Pourquoi préférons-nous la paix à la guerre ? Cette exposition nous invite à le comprendre. Elle montre en quoi les artistes ont contribué au mouvement de désenchantement face à la guerre, qui s’amorce au début du 19e siècle, lors des campagnes napoléoniennes.Depuis toujours placée au centre des valeurs de la société, la guerre comme épisode inévitable allait de moins en moins faire consensus. Après lescampagnes napoléoniennes, en 1819, Benjamin Constant pouvait écrire :«Chez les modernes, une guerre heureuse coûte infailliblement plus qu’elle ne rapporte ».Alors que l’art était depuis toujours dominé par la bataille héroïque, la guerre fut alors de plus en plus représentée sous toutes ses faces, y compris ses conséquences les plus atroces sur les humains, les animaux, la nature, les villes, les choses.

Les séquences

 Marcel GROMAIRE, La Guerre 1925, Paris Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
Marcel GROMAIRE, La Guerre 1925, Paris Musée d’Art moderne de la Ville de Paris © ADAGP, Paris 2014 © RMN-Grand Palais (Musée d’Art moderne de la Ville de Paris) / Agence Bulloz

En 12 séquences , l’exposition pose les jalons majeurs de cette histoire méconnue, à travers une vingtaine de conflits , et notamment ces guerres particulièrement marquantes, par leur ampleur meurtrière et traumatique, que furent les guerres napoléoniennes (1803-1815), la Grande Guerre (1914-1918), la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) et la Guerre du Vietnam (1954-1975) en 450 oeuvres dont près de 200 photographies. Chaque conflit génère un monde d’images inédites, au fur et à mesure que s’intensifient la massification et le rôle de la machine, dans un mouvement de tension extrême entre la survivance de l’individu et son abolition dans l’anonymat. Au fur et à mesure que les populations civiles sont toujours plus visées.-Les guerres napoléoniennes (1803-1815) en Europe- La guerre d’indépendance des Grecs (1821-1830)- La guerre de Crimée (1853-1856)- La guerre de Sécession (1861-1865)- La guerre franco-prussienne (1870-1871)- La Grande Guerre (1914-1918)- La guerre d’Espagne (1936-1939)- La Seconde Guerre mondiale (1939-1945)- La Guerre d’Indochine (1946-1954)- La Guerre du Vietnam (1954-1975)- Les guerres de notre temps (1967-2014)- Hors-champ

La photographie dans le parcours de l'exposition

La photographie joue un rôle majeur dans les représentations des désastres de la guerre, à partir de la guerre de Crimée (1853-1856). Inventée en 1826, elle sert tout d’abord aux gouvernements, qui envoient des photographes « couvrir » le champ de bataille en servant leur propagande pour justifier une guerre lointaine, à rebours des alliances habituelles. Armés d’un matériel encore très lourd et contraints par des techniques encore rudimentaires, avec pour consigne de ne représenter ni morts, ni blessés, les photographes privilégient le terrain qui entre ainsi dans le champ de la guerre comme un nouveau protagoniste de la bataille (Fenton), alors que le panorama (Langlois) offre la sensation au spectateur d’entrer dans la guerre.L’exactitude supposée de la photographie lui confère des vertus qui échappent, par nature, aux représentations peintes. Cette exactitude n’alla cependant pas sans subterfuges et mises en scène. ..

2 - Pablo PICASSO, Tête de cheval
2 - Pablo PICASSO, Tête de cheval © Succession Picasso 2014 © Photographic Archives Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia

