- Ballet et orchestre du Théâtre Mariinsky. Chorégraphe originale de Vaslav Nijinski et création de Sasha Waltz les 29, 30 et 31 mai

- Tanztheater Wuppertal/Pina Bausch – Chrorégraphie Pina Bausch les 4, 5 ,6 et 7 juin

Trois Sacre chorégraphiés

Vaslav Nijinski – Sasha Waltz – Pina Bausch Revenons aux origines. Avril 1913, Nijinski, star des Ballets Russes et depuis peu intronisé chorégraphe de la compagnie, répète les deux créations au programme de la huitième saison parisienne de la troupe de Diaghilev. Ce dernier a déjà séduit le tout Paris depuis plusieurs saisons mais ce printemps-là, l’enjeu prend une nouvelle dimension. La présence de la troupe de Diaghilev comme point d’orgue de l’inauguration du tout nouveau Théâtre des Champs-Elysées, le « palais philharmonique » rêvé par son fondateur Gabriel Astruc attire tous les regards.

Le sacre du printemps de Stravinsky
Le sacre du printemps de Stravinsky © Natasha Razina

Le lyrique y tient une place de choix, non seulement avec les représentations de la Pénélope de Fauré, celles de Benvenuto Cellini, du Freischutz, de Lucia di Lammermoor et du Barbier de Séville mais aussi avec la présence du grand Chaliapine pour une reprise de Boris Godounov et surtout la première française de La Khovantchina. Enfin, on attend avec impatience le nouveau ballet composé par Stravinsky et chorégraphié par Nijinski.Lors de la soirée du 29 mai, Le Sacre du printemps est le second des quatre ballets du programme, mais il va focaliser à lui seul toutes les attentions et créer un véritable « électrochoc ». Ce soir-là, le Théâtre fut non seulement le lieu de l’un des plus célèbres scandales artistiques mais aussi celui où se tourna de façon irréversible une page majeure de l’histoire de la danse.Précédé des romantiques Sylphides et suivi du poétique Spectre de la rose et des athlétiques Danses polovtsiennes du Prince Igor, le Sacre, à la partition forte et novatrice à bien des égards, appartient sans conteste à celle dont Proust déclara qu’elles sont « forcément incomprises au jour de leur création car elles seules peuvent engendrer le public capable plus tard de les comprendre ».Les témoignages sur cette soirée de première sont multiples. La salle était comble du public parisien le plus chic, le plus cultivé, mais aussi le plus snob du moment. Ce même public qui, s’il avait mal vécu l’érotisme de L’Après-midi d’un faune la saison précédente, assisté avec indifférence au tout nouveau Jeux de Debussy mais s’était délecté de la sensualité flamboyante de Shéhérazade quelques jours auparavant, ne s’attendait pas à de telles audaces musicales et chorégraphiques. Des insultes riches en images fusèrent pendant la représentation même et devaient devenir célèbres.

Le sacre du printemps de Stravinsky
Le sacre du printemps de Stravinsky © Natasha Razina

Ce Sacre initial ne connaîtra au final que huit représentations, cinq ici-même puis trois à Londres en juillet 1913. Ce ne fut pas le scandale de sa création qui lui fut fatal mais les raisons de coeur, Nijinski ayant eu l’affront de quitter Diaghilev pour convoler en justes noces. Il fut banni par le maître et l’ensemble de ses ballets retirés du répertoire de la compagnie.Sept ans plus tard, en décembre 1920, Les Ballets Russes sont de retour avenue Montaigne pour y donner leur 13e Saison parisienne. Le Sacre est inscrit au programme, toujours avec les décors et costumes originels de Nicolas Roerich, mais dans une nouvelle chorégraphie de Leonide Massine, désormais « compagnon » de Diaghilev et chorégraphe en titre de la compagnie.Au début des années 1970, une américaine, Millicent Hodson, chorégraphe et historienne de la danse et un anglais, Kenneth Archer, historien d’art, s’attachent à redonner vie au Sacre de Nijinski. Pour cela, ils réalisèrent un minutieux travail sur les différentes sources encore accessibles, quelques rares photographies, les dessins de Valentine Gross, les esquisses de Roerich, les différents récits de celles et ceux qui participèrent à cette aventure dont celui de Marie Rambert, qui avait été « assistante pour les mouvements » de Nijinski en 1913. En septembre 1990, ce Sacre « reconstitué » retrouvait sa scène d’origine à l’occasion des représentations du Joffrey Ballet.Depuis, cette reconstitution est entrée au répertoire de nombreuses grandes compagnies internationales, dont celle de l’Opéra de Paris en 1991 et du Mariinsky de Saint-Pétersbourg en 2003. En miroir et dans la même soirée sera présentée la versioncommandée par le Théâtre à la chorégraphe berlinoise Sasha Waltz qui, à son tour, aura à coeur de s’emparer de ce « mythe » (29, 30 et 31 mai).

Le sacre du printemps de Stravinsky
Le sacre du printemps de Stravinsky © Bernd Uhlig

Parmi les nombreuses chorégraphies qui ont vu le jour au cours du XXe siècle – le Sacre est sans doute la pièce musicale qui a été la plus chorégraphiée depuis sa création –, celle que signa en 1975 Pina Bausch reste l’une des plus emblématiques et des plus réussies. La chorégraphe allemande y retrouvait la violence primitive, tribale, que Stravinsky avait voulu donner à sa partition. Elle exige des interprètes une énergie absolue, jusqu’à l’épuisement. C’est la première fois que ce chef-d’oeuvre du ballet « moderne » sera dansé au Théâtre des Champs-Elysées par le Tanztheater WuppertalPina Bausch (4, 5, 6 et 7 juin).

Le sacre du printemps de Stravinsky
Le sacre du printemps de Stravinsky © Bernd Uhlig
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