Couverture des Cahiers d'Esther
Couverture des Cahiers d'Esther © Allary Éditions / Riad Sattouf

Les bobos avaient Bretécher. Les préados ont Riad Sattouf. Le même journal,Le Nouvel Observateur, devenu L’Obs, a accueilli toutes les semaines dans ses pages ces fins observateurs.Riad Sattouf publie cette semainel’intégrale d’une première année des Cahiers d'Esther .

« Pour être belle, il faut être souple et blonde », fait partie des certitudes d’Esther, dix ans. La petite Parisienne, chronique son quotidien d’écolière dans un établissement privé du 17e arrondissement. De la première fois qu’elle voit un Iphone, dont l’achat devient vite son obsession, à Mitchell, le trop gentil bouc émissaire de la classe, en passant par son « mariage » éphémère avec son amoureux du moment, Raiponce , son film préféré, ou encore son père, son amour…

Riad Sattouf s'est inspiré des propos d'une fille d’amis pour raconter cette histoire piquante, qui donne une assez bonne idée de ce que peut vivre une préado « populaire » (c'est-à-dire plutôt bien vue de ses amies) d’aujourd’hui.

Après l’adolescence des Beaux Gosses ou La Vie secrète des Jeunes , Riad Sattouf creuse avec tendresse et humour le sillon de l’enfance entamé avec son autobiographie L’Arabe du Futur , pendant masculin desCahiers d'Esther . Et, avec son dessin si clair, il arrive à rendre finement ce moment de la vie où l’ordre des priorités n’est pas encore modelé par le politiquement correct. Exemple : le jour de l'hommage aux victimes de Charlie Hebdo en janvier 2015 (une commémoration à laquelle les adultes peinent à donner un sens), quel est l'événement le plus marquant pour Esther ? Les mots de sa grande copine Eugénie__ qui l'a traitée de « chiante ». Le dessinateur, qui trouve l’exercice rafraîchissant aimerait suivre Esther jusqu’à ses 18 ans. Nous aussi !

Riad Sattouf : "Ça fait du bien de raconter des choses qui ne soient pas trop sombres"

Riad Sattouf
Riad Sattouf © Allary Éditions / O Marty

Pendant huit ans, j’ai dessiné toutes les semaines pour Charlie Hebdo , La Vie secrète des Jeunes . C’était des jeunes qui se parlaient mal que j’avais entendus dans la rue. Au bout d’un moment, ça m’a déprimé. J’ai arrêté, j’ai quitté Charlie . Je me suis dit que j’allais continuer L’Arabe du Futur à temps plein. Mais un jour, un couple d’amis est venu dîner chez moi avec leur fille de dix ans, très volubile. Elle s’est mise à me parler de son quotidien, de sa vie, des rapports entre écoliers dans sa classe, de ce qui était cool ou pas, des gadgets qu’il fallait posséder pour être bien vu, des chanteurs en vogue. J’ai tout de suite eu envie d’en faire une BD, de lui donner la parole… J’avais envie de faire le parallèle avec ma propre jeunesse au Moyen-Orient. Et de m’intéresser au parcours différent d’une petite fille, même s'il y a beaucoup de points communs avec ce que j’avais vécu.

J’apprécie qu’Esther ne soit pas du tout exclue, mal aimée ou à la marge, comme pouvaient l’être les personnages de mes BD précédentes. Elle a des notes plutôt correctes et des amoureux et elle est très optimiste sur la vie, très positive. Ça fait du bien de raconter des choses qui ne soient pas trop sombres.

Les points communs avec ma jeunesse syrienne m’ont surpris. Pourtant un petit village en Syrie et un établissement privé parisien n’ont rien de comparable, mais on y trouve la même séparation garçons-filles. Ils ne jouent pas ensemble et ne s’aiment pas. L’amour vient plus tard. Les garçons font tous du foot, sont obsédés par le sport, et ceux qui ne le sont pas, sont à la marge. Et les filles ne les aiment pas trop, parce qu’ils ne comprennent rien à la vie.

La grande différence d'avec mon époque, c’est l’obsession pour la technologie. On l’avait un peu, mais moins. Les jeunes d’aujourd’hui ont accès à la « télépathie » : le fait de pouvoir se parler n’importe quand de n’importe où grâce à son téléphone portable. La vraie Esther est obsédée par l’idée d’en avoir un. Je l’appelle, je lui demande ce qu’elle fait, et les histoires naissent d’elle-même.Souvent ce qui je trouve intéressant, d’après elle, ne l’est pas, et à l’inverse ce qui lui paraît accessoire m’intéresse. Je lui ai envoyé l’album. J’avais peur qu’elle me plante, mais non. Elle a beaucoup aimé. Elle m’a dit : "oui, oui, c’est tout à fait ça. Juste :Raiponce , ce n’est plus mon film préféré !"

Ecouter Riad Sattouf :

Feuilleter quelques pages :

Les Cahiers d'Esther, L'histoire de mes 10 ans de Riad Sattouf est publié chez Allary Éditions.

►►► Riad Sattouf, invité du Nouveau Rendez-vous de Laurent Goumarre mercredi 20 janvier,de Vous avez dit classique ?d'Elsa Boublil __ le 28 janvier, et de La Bande originale le 24 février.

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