Emmanuel Macron, en visite officielle en Chine jusqu’à mercredi, doit inaugurer l’antenne chinoise du Centre Pompidou. Un événement moins culturel que diplomatique : le musée français, qui possède bons nombres d'oeuvres d'artistes chinois dissidents, n'ira pourtant pas jusqu'à les exposer pour ne pas fâcher Pékin.

L'artiste chinois Wang Keping devant l'une de ses oeuvres "From China with Love", exposée dans à la Galerie Magda Danysz à Paris, le 19 octobre 2019
L'artiste chinois Wang Keping devant l'une de ses oeuvres "From China with Love", exposée dans à la Galerie Magda Danysz à Paris, le 19 octobre 2019 © AFP / Foc Kan

Le Centre Pompidou, qui possède la deuxième collection d’art moderne et contemporain la plus importante au monde après le Moma de New York, garde dans ses immenses réserves plusieurs œuvres du Collectif des Étoiles ("Xing Xing"), mouvement fondateur de l’art contemporain chinois né en 1979. 

L'inauguration de la nouvelle antenne chinoise de l'institution française, gérée par des partenaires chinois, à laquelle Emmanuel Macron doit procéder en grande pompe à Shanghai ce mardi, serait donc l'occasion idéale pour exposer ces artistes dans leur pays d'origine. Mais 40 ans après leur création, ces œuvres sont toujours censurées en Chine, et ne seront donc pas exposées, à la demande des autorités locales

Mouvement pionnier et censure d'État

Le Collectif des Étoiles, mouvement pionnier de l’art contemporain chinois, a été formé en 1979, par une vingtaine de jeunes artistes indépendants, et surtout opposés à l’art officiel. Il a ainsi défié le pouvoir chinois à Pékin en réclamant la démocratie et la liberté artistique, avec des sujets érotiques, politiques, ou abstraits. Beaucoup ont fini par quitter le pays pour poursuivre leur voie, comme l'une de ses figures, Wang Keping, en exil à Paris, qui reconnaissait : "Je voulais changer la société". Il y a 40 ans, ces rebelles de l'art ont réalisé un tour de force, en installant une exposition sauvage de leurs œuvres, accrochées sur les grilles du musée national des Beaux-Arts de Pékin, proche de la Cité Interdite.

Parmi ce même collectif, la jeune garde de l'époque a formé les dissidents actuels, dont certains, comme l'artiste Ai Weiwei, sont devenus des stars mondiales de l'art contemporain, en même temps que des figures de la dissidence chinoise. 

Pourtant, quatre décennies plus tard, les autorités chinoises ont réussi leur mission, au point que "beaucoup de jeunes artistes ne connaissent même pas le Collectif des Étoiles", regrette Zhou Yi, qui possède une galerie à "798 Art zone", quartier de Pékin devenu temple de l’art contemporain en Chine : "Les valeurs défendues par les jeunes artistes d’aujourd’hui sont très différentes de celles de l’ancienne génération." 

Je me rends compte que les jeunes Chinois nés après  1990 ne sont pas intéressés par la politique, certains sont même contre. 

"Pour eux, la dimension commerciale du marché est beaucoup plus importante qu’à cette époque pré-contemporaine, où l'art était avant tout politique et idéologique."

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