"La Pastille antivirus" que propose ce moment un groupement d'éditeurs jeunesse ne contient ni chloroquine, ni antibiotique. On y trouve des petites doses de poésie, d'humour, des voyages, et des couleurs qui ramènent au pays de l’enfance.

Illustration du livre Maestro, lu par François Morel pour les éditions Margot et proposé sur le site de la Pastille antivirus
Illustration du livre Maestro, lu par François Morel pour les éditions Margot et proposé sur le site de la Pastille antivirus © Thibault Prugne/ Margot

C'est la dose de poésie qui fait du bien aux enfants comme aux parents. Huit maisons d’édition françaises, suisses ou québécoises (Cipango, D’eux, Éditions du Ricochet, Helvetiq, HongFei, Le Muscadier, L’initiale et Margot) s’associent, le temps du confinement, pour proposer sur un site commun des lectures, des vidéos, des histoires aux jeunes et à leurs parents. Des poids lourds de la bande dessinée ou de la littérature ont fait des offres au public ces derniers temps, mais ici ce sont de toutes petites maisons qui se consacrent à la littérature jeunesse. Elles le font dans un esprit d’ouverture au monde, d’accès sensible à la connaissance, et d’interrogation sur la transformation individuelle. 

Loïc Jacob, fondateur des éditions HongFei estime que cette expérience est originale en ce qu’elle met en lien plusieurs éditeurs qui se connaissaient à peine, et n’avaient pas l’habitude de travailler ensemble. "Dans l’édition, on partage parfois des stratégies générales sur l’état du marché, mais on n’élabore jamais rien à plusieurs" explique-t-il. 

Dans l'espoir de liens plus authentiques

Ces huit petites structures d’édition traverseront des mois très difficiles fin 2020 quand la fermeture des librairies de ce printemps fera sentir ses effets sur leurs chiffres d’affaires, mais ce qui est sûr c’est qu’en ce moment se joue autre chose. "On sent qu’il faut tenir le lien avec les lecteurs, entre professionnels, et on voudrait qu’après, les choses soient différentes, que les liens soient plus sensibles et plus vrais", confie Loïc Jacob.

Cette Pastille antivirus permet aux huit participants de faire des choix tout à fait libres mais de partager un public qui est tout de suite venu à eux, attiré par cette dose d'imaginaire. 

On peut feuilleter par exemple le conte de Georges Didi Huberman, Des Lucioles, qui nous encourage à chercher les lumières, même minuscules et fragiles que les lucioles. Il nous invite à les partager et à devenir lucioles nous-mêmes, porteurs de lumières et d’actes libres, fraternels, confiants et résistants. Amélie Jackowski illustre ce conte publié par les éditions de L’initiale.

"Incontestablement, il y a une demande. Jusqu’à présent le secteur jeunesse était un peu à l’écart du numérique, mais depuis la mi-mars, l’offre étant plus importante, venue de tous les secteurs de l’édition, la demande va peut-être se structurer et ça pourrait changer la donne pour l’avenir" estime Loïc Jacob.

Une offre variée d'imaginaires différents

On lit ou découvre les secrets d'écriture de livres déjà parus parfois, ou à paraître bientôt. Certains titres sont arrivés en librairie lors des premiers jours du confinement. Il faut donc trouver des moyens de les faire vivre quand même.

Les huit éditeurs jeunesse ne proposent pas d’expliquer aux enfants le confinement, ni sur les épidémies, ni à supporter leurs parents. Justement, c’est autre chose, c'est une évasion possible à chaque fois. 

On y entend François Morel, lire Maestro, deThibault Prugne. Il s'agit de l'histoire de Téo qui entend de la musique partout. 

Dans une vidéo, Daniel Pennac lit Si j’étais ministre de la Culture, une histoire écrite par québécoise Carole Fréchette. Son propos résonne parfaitement en France, et a séduit un éditeur québécois D’eux, ainsi que la maison française HongFei. Sans culture nos existences seraient un enfer suffocant, conclut l'histoire avec des mots simples que les enfants comprendront sans problème, et le ministre de la Culture est en fait "le ministre de l’équilibre des âmes et de l’oxygène".

L'expérience Pastille antivirus a été lancée pour répondre à un désir de ces professionnels de l'édition jeunesse de se parler et de retrouver un sens collectif. Peut-être une petite graine pour un arbre à venir. 

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