Aujourd’hui est un jour férié puisqu'il s'agit du 1er-Mai, fête mondiale ou quasi mondiale du travail. C'est ainsi l'éternel retour du 1er-Mai où on ne fait rien, si ce n'est défiler en mode syndical et acheter du muguet.

Muguet
Muguet © Getty / mrs

Drôle de plante d'ailleurs que ce muguet qui symbolise le retour du bonheur dans le langage des fleurs et dont les graines sont très toxiques - toxiques surtout chez l'enfant, beaucoup moins chez l'adulte, ou alors juste un brin, d'où l'idée d'interdire l'exposition du travail à l'enfant alors que l'adulte lui a le droit de travail.

Parce que oui, travailler est un droit selon le premier alinéa de l'article 23 de la déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. Un drôle de droit finalement lorsqu'on sait que le mot "travail" vient du latin "tripalium", qui était un instrument de torture utilisé par les Romains pour punir les esclaves - tout est quasiment dit ici.

On est donc en droit, justement de se poser la question : le travail est-il toxique ou pas ? Certains métiers le sont, on le sait, mais qu'en est-il du concept du travail lui-même ? Voilà un très joli sujet de philo pour le prochain bac - le bac à fleurs, évidemment.

Je signale d'ailleurs, point historique et politique, que le muguet n'a pas toujours été associé à la fête du travail puisque le premier homme politique à émettre l'idée d'une fête du travail était Philippe-François-Nazaire Fabre, dit Fabre d’Églantine et qu'en son honneur on a longtemps porté une églantine à la boutonnière. 

Pour mémoire, c'est Raymond Lavigne, un syndicaliste bordelais qui instaura le 1er-Mai et le premier 1er-Mai eu lieu en 1990. Personne ne portait la feuille de vigne (en hommage à Raymond), ce qui aurait pu être amusant : imaginez les syndicats à poils dénonçant les patrons désireux de plumer les salariés… mais non : lors de ces premières manifs, tout le monde arborait donc une églantine - églantine dont la fleur est une rose avec épine et pétales.

Il est tout de même étrange et signifiant que le travail soit ainsi symbolisé à la fois par une plante toxique et par une fleur à épines. Non pas que le travail soit à ce point dangereux et détestable mais enfin, il faut toujours regarder à travers le miroir pour se rendre compte de l’entièreté des choses : d'un côté il y a un millions de muguets avec ses petites fées clochettes et une belle rose avec ses couleurs écarlates et ses pétales soyeux, mais de l'autre côté, la réalité est un peu moins reluisante quand la fleur s'apparente à un leurre et joue les injonctions contradictoires. Ça me rappelle une scène de la Sirène de Mississippi reprise dans Le Dernier Métro, deux fils de François Truffaut : une phrase dite par Bébél et l'autre dite par Depardieu : 

Aimer est une joie et une souffrance.

Eh bien, finalement, travailler aussi - et ça, c'est la nature qui nous le dit. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme et revient toujours...

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