L'exposition "Les Milles et Une Nuits" que propose l'Institut du Monde Arabe jusqu'au 28 avril 2013 nous plonge dans l'imaginaire occidental au sujet de ces contes qui gravitent autour de Shéhérazade.

Ida Rubinstein et Vaslav Nijinsky
Ida Rubinstein et Vaslav Nijinsky © IMA/Nabil Boutros

"Les Mille et Une Nuits " est un corpus d'histoires « étonnantes et surprenantes » – ainsi qu'on les qualifiait autrefois. Importés en France par Antoine Galland qui en donna une traduction à partir de 1704, puis par le reste de l'Europe, ces histoires continuent de fasciner, et chaque pays les arrange à sa façon.

Il s'agit d'abord d'un scénario-cadre. Un calife, Shahriyar, trompé par sa femme veut se venger. Il réclame d'avoir chaque soir une vierge à ses côtés avant de lui donner la mort. Shéhérazade réussira a échapper à ce sort et à sauver toutes les autres vierges en contant mille et une histoires à cet homme. Elle entretient le suspens pour éviter la mort.

Dans ces histoires, monstres, djinns, lampe magique, lit volant insufflent une dose de merveilleux. Un univers étrange, guerrier, immoral, amoureux, sulfureux qui enflamme l'imagination des orientaux et des occidentaux. C 'est l'Orient des Occidentaux, avec son cortège de fantasmes.

L'exposition se compose de près de 350 oeuvres d’époques et de styles différents provenant de 62 musées et collections particulières. Des manuscrits rares, figurent dans l’exposition. Les contes sont en effet de la main de plusieurs auteurs d'époques diverses.

20 manuscrits illustrés des Mille et Une Nuits ont été identifiés sur les 140 connus aujourd’hui : deux des plus beaux figurent dans l'exposition.

Philippe Cardinal, directeur de la communication de l'Institut du Monde Arabe

Pour le spécialiste Jean-Claude Garcin, cette exposition parle autant sinon plus de l'Occident, de sa façon de traduire et lire les Mille et Une Nuits, que de l'histoire de ces textes littéraires.

Aladin ou Ali Baba font partie des contes orphelins qui ont été rajoutés après coup pour charmer encore les européeens que nous sommes.

Elias Sanbar, homme de lettres et diplomate, travaille en ce moment à une adaptation d'Ali Baba pour le théâtre avec Macha Makeieff. Ali Baba, que raconte-t-il en fait ? L'absence de morale, peut-être. Il raconte ses Mille et Une nuits, tels qu'il les connait en tant que Palestinien

Haroun al‐Rachid, Shahriyâr et Shéhérazade, Sindbâd ou Aladin : on retrouve dans cette exposition tous les personnages des Nuits et les villes qui leur ont servi de décor, dans des évocations qui empruntent à toutes les disciplines artistiques. Aujourd’hui, c’est sur le net et dans la publicité que leurs plus récents avatars prennent vie avec une vigueur intacte. La scénographie permet au visiteur de déambuler dans un palais imaginaire, accompagné d'une bande son originale avec quinze contes – en arabe et en français proposés à l'écoute.

1001 nuits, Marie Wilton en Aladdin, dans la pièce éponyme
1001 nuits, Marie Wilton en Aladdin, dans la pièce éponyme © Londres © Victoria and Albert Museum, London
1001 nuits, Dessin de costume pour la danse sacrée du Diable Bleu (17)
1001 nuits, Dessin de costume pour la danse sacrée du Diable Bleu (17) © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist.RMN/droits réservés
1001 nuits, portrait de Nelly Power en Sindbad (9)  dans "l'histoire de Sindbad le marin"
1001 nuits, portrait de Nelly Power en Sindbad (9) dans "l'histoire de Sindbad le marin" © Victoria and Albert Museum

Les Mille et une nuits, une bibliographie établie par Sylvain Alzial de la Documentation de Radio France.

L’influence des Mille et Une Nuits sur la littérature française

-Beckford William , Vathek , (1787) Réédition José Corti (2003). (Conte oriental composé en français sur le modèle des contes philosophiques de Voltaire. Le calife Vathek, neveu de Haroun-al-Raschid se consacre au service de l’esprit du mal, Eblis, pour obtenir la toute puissance. Il se met en route vers la ville d’Istakhar, où on lui a promis qu’il verrait les trésors des monarques préadamites…).

