Quelques heures avant la vente aux enchères de sa "Rubik Mona Lisa" estimée à 150.000 euros, rencontre avec l'artiste qui dissémine ses personnages pixelisés sur les murs des villes du monde entier, tout en conservant jalousement son anonymat.

La "Rubik Mona Lisa" de l'artiste Invader, avant sa vente aux enchères
La "Rubik Mona Lisa" de l'artiste Invader, avant sa vente aux enchères © Maxppp / IAN LANGSDON

Rencontrer Invader... C'est le fantasme des 100 000 fans qui, partout dans le monde, font la chasse aux œuvres d'Invader, star du street-art ayant réussi à rester totalement anonyme.

Aujourd'hui, Invader a plus que réalisé son rêve : réussir des invasions urbaines avec ses petits personnages pixelisés, ses "space invaders", inspirés d'un jeu vidéo des années 1980 et qu'il décline selon le contexte de la ville, des rues, de leur nom, de leur histoire. De l'art contextuel qui ne manque pas d'humour.

À ce jour, Invader comptabilise 4 000 installations dans 79 villes dans le monde, dont 1 437 "space invaders" rien qu'à Paris. Rendez-vous est pris à 13 heures, place Stravinsky, dans la capitale, sous sa plus grande œuvre : une installation de 70 m2, à côté d'une immense fresque au pochoir de Shepard Fairey qui porte l'inscription "Le futur n’est pas écrit, le savoir et l’action font le pouvoir".

Street-artiste anonyme

Invader arrive, casque de moto à la main, casquette, lunettes de soleil... Comme les street-artistes Banksy et JR, il cultive son anonymat pour des raisons objectives :

J'ai commencé à me cacher, car ce que je faisais - et que je fais toujours - reste illégal, même si c'est quand même mieux accepté. Peu à peu c'est devenu une des composantes de ce projet. Invader est une personne dont on ne connait pas le visage.

"Vous voyez, devant une pièce comme celle-ci, toutes les cinq minutes, il y a une personne qui s'arrête. Je peux entendre les commentaires des gens et ils sont loin d'imaginer qu'Invader est juste à côté d'eux en train de les observer ou d'écouter les commentaires. C'est assez jouissif, quand même !", s'émerveille l'artiste.

Mais alors, comment fonctionne-t-il avec ses proches ? "Certains l'ignorent, mais j'ai fait mon 'coming out' par rapport à ma famille qui me croyait carreleur ou installateur de salle de bains pendant longtemps. J'essaie quand même de divulguer le moins possible l'information autour de moi", confie-t-il.

Très décontracté derrière son personnage masqué, Invader regarde avec un certain amusement sa cote s'envoler sur le marché de l'art. Lui dont la démarche artistique se fait pour et par la rue et qui installe encore lui-même la nuit, de manière "sauvage" ses alien-humanoïdes dans les villes.

Paris, près du Bassin de la Villette
Paris, près du Bassin de la Villette © Maxppp / Aurélien Morissard

Invader invente le Rubikcubisme

Pas sûr du tout qu'Invader viendra dans la salle des ventes ce dimanche pour sa Mona Lisa. Cette œuvre fait partie de son autre travail : une toute autre démarche en atelier où il revisite des chefs-d’œuvre de l'histoire de l'art en version Rubik's cube. Un style qu'il a lui-même baptisé "le Rubikcubisme".

Une trentaine d’œuvres ont déjà été réalisées, revisitant par exemple L'origine du Monde de Courbet, La grande odalisque d'Ingres, ou Le cri d'Edvard Munch. Et la première de sa série des "Rubik's Masterpieces", c'est bien sûr l'adaptation de la Joconde de Vinci.

Pour réaliser cette version en 3D, il lui aura fallu pas moins de 330 Rubik's cubes, ce petit casse-tête qui nous a rendus dingues dans les années 80, avec ses 43 milliards de combinaisons colorées différentes. Si la Joconde doit se regarder au plus près, les yeux dans les yeux, la Rubik Mona Lisa, elle, se regarde de loin, pour en avoir l'effet 3D. Qu'en aurait pensé Léonard de Vinci ? Invader répond : 

La Joconde en Rubik's cube ne manque pas de sens, car Léonard de Vinci était un artiste-ingénieur et le Rubik's cube a été inventé par un scientifique ! Cela l'aurait sûrement amusé.

L'artiste Invader lors de l'installation de PA_217 à Paris
L'artiste Invader lors de l'installation de PA_217 à Paris / Invader

Les invasions d'Invader ne s'arrêteront pas là

Loin des salles des ventes, ce qui fait vraiment vibrer ce street-artiste c'est vraiment l'espace public. "Installer moi-même mes œuvres sur les murs des villes fait partie de l'œuvre, du concept", rappelle-t-il. Et moi qui rêve évidemment de venir participer à une de ses installations sauvages... "Pourquoi pas !", répond-il avec le sourire.

Mais après autant d'invasions urbaines, à quoi peut-il encore rêver ? Car il a même réussi à envoyer une de ses œuvres dans la station spatiale internationale, à en enfouir une autre sous les eaux de la baie de Cancun qui abrite un musée sous-marin et à en installer une troisième, son plus haut Space Invader, au-dessus de la Tour Eiffel. Réponse : "Sur la lune, pourquoi pas ?"

En attendant, sur la planète Terre, certains ne trouvent pas beaucoup de charme à ses petits aliens pixelisés. Si des dizaines de ses installations ont été subtilisées par des fans ou des chasseurs de prime, à Hong Kong, toutes ses œuvres ont été décrochées par les autorités. 

Si certains propriétaires sont prêts à le payer cher pour en avoir une sur leur façade, au Japon en particulier, ce n'est pas du tout la même histoire. À cause de plusieurs plaintes déposées contre ses installations, il est persona non grata au pays du Soleil Levant. Signe que le street art perturbe encore l'ordre et l'espace public... Et c'est tant mieux !

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