Après Camus / Casarès, Claudel / Rosalie Vetch, Sollers / Dominique Rolin, voici donc la grande correspondance amoureuse de Vladimir Nabokov avec sa femme. Ce sont les "Lettres à Vera".

Vladimir Nabokov et sa femme, Vera
Vladimir Nabokov et sa femme, Vera © Getty

Jérôme Garcin : "ça fait quand même la bagatelle de 840 pages."

Pendant plus de 50 ans, l'auteur de Lolita, que l'on pouvait éventuellement imaginer volage, n'a aimé qu'une femme, la sienne. Il avait rencontré Vera Slonim à Berlin en 1923. Tous deux avait fui le bolchevisme. Il avait 24 ans, elle 21. En 1940, le couple part pour les Etats unis ou Nabokov, depuis les Universités ou il est affecté, continu d'envoyer des lettres passionnées à Vera, sa "chère ardeur" son "ange aux cheveux d'or", son "seul bonheur".

Véra a détruit ses lettres, et donc on ne lit que celle de Nabokov. 

Elle a tout été pour lui : l'amante, la mère du fils unique, l'assistante, la relectrice, la garde du corps, le chauffeur....

On notera aussi la déclaration d'amour à Flaubert dont Nabokov considère que Madame Bovary est le roman le plus génial de toute la littérature mondiale.

Arnaud Vivian : "C'est juste un chef d'oeuvre...."

.... Parce qu'on retrouve le grand écrivain qui a le don du croquis.

Vera c'est juste la femme idéal pour un écrivain. Elle s'occupe de l’enfant, elle n'est jamais là, elle est en dépression... Une des grandes raisons de cette correspondance c'est qu'ils ne sont pas physiquement ensemble. A partir du moment ou ils vont l'être, ça va s’arrêter. 

Nabokov est dans toutes les capitales européennes pour se vendre. Il va au contact des éditeurs. Il place ses textes un peu partout. Il veut rentrer dans la littérature car il n'a que ça pour vivre.

Ce qui est formidable dans cette correspondance, c'est que jamais Nabokov ne parle d'écriture. On a l'impression qu'il n'écrit pas. En tout cas ce n'est pas le sujet de ses lettres. il n'y a pas de souffrance. Il y a une joie éternelle. une espèce de "solarité" incroyable

Olivia de Lamberterie : "Je pourrais me mettre à pleurer tellement j'ai trouvé que c'était beau."

C'est formidable. jamais il ne se plaint alors qu'il a une vie très difficile.

Je pense que si des extra-terrestres débarquaient, en ce soir de Noël, pour leur expliquer ce que c'est que l'amour, je leur donnerais ce livre tellement je trouve que c'est beau. C'est "l'amour dure 50 ans". C'est inouï cet amour qu'il a.

D'ailleurs quand on écrit une lettre en général, on dit "Je t'aime" à la fin, lui très souvent, il commence par lui dire "je t'aime".

L'inventivité qu'il a pour parler d'elle. Je pourrais me mettre à pleurer tellement j'ai trouvé que c'était beau.

Et la souffrance pourtant qu'il lui occasionne quand il la trompe. J'ai trouvé ça sublime

Frédéric Beigbeder : "Nabokov, c'est la réponse à #BalanceTonPorc"

Tu fais de ma vie quelques chose d'irisé. Tu es entrée dans ma vie comme on arrive dans un royaume ou toutes les rivières attendaient ton reflet et toutes les routes tes pas.

Je trouve que ça c'est la réponse à Henry Weinstein. Si tu veux draguer, tu dis ce genre de phrase et tu choppes direct. Nabokov, c'est la réponse à #BalanceTonPorc

C'est pour moi le plus beau livre de l'année. C'est ce que j'ai lu de plus enchanteur. Lila Azam Zanganeh avait écrit un essai sur Nabokov qui s'appelait L'enchantreur.

C'est un livre qui vous enchante à chaque phrase. Quand il compare les enfants qui traversent le fleuve gelé à Prague à des notes de musique. Il y a un gamin qui tire une luge, c'est un dièse. Il a tout le temps des images faramineuses.

Les Nabokov au travail
Les Nabokov au travail © Getty

Tu es la seule personne avec qui je peux parler de la nuance des nuages

Olivia de Lamberterie : Pourquoi elle a brûlé ses lettres, elle ?

Frédéric Beigbeder : Ils se rencontrent à Berlin en 23 dans un bal masqué. Elle refuse d'enlever son masque. En brûlant ses lettres, elle refuse encore d'enlever son masque.

Arnaud Vivian : Surtout, elle ne veut pas faire de l'ombre au grand écrivain.

Patricia Martin : "Si ce n'était pas Nabokov, vous ne seriez pas là en train de vous extasier."

Quelques mots qui vont être beaucoup moins élogieux que les vôtres. Il y a effectivement des pépites, il y a des choses magnifiques. Il y a des choses très drôles quand il parle à un moment des 7 piliers de la sagesses et qu'il dit que 2 auraient suffit.

Quand il raconte la seule rencontre entre Joyce et Proust qui étaient dans un taxi et qu'il y en a un, il ne dit pas lequel mais on l'imagine, il y en a un qui veut fermer la fenêtre et l'autre veut l'ouvrir.

Je n'aime pas le "ma trufette, mon souriceau, mon petit chienchien, ma poulinette, mon p'tit moineau...."

Nabokov apporte ses chaussures chez le cordonnier, Nabokov dîne chez des amis, Nabokov se rase, Nabokov prend un bain, Nabokov achète un pyjama et des gants à sa femme et il ne connait pas sa taille.

Je trouve qu'il y a des choses qui sont lourdes. L'ensemble est très chouette, mais il y a des passages... si ce n'était pas Nabokov, vous ne seriez pas là en train de vous extasier.

Je suis sûre que leur relation était beaucoup plus compliquée que ce que vous voulez bien dire. le grand amour, moi, je n'y crois qu'à moitié.

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