Pendant longtemps, nous nous sommes fait une image assez fausse de ceux qui ont vécu sur une partie de notre territoire il y a un peu plus de 2000 ans. On les imaginait hirsutes, bagarreurs, vivant dans des huttes au fond des bois, une sorte de chaînon intermédiaire entre l’homme préhistorique et l’homme civilisé.

Scène de vie quotidienne des Gaulois d'Esse en Charente limousine
Scène de vie quotidienne des Gaulois d'Esse en Charente limousine © AFP / Philippe Roy / Aurimages

Les recherches archéologiques de ces 30 dernières années révèlent un portrait bien loin de idées reçues sur les Gaulois. Les vestiges exhumés laissent percevoir une civilisation différente mais aussi avancée que celle de leurs voisins, les Romains. Avec Laurent Olivier, conservateur en chef du musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, auteur du Pays des Celtes, mémoire de la Gaule (Seuil), invité du Temps d’un bivouac, l’émission de Daniel Fiévet.

Les sources historiques sur les Gaulois proviennent des vainqueurs 

Laurent Olivier : "Si notre regard sur les Gaulois est faussé, c’est la faute des Romains ! Ils sont à l’origine de la plupart de nos sources. Or leur point de vue est biaisé : ils sont les vainqueurs. D’où un regard de domination et de dénigrement des populations gauloise.

Pour se rendre compte de ce que cela signifie, on peut remplacer "Gaulois" par "immigrés" ou "Arabes" aujourd’hui. Dans les textes anciens, on lit tous les stéréotypes : "le Gaulois est violent", "le Gaulois a une religion qui tue les gens", "le Gaulois ne travaille pas", "le Gaulois est un voleur", "le Gaulois habite dans un taudis", "la langue gauloise, c’est du bruit", etc… "

"Gaulois" ou "Celtes"

Laurent Olivier : "C’est Jules César qui décide de les appeler "Gaulois" pour plus de simplicité. Or sur ce territoire, cohabitaient des ensembles différents : des Aquitains (plutôt de culture ibérique) qui vivaient dans l’Aquitaine actuelle, ceux qui s’appellent eux-mêmes les Celtes (les habitants du centre de la Gaule), et les Gaulois "belges" qui sont au Nord de la Seine. Et si pour les Romains, ce sont tous des Gaulois, eux se disent "Celtes". 

En les nommant du terme générique "Gaulois", Jules César montrait qu’il ne faisait pas des conquêtes de petits peuples mais qu’il avait soumis un pays tout entier. D’une certaine façon, c’est lui qui crée la France en disant que les limites de la Gaule sont les Alpes, le Rhin et les Pyrénées.

Contrairement à ce qu’on pense, les Gaulois maîtrisaient l’écrit 

Laurent Olivier : "Lors de fouilles archéologiques, on a retrouvé des stylets, des plaques de bois recouvertes de cire avec des inscriptions sculptées, mais aussi des documents écrits pour l’administration, pour l’économie, et pour les impôts... Ils mettaient même leur nom sur les amphores pour ne pas qu’on les leur vole ! 

Plus surprenant : les Gaulois écrivent dans leur propre langue en se servant d’alphabets étrangers : grec dans le Sud de la Gaule, et latin dans le couloir du Rhône et de la Saône !"

Ils ne vivaient pas dans des cabanes

Laurent Olivier : "Grâce à l’archéologie aérienne, nos connaissances sur l’habitat gaulois ont progressé ces 30 dernières années. On est loin de la petite hutte au fond des bois. On a découvert une densité de sites beaucoup plus importante que l’on ne le pensait. Les Gaulois maillent le territoire avec des constructions qui pouvaient être très grandes, mais construites en bois : il n’en reste pas grand-chose. 

Leurs villes appelées "oppidum" ("fortifications") formaient parfois des agglomérations sur plusieurs dizaines d’hectares. Grâce à la fouille de celui de Bibracte, près d’Autun, on sait même que ces cités étaient organisées par quartiers où se regroupaient les personnes pratiquant les mêmes métiers."

Les Gaulois ont inventé le "béton armé"

Laurent Olivier : "Les Gaulois construisent des remparts avec des trames en bois comblées avec de la terre entre des murs de pierre. Ces édifices solides rendent Jules César admiratif : ils étaient très adaptés pour contrer des travaux de sape, et étaient compliqués à démanteler.'

Chez eux, les femmes sont les égales des hommes

Laurent Olivier : "Chez les Gaulois, à l’inverse des Romains, et de toutes les sociétés méditerranéennes, les femmes ont le même statut que les hommes : elles héritent, peuvent être chef de guerre et même occuper des rôles politiques." 

Pas de sanglier au menu

LO : "Astérix et Obélix mangent du sanglier. Les Gaulois, c’était plutôt de la viande d’animaux d’élevage, et seulement si on était issu de milieu aisé. Pour la majorité d’entre eux, on le sait grâce aux fouilles archéologiques de poubelles, c’était plutôt : céréales et légumineuses mêlées à des fruits et des légumes (légumes-feuilles comme les choux, légume- racines comme choux raves). Et parfois du poisson."

De grands buveurs… de vin, mais c’est politique

LO :"Plutôt que de la cervoise et de l’hydromel, les Gaulois boivent du vin d’importation italienne en quantité très importante. Pour eux, la richesse ne servait pas à être capitalisée. Les riches redistribuent leurs richesses à leurs alliés. Le commerce du vin avait alors un rôle social : il servait à sceller des alliances."

Le pétrole des Gaulois ? Le sel

LO : 

Dans une société où il n’y a pas de pièce de monnaie, et on l’on échange beaucoup, le sel est très pratique : il peut être divisé de façon exacte. 

Il joue aussi le rôle de réfrigérateur, puisqu’il est l’une des manières de conserver les aliments : jambon, fromages, salaisons et pour les agriculteurs, il est utile pour le bétail.

L’art gaulois, un art abstrait

"Longtemps on a eu regard condescendant sur leur art : soit on le pensait trop beau pour avoir été fait par eux, soit on disait qu’ils avaient un style un peu enfantin. Or les Gaulois pratiquaient une sorte d’abstraction. Les objets ornés trouvés dans les fouilles ont prouvé qu’ils mêlaient à leur dessin des notions scientifiques poussées. Leurs compositions incluent des constructions à base de cercles fondés sur des connaissances approfondies de géométrie, les mêmes que les Grecs au même moment avec Pythagore ou Euclide."

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