Il faisait beau et chaud hier au Musée Calvet d'Avignon et pourtant, le public a pris place très tôt pour ne pas rater l'hommage à l'une des grandes âmes d'Avignon, non pas un artiste mais un directeur, Alain Crombecque. Mort l'année dernière, Crombecque fut l'un des grands meneurs du Festival d'Avignon puis le fervent directeur du festival d'Automne à Paris. Joelle Gayot, productrice d'une émission consacrée au théâtre sur "France-Culture" et le critique dramatique de "Rue 89", Jean-Pierre Thibaudat, ont rendu hommage brillamment durant deux heures à celui qui, à Avignon, fut l'un de ceux qui permit à Antoine Vitez de s'épanouir et de proposer des aventures théâtrales inoubliables. Vitez, l'auteur de cette phrase magnifique : "un théâtre élitaire pour tous".Alain Crombecque évoquait souvent son ami metteur en scène, regrettant le projet suspendu, à sa mort en 1989, d'une mise en scène de "l'Orestie" dans la Cour. Dans l'émission diffusée en direct hier soir sur Culture, on entendait les souvenirs érudits de Thibaudat mais aussi la propre mémoire du disparu. Crombecque évoquait notamment son lien avec Vitez, passionnant retour en arrière sur l'intelligence et les doutes de celui qui conçut entre autres une nuit entière de théâtre dans la Cour du Palais des Papes, en 1985 : "le Soulier de Satin" de Claudel. 12 heures de partage nocturne entre les spectateurs et la troupe Vitézienne : Ludmilla Mikaël, Madeleine Marion, Didier Sandre, Valérie Dréville...Patrice Chéreau est venu s'asseoir à la table et s'est souvenu de ce personnage familier et silencieux qui l'a accompagné à Nanterre puis l'a encouragé à venir monter "Hamlet" à Avignon, en 1988. A l'époque, le metteur en scène dirigeait Nanterre et c'est avec 40 personnes de son théâtre qu'il est descendu au festival, décentralisant véritablement son lieu avec ses administratifs et ses élèves (Vincent Perez, Laurent Grévil, Valeria Bruni Tedeschi, Laura Benson...). Chéreau a rappelé qu'il détestait le plein air, mais qu'Alain Crombecque dont il admirait le flair avait su le convaincre.Il se dit d'ailleurs que Vincent Baudriller aurait également réussi à faire venir en 2011 Patrice Chéreau avec une pièce, peut-être un Jon Fosse dont le metteur en scène va monter des pièces cette année à Paris?Entre deux interviews, des acteurs ont lu les auteurs choisis par Crombecque. Sami Frey a ouvert et clos l'hommage avec des extraits de "Je me souviens" de Pérec qu'il avait joué à Avignon sous le mandat du directeur en 1988. Jacques Bonnaffé a lu Aimé Césaire, "le discours sur le colonialisme", Valérie Dréville, un extrait du "Soulier de Satin", Michèle Guigon a chanté, accordéon en bandoulière.Il a été question bien entendu de Jean Vilar, le fondateur du festival, puisque Crombecque n'a cessé de respecter l'esthétique vilarienne, à savoir son goût pour la cour, le plein air et l'art de l'acteur dans ces lieux mythiques d'Avignon. A écouter Joelle Gayot, Chéreau, Thibaudat et les lectures, il était difficile de ne pas penser que la disparition de ce personnage secret a profondément atteint celles et ceux qui font le théâtre français et européen et tous les spectateurs qu'il a nourris de son talent hors norme . Les mots de Vilar lui vont bien : "J'aimerais laisser dans le coeur de quelques uns le souvenir de l'honnêteté" . L'hommage à Alain Crombecque est en ligne sur franceculture.comL'émission de Joëlle Gayot a lieu le mercredi à 15 heures, "les mercredis du théâtre". Prochain rendez-vous mercredi 21 juillet pour un spécial "Richard II".

JP Thibaudat, Joëlle Gayot, P Chéreau
JP Thibaudat, Joëlle Gayot, P Chéreau © D Allard
Sami Frey
Sami Frey © Radio France
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