C'était bien avant Obama. Le suisse Robert Franck parcourait en curieux les Etats-Unis dans les années 50, prenant le temps au hasard de ses pauses dans le New Jersey, au Texas et ailleurs de saisir la réalité. Jack Kerouac allait devenir son ami et dire du photographe: "R Franck (...) a su tirer du coeur de l'Amérique un vrai poème de tristesse et le mettre en pellicule, et maintenant il prend rang parmi les poètes tragiques de ce monde. A Robert Franck je passe le message : quels yeux!"Ces yeux semblent voir en effet pour la première fois l'Amérique. Un pays de blancs qui vit loin et pourtant à côté des noirs. Des travailleurs, une serveuse, des retraités, un couple de vieux sur un banc, des enfants qui jouent aux grands dans une voiture ou une baby sitter noire avec dans les bras, un enfant blanc. Ce sont ces yeux qui pour la première fois de l'histoire des Etats-Unis et de la photographie montrent une réalité guère triomphante. Il y a beaucoup de solitude dans les photos de Robert Franck. Beaucoup de vide aussi. Parfois, le juke box semble occuper tout l'espace, seul remède contre l'ennui. Sur la route, la mort rode. Ici, trois croix désertes, là, un mort dans un cercueil et toujours ici et là, le drapeau américain qui flotte comme pour rappeler une unité de la nation contredite pourtant par les images du photographe.Les photos en noir et blanc de Robert Franck sont d'un format moyen, avec un cadre marron foncé et beige pour ses photos du début des années 50 sur Paris, plus convenues. Un demi siècle plus tard, la poésie triste mais lucide de Robert Franck est intacte, au Musée du Jeu de Paume où l'on trouve bien sûr son livre culte de 1958, "les Américains", pour 39 euros 50.

Robert
Robert © Radio France
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