-Bignon Jean-Paul (Abbé),Les Aventures d'Abdalla, fils d'Hanif , (1712), Paris, Pierre Witte, 1712-1714

-Caylus (Comte de) , Contes , Edition Honoré Champion 2005. (Quelques adaptations d’authentiques textes turcs, par un « gentilhomme universel » du 18 ème siècle )

-Cazotte Jacques,Suite des Mille et une nuits : le diable en Arabie, 1788-1790, Editions du Rocher 1996. (Cédant au goût du XVIIIème siècle pour 1001 Nuits, Jacques Cazotte décide d'écrire une suite aux fameuses aventures dont il connaissait fort bien les sources (égyptiennes, persanes, indiennes, et arabes). Ces neuf récits furent publiés en revue et jamais repris en volume séparé, malgré l'enthousiasme des Romantiques dont Théophile Gautier.)

-Crébillon fils ( Claude-Prosper Jolyot de Crébillon),Réédition des Œuvres complètes chez Classiques Garnier 2001

- Tanzaï et Néadarné, Histoire japonaise (1734) , Satire légère, dirigée contre le Cardinal de Rohan et la Duchesse du Maine, qui valut à son auteur d'être emprisonné à Vincennes.

Le Sopha, Conte moral (1739), Ce conte, dont la publication fut sanctionnée par un exil de l'auteur, s'inscrit dans un cadre oriental inspiré des Mille et Une Nuits et repose sur une fiction érotique.

-Gueullette Thomas-S , Les mille et un quart d’heures , (1730), in Le cabinet des fées t 4 et t 5, réédition Ph.Piquier 1994. (Recueil de contes réimprimé jusqu'à la fin du 18e siècle et traduit en plusieurs langues. Sa publication s'inscrivait dans la vague orientaliste qui suivit la parution en français des Contes des Mille et Une Nuits en 1704, laquelle avait immédiatement suscité l'apparition de pastiches et d'imitations, dont le présent ouvrage fut l'une des meilleures réussites)

-Melon Jean-François , Mahmoud le Gasnévide, Rotterdam : Jean Hofhoudt, 1729__

(Allégorie politique sur la Régence par Jean-François Melon, successivement premier commis du cardinal Dubois, secrétaire de John Law, puis du Régent).__

-Montesquieu Charles-Louis de Secondat , Les Lettres persanes(1721), LGF 2005

(Roman philosophique construit autour du « voyage oriental », celui de deux persans, Usbek et Rica, visitant Paris et communiquant leurs impressions à des compatriotes)

-Petis de la Croix , LesMille et un Jours (1710), Réédition Phébus 2003. (Présentés comme l'humble traduction de contes persans que le « célèbre Dervis Moclès, chef des sofis d'Ispahan » adapta de comédies indiennes, les Mille et un jours sont une extraordinaire supercherie. L'élite des orientalistes, éblouie par l'autorité de Pétis, attendra plus d'un siècle avant de découvrir que l'original persan n'existe pas.)

Potocki, Jean, Le Manuscrit à Saragosse ,1804. Gallimard, L’imaginaire 2002. (Roman picaresque, gothique, fantastique... soit une anthologie de tous les genres narratifs du XVIIIème siècle et qui porte de nombreuses traces des grands modèles que sont le Décaméron, les Mille et une Nuits, le Don Quichotte, etc. Le roman comprend soixante-six journées, chacune d'entre elles renfermant plusieurs nouvelles s'emboîtant les unes dans les autres).

Voltaire , Zadig ou la destinée ( 1747), La princesse de Babylone (1768), Zaïre (1732), Ed. Gallimard, La Pléiade 1954. (Voltaire formula l’Orient avec une telle minutie qu’il alla jusqu’à dater certains contes à partir du calendrier de l’hégire. L’épître dédicatoire de Zadig, se situe en l’an 837 H, soit en 837 de l’hégire…Zadig est un jeune babylonien qui souffrira de l’inconstance féminine avant d’épouser la reine Astarté. Zaïre est, dans le sérail de Jérusalem, une esclave captive devenue musulmane)

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