Loulou le pou, Mireille l’abeille, Capucine la coquine, Léon le bourdon, Carole la luciole… Depuis vingt-cinq ans et soixante-cinq albums, ces animaux avec chacun un caractère bien identifié forment une communauté de doux personnages qui évoluent dans une nature luxuriante. Et enchantent les tout-petits.

Image de "Nora, petit rat de l'opéra" d'Antoon Krings dans l'exposition au Musée des arts décoratifs de Paris
Image de "Nora, petit rat de l'opéra" d'Antoon Krings dans l'exposition au Musée des arts décoratifs de Paris © Gallimard Jeunesse/Giboulées

Un jour de 1994, Antoon Krings a poussé la porte de son éditrice Colline Faure-Poirée avec, dans ses cartons à dessin, Mireille L’abeille, Belle la coccinelle, Siméon le papillon, Chloé l’araignée… Ont suivi Marie la fourmi et Léon le bourdon… Chacun sa personnalité : Léon le bourdon est rondouillard et gourmand, Chloé l’araignée est plutôt du genre casanière, Loulou le pou est un peu foufou, Patouch la mouche est nulle en cuisine mais très sympathique… Dessinées à la gouache, dans un trait épais et confortable, immédiatement reconnaissable, les aventures des drôles de petites bêtes, incroyablement humaines, ont comme décor une nature généreuse dans des jardins superbes.

Capucine la coquine d'Antoon Krings dans l'exposition au Musée des arts décoratifs
Capucine la coquine d'Antoon Krings dans l'exposition au Musée des arts décoratifs / Gallimard Jeunesse/Giboulées

Une fascination pour ces espaces verts qu’Antoon Krings fait remonter à l’enfance

"Chez mes grands-parents ou chez mes parents, c’était des terrains de jeu formidables, des lieux d’explorations et de chasses au trésor incroyables". 

Aujourd’hui, il dessine les animaux, parce qu'il aime dessiner la nature : 

Même quand j’ai travaillé dans l'industrie textile, je dessinais des fleurs. Finalement dans les Drôles de petites bêtes, j’ai juste posé des abeilles, et des papillons dessus. 

"Très tôt j’ai dessiné, comme tous les enfants mais contrairement à eux, j’ai continué. Et ce que je préférais, c’était dessiner les animaux" . Formé à l’école de graphisme Penninghen, Antoon Krings a découvert enfant l’univers animalier de Beatrix Potter  lors d’un voyage en Angleterre : l’auteure de Pierre Lapin et de Tom Chaton dessinait, dès la fin du XIXe siècle, des "petites bêtes" anthropomorphes assez réalistes mais dans des décors épurés.

Les métamorphoses du jour (1854) de Grandville dans l'exposition Drôles de petites bêtes au Musée des arts décoratifs
Les métamorphoses du jour (1854) de Grandville dans l'exposition Drôles de petites bêtes au Musée des arts décoratifs / Collection de la Bibliothèque du Musée des arts décoratifs/Suzanne Nagy

Antoon Krings se dit aussi influencé par Alan Alexander Milne, et E.H Shepard les auteurs anglais de Winnie l’Ourson. Chez ses grands-parents, il a feuilleté Scènes de la vie publique et privée des animaux de Grandville qui le fascinait. Il a d’ailleurs appris à dessiner en recopiant ses images. Dans son panthéon, les Albums du Père Castor figurent également en bonne place (Panache l’écureuil, Froux le lièvre...). Il a eu un rapport très affectif avec ces livres, et les a conservés précieusement, comme aujourd’hui ses petits lecteurs.

Un succès de l'édition jeunesse adapté au cinéma et à la télévision

"Quand je représente un animal, j’essaye de ne pas le trahir, même s’il est habillé et doué de parole. C’est pour ça que j’étudie son comportement, son mode de vie, pour m’inspirer et camper mon personnage". Un respect teinté de précision auquel les petits lecteurs sont sensibles. En vingt-cinq ans, ce sont plus de 19 millions d’albums qui se sont vendus, traduits dans 20 pays. Et en 2016, un jury d’enfants lui a décerné le Prix Michel-Tournier. Un film a été tiré de ses aventures animalières en 2017, et une série est arrivée sur France 5 en avril 2019.

Parmi nos préférés se trouve Loulou le pou. Ce personnage un peu excentrique a atterri dans le jardin en tombant de la tignasse d’un enfant. Il a gardé en mémoire cette vie d’avant. Or dans l’univers des Drôles de petites bêtes, il y a très peu de représentation humaine, "ou alors de manière très archéologique : par exemple sous forme d’outil rouillé que l’on découvre comme ça… Tout le vécu d’avant de Loulou parait très étrange aux personnages récurrents de la série". Mais pour le dessiner, "il a fallu le transformer parce qu’un pou, dans la réalité, c’est laid".

Léo le lérot d'Antoon Krings dans l'exposition au Musée des arts décoratifs
Léo le lérot d'Antoon Krings dans l'exposition au Musée des arts décoratifs / Gallimard Jeunesse/Giboulées

Quid de son dessin ?

"Mes premiers personnages étaient des réinterprétations. Plus j’avance, plus je vais vers le « réalisme », tout en restant dans la fantaisie, le rêve… J’essaye de préserver un certain mystère en jouant sur les ambiances colorées ou sur les textures…" 

Car pour Antoon Krings, l’important c’est de dessiner. Et comme il reste dans l’imaginaire, le sujet ne risque pas de s’épuiser. "J’ai encore beaucoup d’albums à faire. Je ne me sens pas prisonnier dans un univers. Je me sens même très libre". 

Comment j’ai dessiné Léon le bourdon, la leçon de dessin d’Antoon Krings

Aller plus loin

L'exposition au Musée des arts décoratifs du 11 avril au 8 septembre : cinq thématiques sont abordées, la faune et la flore, le jardin, les Arts & Crafts, les animaux dans la littérature et l’adaptation audiovisuelle de son œuvre. Pendant que les petits verront avec admiration les premiers dessins des Drôles de petites bêtes, on pourra découvrir les thèmes variés qui ont amené Antoon Krings à se consacrer aux animaux invisibles de nos jardins.

Et aussi à la Galerie Gallimard : l'exposition Parole aux Animaux ! Un bestiaire Gallimard jeunesse. 

🎧 ECOUTER Château et jardin, avec Antoon Krings et Laurence Benaim, et Boubacar Traoré en live dans Le nouveau Rendez-vous de Laurent Goumarre en 2017

🎧 ECOUTER L'as-tu lu mon p'tit loup, l'émission de littérature jeunesse de France Inter par Denis Cheissoux

Violette la discrete d'Antoon Krings dans l'exposition au Musée des arts décoratifs
Violette la discrete d'Antoon Krings dans l'exposition au Musée des arts décoratifs / Gallimard Jeunesse/Giboulées
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