Rock-en-Seine fera-t-il le plein ? Rien n'est moins sûr. Il n'est pas le seul grand festival de musique actuelle pour lequel il y a du vent dans les voiles. Cachets en hausse, concurrence féroce, prise en charge des coûts de sécurité, le secteur est-il en mutation ?

Liam Gallagher fait partie de l'affiche 2018 de Rock-en-Seine
Liam Gallagher fait partie de l'affiche 2018 de Rock-en-Seine © AFP / ALBERTO PEZZALI / NURPHOTO

L'historique Rock-en-Seine se déroule les 24, 25 et 26 août 2018. Il est désormais détenu à moitié par le promoteur AEG. Paris Summer Jam, dernier né chez Live Nation se déroule également le 24 août. La concomitance ne ces événements concurrents fait débat depuis l'annonce des dates et des artistes programmés. 

Pendant qu'au parc de Saint-Cloud, Rock-en-Seine ouvrira sa 16e édition avec un plateau qui fera la part belle au rap (PNL, Die Antwoord), Paris Summer Jam proposera une affiche hip-hop très relevée (Kendrick Lamar, N.E.R.D,  IAM) à dix kilomètres de là, dans l'U Arena de Nanterre.  

L'enjeu est le même pour chacun : attirer 40 000 personnes, à 50 euros la soirée pour Paris Summer Jam, à 59 euros (39 euros en tarif réduit) pour Rock-en-Seine qui proposera en outre  une vingtaine d'artistes en plus tels Mike Shinoda, The Limiñanas, Carpenter Brut, preuve qu'il y aura aussi du rock et de l'électro.  

La guerre des gros sous

Derrière ce face à face, la concurrence grandissante à laquelle se livrent Live Nation et AEG, les deux plus gros producteurs de spectacles au monde.  

Le premier, lié par contrat avec Jay-Z, Beyoncé ou U2, s'est implanté il y a dix ans dans l'Hexagone et a depuis installé ses mastodontes Download et Lollapalooza à Paris, et le Main Square à Arras.   

Le second, qui compte dans son écurie les Rolling Stones ou Madonna et organise le festival californien Coachella, vient d'ouvrir son antenne française et il est entré au capital de Rock-en-Seine à 50 %, à égalité avec la holding LNEI de l'homme d'affaires Matthieu Pigasse.

Une première passe d'armes entre les deux rivaux a eu lieu en décembre, avec Kendrick Lamar pour objet de convoitise. Rock-en-Seine pensait avoir réussi à convaincre la star américaine d'être sa tête d'affiche. Mais Live Nation, avec lequel Lamar est sous contrat, s'est aligné sur l'offre de son concurrent pour le programmer au Paris Summer Jam. Qui plus est le même soir où il devait initialement ouvrir Rock-en-Seine. 

Un contexte tendu              

Quel vainqueur ? Ni Paris Summer Jam ni Rock-en-Seine ne devrait faire le plein. Les deux événements s'affrontent dans un contexte délicat pour les festivals. 

Une mission interministérielle va étudier les rachats de festivals de musique par des grands groupes et les risques que fait peser la concentration du secteur sur l'offre culturelle, et elle devra identifier les "mauvais joueurs", a annoncé cet été la ministre de la Culture, Françoise Nyssen. 

Le directeur des Vieilles Charrues avait tiré la sonnette d'alarme sur le risque d'un abus de position dominante dans le secteur, et la ministre en réponse a annoncé la création d'une mission dédiée et le lancement d'une "charte des festivals", sorte de "code de bonne conduite".

Les festivals en France
Les festivals en France © Radio France / Florence Grimault - Chadi Romanos

Artistes trop chers, coût de sécurité, subventions fragiles

Outre les surenchères sur les cachets d'artistes, les festivals font aussi face à la nouvelle circulaire du ministère de l'Intérieur qui  amenent les préfectures à imputer leurs frais de sécurité aux organisateurs. Un surcoût que n'ont pas manqué de dénoncer les professionnels de l'événementiel.

Pourquoi devraient-il aussi assumer le coût des forces de police et de gendarmerie mobilisées pour assurer la tranquillité et la sécurité sur la voie publique à l'occasion d'un événement ? 

Le syndicat des professionnels de l'événementiel, Unimev, conteste même la légalité de cette mesure. Il regroupe 400 entreprises organisatrices de salons, congrès, foires, événements d'entreprises et d'institutions.

Le 4 juillet, les organisateurs des Eurockéennes ont dénoncé l'application de cette circulaire par la préfecture du Territoire de Belfort, avec une augmentation exubérante des frais de sécurité, passés de 30 000 euros en 2017 à 254 000 euros cette année, mettant "en péril" l'avenir de cet événement culturel majeur.

L'économie des festivals
L'économie des festivals © Radio France / Florence Grimaux - Chadi Romanos
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