L'artiste, chanteur et poète canadien a voué un culte aux femmes tout au long de sa carrière. Il les a célébrées dans ses textes et ses chansons. Retour sur deux de ses muses.

Leonard Cohen est décédé dans la nuit du 10 au 11 novembre.
Leonard Cohen est décédé dans la nuit du 10 au 11 novembre. © Reuters / Eloy Alonso

Les chanteuses Janis Joplin, Judy Collins, Joni Mitchell et Marianne Faithfull, la musicienne Anjani Thomas (alias Heather), la photographe Dominique Issermann... Leonard Cohen ou l'homme qui aimait les femmes, sous toutes leurs facettes et pour tous leurs mystères. Ce sont elles qui ont inspiré ses plus beaux textes à l'artiste canadien, décédé dans la nuit du 10 au 11 novembre. On se souvient notamment de Suzanne et So Long Marianne, magnifiques odes à l'amour. Qui sont ces deux muses et quelles sont leurs histoires avec Leonard Cohen ?

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Suzanne et "son corps parfait"

Quel meilleur moyen pour séduire une femme que de lui offrir son âme à nu, dans une chanson ou une poésie ? Un moyen infaillible que Leonard Cohen, séducteur en série, aimait à utiliser. Pourtant, l'une de ses plus grandes muses a aussi été l'une des rares à avoir repoussé ses avances. Il fait la connaissance de la brune Suzanne Verdal au début des années 60, à Montréal. Elle est l'épouse du sculpteur Armand Vaillancourt.

En découle une relation platonique. Ils passent des heures à discuter, à se promener et à boire du thé. Mais Leonard Cohen ne touchera jamais son "corps parfait", comme il le décrit dans sa chanson. Elle lui inspire un poème, intitulé Suzanne takes you down, publié en 1966, avant d'être enregistré par Judy Collins, qui sera elle aussi l'amante du chanteur. Leonard Cohen l’interprétera sur son premier album, Songs of Leonard Cohen, en 1967, qui le révèle. Une chanson qui fait sa légende, mais aussi le malheur de sa muse. Fatiguée de cette notoriété imposée, elle a été jusqu'à vivre dans sa voiture, dans les environs de Los Angeles.

Suzanne a été reprise de nombreuses fois et dans plusieurs langues, notamment par Nina Simone, Anna-Frid Lyngstad, une des chanteuses du groupe Abba qui interprète la chanson en suédois, ou encore par Alain Bashung, qui inclut le titre à son ultime album Bleu pétrole en 2008.

Marianne, "la plus belle femme jamais connue"

Lorsqu’il écrit Suzanne, Leonard Cohen vit avec la blonde Marianne Ihlen, une mannequin et artiste norvégienne. Il la rencontre en mai 1960, dans une épicerie de l’île grecque d’Hydra où elle séjourne en compagnie de son époux, un écrivain volage. Elle décide de le quitter et d'embrasser l'histoire d'amour qui naît entre elle et le chanteur canadien.

Pendant plusieurs années, Marianne Ihlen et son fils né de sa précédente union partagent la vie de l'artiste, entre la Grèce, la Suède, le Canada ou encore les États-Unis. À l'époque, Leonard Cohen est écrivain et ne s'imagine pas encore en chanteur-compositeur. Pendant sept ans, Marianne Ihlen l'accompagne dans les débuts difficiles de sa carrière musicale, avec qu'il ne connaisse enfin le succès.

À Hydra, ils habitent une petite maison blanche, dont l’une des pièces orne le verso de la pochette de son deuxième album Songs from a Room, sorti en 1969. On y voit Marianne Ihlen, radieuse, vêtue d'une simple serviette, posant pour la postérité devant la machine à écrire du chanteur. Elle devient dès lors le fantasme de nombreux fans et mélomanes. D'ailleurs, pour le chanteur, elle est "la plus belle femme [qu'il ait] jamais connue". Une beauté qui lui inspirera deux chansons, parmi les plus célèbres : So Long Marianne, et Bird on the Wire.

Dans cette chanson, sortie en 1969, Leonard Cohen fait son mea culpa :

Si j'ai été déloyal, J’espère que tu sais que ce n’était jamais envers toi. Comme un bébé, mort-né, Comme une bête avec sa corne, J'ai mis en pièces tous ceux qui tendaient le bras vers moi, Mais je jure par cette chanson, Et par tout ce que j'ai mal fait Que je te le revaudrai.

Quelques années après la fin de leur romance, les médecins diagnostiquent une leucémie à Marianne Ihlen. Elle tombe gravement malade. Quelques jours avant sa mort, Leonard Cohen prend sa plume et lui adresse une lettre d’adieu.

Un texte enflammé à son ancienne amante, mais aussi une confession quasi prémonitoire quant à sa propre mort : "Marianne, le temps où nous sommes si vieux et où nos corps s’effondrent est venu, et je pense que je vais te suivre très bientôt. Sache que je suis si près derrière toi que si tu tends la main, je pense que tu pourras atteindre la mienne. Tu sais que je t’ai toujours aimée pour ta beauté et ta sagesse, je n’ai pas besoin d’en dire plus à ce sujet car tu sais déjà tout cela. Maintenant, je veux seulement te souhaiter un très bon voyage. Adieu, ma vieille amie. Mon amour éternel, nous nous reverrons."

Marianne Ihlen meurt le 29 juillet, à l'âge de 81 ans. Leonard Cohen décède quelques mois plus tard, dans la nuit du 10 au 11 novembre. Il avait 82 ans.

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