Les “escape game” sont en plein essor en France. Selon une étude, une nouvelle salle de ce concept ouvre en France tous les trois jours en moyenne.

Les escape games comportent souvent une grande partie consistant à fouiller toute la salle de jeu
Les escape games comportent souvent une grande partie consistant à fouiller toute la salle de jeu © AFP / JEROEN JUMELET / ANP

Une (ou plusieurs salles) fermées à double tour, des énigmes et une heure pour en sortir, pas une minute de plus : c'est le concept des "escape game", ces nouveaux lieux de loisir arrivés en France il y a moins de cinq ans. Né en 2010 au Japon, le concept (dont le nom complet en français est "Jeu d'évasion grandeur nature") fait de plus en plus d'émules : "On compte aujourd'hui 806 salles d'escape game en France", explique Rémi Prieur, créateur du site Escapegame.paris. Depuis 2016, une nouvelle enseigne ouvre en France en moyenne tous les trois jours, selon ce site spécialisé dans les tests de ces jeux d'un genre nouveau.

Chaque salle d'escape game tourne autour d'un scénario qui implique un certain nombre d'énigmes et un objectif à remplir en 60 minutes : "dans 99% des salles il s'agit soit de sortir de la salle, soit de remplir une mission comme récupérer le Saint-Graal ou une épée magique", détaille Rémi Prieur, qui dénombre 570 scénarii différents auxquels on joue par équipes de 2 à 6 en général.

De plus en plus de concepts sortants de l'ordinaire

Les pionniers du genre en France, ce sont les parisiens de HintHunt se sont installés en décembre 2013, après avoir testé le jeu à Londres. "Ca a marché tout de suite, grâce au bouche-à-oreille", explique Jessie, "site master" chez HintHunt. "Nous avons cartonné sur le site TripAdvisor, ce qui fait que nous avons reçu autant des touristes que des parisiens qui voulaient découvrir cette nouvelle activité".

Mais aujourd'hui, avec plus de 800 lieux en France dont une centaine rien qu'à Paris, comment se démarquer ? "Il est important pour nous de faire attention à ce qui existe déjà ailleurs", note Jessie. Car plus les concepts sont nombreux, plus ils sont originaux : "En France, on a énormément de prisons, de zombies et de laboratoires", explique Rémi Prieur. "Mais à côté de cela, on a par exemple une enseigne à Paris qui a réussi à récupérer du matériel roulant de la RATP pour faire une énigme autour d'un métro fou, ou encore un jeu au sein même du donjon de Jeanne d'Arc à Rouen", ajoute-t-il, évoquant également le parc Tellure, ancien parc minier en Alsace, qui s'est lui aussi lancé dans l'activité.

L'originalité, enjeu numéro un

L'enjeu de l'originalité est capital pour les gestionnaires des escape games (parfois aussi appelés "escape rooms") : "Du fait du coût qui peut monter jusqu'à 100 ou 125 euros pour une partie à quatre, les clients veulent dépenser leur argent de la façon la plus efficace possible : ils se renseignent en regardant les notes sur Tripadvisor ou sur des sites spécialisés comme le nôtre", explique Rémi Prieur.

D'autant que l'investissement peut être colossal pour qui veut lancer son propre escape game. Séduit par la formule, Alexis s'est lancé dans l'aventure presque tout seul. Après une étape d'écriture d'un scénario tournant autour de l'évasion du criminel El Chapo au Mexique, il raconte : "J'ai fabriqué la salle avec l'aide de mon cousin qui est architecte est passionné d'électronique. On a pu monter tous les systèmes ensemble : il avait la technique, et on a avancé comme ça". Mais au final rien, dans cette salle nommée Exitus, ouverte en début d'année, ne laisse présager qu'il n'y a que deux personnes derrière les décors et mécanismes très recherchés du lieu.

Des formules "clés en main"

Coût de l'opération : environ 50.000 euros et une année complète de travail pour Alexis. Mais cela peut être beaucoup plus cher : "Vous avez maintenant des sociétés qui créent des escape game de A à Z : si on était passés par une de ces entreprises, ça aurait pu coûter le double", affirme-t-il. "L'investissement dépend effectivement de si on achète une salle toute faite ou si on en crée une", précise Jessie chez HintHunt, qui a déjà fait appel à ces formules clés en main : "On nous envoie une installation presque toute prête, pré-fabriquée, dans des grandes caisses", raconte-t-elle.

Comment choisissent-ils de tirer leur épingle du jeu sur le marché ? Pour HintHunt, la base des clients déjà venus jouer est importante : "A chaque fois que nous avons lancé une nouvelle salle, nous avons envoyé un mail à nos anciens joueurs pour les informer de cette ouverture, et ça s'est très vite rempli", explique Jessie. Aujourd'hui, l'entreprise est classée troisième (sur plus de 150) dans la catégorie "jeux" de TripAdvisor.

Saturation ?

Alexis, s'il dit avoir "tout basé sur l'immersion, pour créer une atmosphère qui vous fait vraiment vous sentir en prison", a aussi fait un choix géographique judicieux. Sa salle n'est pas à Paris mais dans les Hauts-de-Seine, près d'une grande zone commerciale. "On est à la frontière de trois départements : notre clientèle est faite en grande partie de personnes qui n'ont plus trop envie de venir à Paris à cause des embouteillages et des parkings, et qui sont contents d'avoir enfin quelque chose en banlieue".

A-t-on atteint un point de saturation ? C'est loin d'être sûr. Les statistiques de escapegame.paris indiquent une densité d'une salle pour 20.000 habitants à Paris intra-muros. "Mais si on prend en compte tout le bassin de population autour de Paris, ça fait une offre beaucoup moins saturée", explique Rémi Prieur. "On est loin de Budapest, la ville européenne où ces jeux sont arrivés en premier : ils ont près de 150 salles pour une zone urbaine, banlieue incluse, de deux millions de personnes seulement".

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