La guerre d’Espagne (1936-1939) assure un nouveau tournant dans l’histoire des représentations. Les photographes qui partent au coeur du combat deviennent des héros romantiques prêts à risquer leur vie — Taro, la compagne de Capa meurt écrasée par un char — pour témoigner du supplice des populations civiles bombardées par les forces franquistes et de l’héroïsme des combattants républicains — Centelles ou Chim de leurs côtés, donnant aussi leurs clichés à la presse pro-républicaine avide d’images prises sur le vif.Durant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) se multiplient les photographies alors que se posera la question de ce qui est représentable tant la violence est extrême, s’agissant de la shoah, en particulier. Ce sont pourtant la photographie et les films qui permettent d’authentifier la barbarie nazie (Baltermants, Blumenfeld, Bourke-White, Hains, Heartfield, Miller, Rodger) quand ces images ne sont pas prises par les bourreaux eux-mêmes.Quant aux bombardements atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, en août 1945, les photographies des Japonais puis des Américains sont soumises à la censure ; elles furent instrumentalisées ensuite par la propagande américaine pour montrer la force des Alliés, comme cette image de Gonichi Kimura d’une femme marquée dans sa chair.La guerre d’Indochine (1946-1954) et la guerre d’Algérie (1954-1962) sont largement couvertes par les photographes de l’armée française. Leurs images servent de source d’inspiration durable aux artistes, s’élevant parfois au rang d’icônes au même titre que certains chefs-d’oeuvre. Ainsi, cette image d’anonyme, prise au Port de Bou Zadjar le 14 mai 1956, d’un adolescent gisant dans le sang, replié sur lui-même — non signée, elle vient du fonds des archives militaires de l’ECPAD. Pour la guerre d’Algérie, les images de torture sont largement censurées.

3 - Nick UT, Napalm Girl, village de Trang Bang, Vietnam du Sud 1972
3 - Nick UT, Napalm Girl, village de Trang Bang, Vietnam du Sud 1972 © Nick Ut / Associated Press / Sipa

La guerre du Vietnam (1954-1975) marque un nouveau tournant, dans un contexte occidental de sit-ins et de manifestations anti-guerre. En 1972, la photographie de Nick Ut (qui obtiendra le prix Pulitzer, un an plus tard) est diffusée à grande échelle dans le monde entier et joue un rôle crucial dans la décision américaine de se retirer. L’enfant nue qui fuit terrorisée sous les bombardements américains au napalm traumatise l’opinion publique internationale. Plus généralement, les photographes n’hésitent pas à montrer la mort (Caron), réagissant aux 7 millions de bombes lâchées par l’armée américaine (Griffiths) et aux exécutions (Adams).Dans les guerres de notre temps (1967-2014) , le rôle des photographes s’accroit toujours davantage mais la frontière entre photo de presse et oeuvre d’art s’efface toujours plus (Caron, Peress), quand elle ne sert pas aux collages. Les images de l’horreur envahissent toujours plus l’espace domestique (Bourcart, Dashti). La photographie de guerre reprend parfois le format de la peinture d’histoire où posent les protagonistes comme chez Luc Delahaye en Syrie, récemment. Mais le phénomène nouveau nait de la profusion d’images qui circulent sur internet (dont les insupportables scènes de torture à la prison d’Abou Ghraib).Les questions de l’instrumentalisation des images, au coeur de la reproduction photographique des désastres de la guerre prennent ainsi une dimension exponentielle dont le contrôle échappe aux censeurs comme aux spectateurs.

4 - Mona HATOUM, Horizon 1998-1999, plastique, bande en aluminium, peinture
4 - Mona HATOUM, Horizon 1998-1999, plastique, bande en aluminium, peinture © Photo Stephen White / Courtesy Parasol Unit London

Légendes complètes des visuels

1- Marcel GROMAIRE, La Guerre 1925, Paris Musée d’Art moderne de la Ville de Paris © ADAGP, Paris 2014 © RMN-Grand Palais (Musée d’Art moderne de la Ville de Paris) / Agence Bulloz2 - Pablo PICASSO, Tête de cheval, 2 mai 1937, étude pour Guernica, huile sur toile - Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía © Succession Picasso 2014 © Photographic Archives Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia3 - Nick UT, Napalm Girl, village de Trang Bang, Vietnam du Sud 1972, photographie noir et blanc, New York, Associated Press Image © Nick Ut / Associated Press / Sipa 4 - Mona HATOUM, Horizon 1998-1999, plastique, bande en aluminium, peinture - Collection de l’artiste © Photo Stephen White / Courtesy Parasol Unit London

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