque sont des témoins de la société, "qui a soudain considéré que l'amour était prisonnier et que rien ne pouvait être plus beau que de le libérer", selon l'essayiste Marcela Iacub dans le catalogue de l'exposition.  

Dans les romans photo, les histoires d'amour sont plus fortes que tout, que les conventions, que les préjugés, et cela va contribuer, chez les ménagères de l'époque, principale cible de ces publications, à une progressive remise en cause de l'idée du mariage bourgeois à l'ancienne.  

Des parodies et des films 

Le roman photo peut-il donc être consacré au rang d'art ? La question peut faire débat, mais il y a un argument qui penche en faveur du oui : comme n'importe quel genre artistique, il a été parodié, ses codes ont été réappropriés par d'autres artistes pour leurs propres créations. D'abord en élargissant le support à des genres littéraires plus sulfureux, comme le roman noir ou les histoires érotiques, mais rapidement aussi, en l'ouvrant au second degré de revues comme Hara-Kiri, qui publiait aussi ses propres romans photo.  

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Mais surtout, ce sont les autres arts, considérés comme plus nobles, qui s'en sont emparés. Les organisateurs de l'exposition rappellent que le film La Jetée du cinéaste Chris Marker (qui a inspiré L'armée des 12 singes de Terry Gilliam) est sous-titré "Photo-Roman" et en reprend les codes, en ce qu'il est une succession de photos, avec un récit sonore.  

Et dans l'art contemporain, les situationnistes, actifs dans les années 60 et 70 avec des œuvres percutantes dont le contenu était très engagé, ont eux aussi repris les codes du roman photo. Certains peintres contemporains majeurs, comme le Français Jacques Monory (connu pour ses tableaux teintés de bleu), se sont aussi inspirés de cette estéhtique. 

#jacquesmonory #sothebys

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Toujours d'actualité 

L'exposition du MuCem évoque tous ces aspects et jette également un pont avec le présent, en proposant des portraits de ceux qui, aujourd'hui encore, sont friands de romans photo. Car en 2018, le roman photo n'est pas qu'un objet de musée, la revue Nous Deux est encore tirée à plus de 200 000 exemplaires par numéro, et le très branché groupe L'Impératrice s'est inspiré de ses romans photo pour l'un de ses clips. 

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