Ne manquez pas les meilleurs moments de Boomerang cette semaine : l'écrivaine Fatou Diome, la chanteuse et comédienne Charlotte Gainsbourg, le romancier Marc Levy, l'auteur-interprète, pianiste William Sheller et le créateur de mode Alexandre Mattiussi étaient au micro d'Augustin Trapenard.

"Les mots, c'est confisquer à la vie tout ce qu'elle nous prend" - Le best-of de Boomerang
"Les mots, c'est confisquer à la vie tout ce qu'elle nous prend" - Le best-of de Boomerang © Getty / Juana Mari Moya

Le mix du Best-of de Boomerang réalisé par Anouk Roche : 

13 min

Le Best-of de Boomerang du vendredi 5 mars 2021

Par Anouk Roche

Fatou Diome

L'écrivaine franco-sénégalaise vient de sortir un recueil de nouvelles De quoi aimer vivre. Elle est venue partager ce qui fait la singularité de son modèle d'écriture orienté vers la recherche permanente du regard de l'autre, la fraternité joyeuse, et le pouvoir de consolation des mots. Fatou Diome était au micro de Boomerang

FD : "Je dis "jour de lecture", "jour de réveil", "jour de rencontre", "jour de retrouvailles" parce que, quand on lit, on découvre aussi quelque chose qui nous est familier, ça peut être un souvenir ou des gens rencontrés. Mais on peut aussi lire comme on explore : en se projetant, en découvrant d'autres cultures, d'autres pays, d'autres manières de faire et parfois des sensibilités que nous n'avions pas [...]

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C'est cet auteur qui m'a tout appris du courage, de l'abnégation, de la dignité et qui m'a raconté mon grand-père. C'est son humanité qui m'a apporté tout cela. Lire un auteur par et pour ses origines, c'est une hérésie littéraire [...]

Je dis que rien n'est perdu tant qu'il y aura la littérature pour consigner la vie [...]

Les mots, c'est confisquer à la vie tout ce qu'elle nous prend.

Par exemple, aujourd'hui, il n'y a plus mon grand-père pour m'amener à la pêche, eh bien, je vais passer le reste de ma vie à vous parler de lui ! [...]

L'immigration pour échanger des connaissances, pour un transfert de savoirs, c'est positif. Mais l'immigration pour mourir dans la Méditerranée, dans l'Atlantique, ça ne sert à rien, c'est quelque chose qui doit être une plaie pour tous. Et les ressortissants des pays riches ne doivent plus se contenter de leur confort quand leurs frères sont capables de mourir dans l'océan parce qu'ils manquent du nécessaire vital. Partir pour chercher de quoi vivre, c'est légitime. Les Irlandais sans papiers de l'Amérique, quand ils ont connu la famine, c'est ce qu'ils ont fait et c'est ce que les Africains sont en train de faire. Pour que cela change, il faut qu'il y ait la paix dans le monde, moins de guerres, moins de conflits et que le dumping économique international soit changé, que ça devienne plus éthique". 

🎧  CARTE BLANCHE - L'hommage de Fatou Diome à toutes les femmes 

Charlotte Gainsbourg

À l'occasion de la journée spéciale, sur France Inter, consacrée aux 30 ans de la mort du chanteur Serge Gainsbourg, Charlotte Gainsbourg est venue rendre hommage à sa vie d'artiste, en même temps que celle de son père aux côtés d'Augustin Trapenard

CG : "Mon père considérait tout le monde comme des artistes. Il ne voulait pas de chanteurs professionnels, ce n'était pas ça qui l'intéressait. Il cherchait des accidents et cherchait des imperfections. Lui, il était perfectionniste, mais il fallait que les autres ne le soient pas [...] 

Je ne sais pas analyser sa musique, son travail. Les autres le font tellement bien et l'ont tellement bien fait depuis 30 ans. Je ne maîtrise pas son talent, son génie. Il se sert d'un langage très moderne, mélangé à une finesse à l'ancienne, parce que, lui, il baigne dans la musique classique, la poésie [...]

Je l'ai vu lutter avec ses outils à lui, qui étaient l'alcool, une certaine agressivité. Je trouve ça normal d'aller vers une provocation quand on est à ce point verrouillé. Et c'est exactement ce qu'il décrit : 

Une timidité déguisée en agressivité par moments, quelqu'un de plutôt secret et d'infiniment touchant.

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J'ai tellement de questions sur ses méthodes… Je le voyais toujours avec son dictionnaire de rimes. Ça, c'était vraiment quelque chose dont il avait besoin. Après, je ne sais pas s'il avait besoin d'alcool. Je pense que oui, mais je ne sais pas à quel point. Je me souviens qu'il sifflait ses mélodies sur un dictaphone. Il nous faisait écouter des débuts de mélodies sur son piano, il fallait qu'on sélectionne et qu'on mette des croix sur ce qu'on préférait.

C'est marrant parce qu'on ne parle jamais de nous, de mon père et moi comme d'un duo. Pour moi, c'est très touchant parce que c'est un amour tellement précieux".

🎧  CARTE BLANCHE - L'hommage de Charlotte Gainsbourg à son père

Marc Levy

À l'occasion de la sortie de son tout dernier roman Le crépuscule des fauves, le romancier partageait les secrets de sa création romanesque, conditionné par l'amour inconditionnel des autres et la préservation de la démocratie. L'entretien de l'écrivain au micro de Boomerang

ML : "Ce que j'ai trouvé dans le livre, ce sont mes meilleures amies. C'étaient des personnages qui m'acceptaient dans leur monde. Quand j'ai lu Les Misérables, je suis rentré dans une famille, j'avais 14-15 ans, et j'ai vécu avec ces gens qui ne m'ont jamais quitté [...]

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Personne ne peut vous donner de leçon d'amour. C'est débile, une leçon d'amour. Imaginez que vous posiez cette question à un moment donné à votre meilleur ami, à votre père ou à votre mère : "dis papa, comment on aime ?" Qui peut formuler une réponse qui ait une valeur ?

Au même titre que le journaliste, le romancier est un informateur.

Je me souviens que quand le conflit syrien a démarré et que les massacres en Syrie ont démarré, que les premiers réfugiés syriens ont quitté leur pays pour sauver femmes et enfants, que j'ai commencé à entendre à la radio et dans les journaux le mot "migrant", j'étais absolument consterné, effondré. Car la connotation du migrant, c'est celle d'un envahisseur, un réfugié, c'est quelqu'un qui a besoin d'aide et qui est dans une situation de danger, de précarité et qui n'est en rien un envahisseur".

🎧  CARTE BLANCHE - L'écrivain rend hommage à son père et son passé de résistant

William Sheller

Son rapport particulier avec la chanson en a pourtant fait l'un des chanteurs les plus indémodables et inclassables de la musique. Celui qui est devenu chanteur par hasard sur les conseils de Barbara, se raconte dans une autobiographie William. William Sheller est venu se confier dans Boomerang :

WS : (Un jour où ils travaillaient ensemble, Barbara lui a dit qu'il devait absolument être chanteur). "Elle se remaquillait, je lui ai chanté le titre Marienbad et elle me dit encore "tu devrais chanter", ce à quoi j'ai répondu que je n'ai pas de voix. Elle me dit "tu n'es pas un chanteur, moi je ne suis pas une chanteuse, tu es un diseur". Ces classifications-là de chanteuses comiques, chanteuses dramatiques, sont des choses qui ont disparu. [...]

Il y avait un désir de faire de la musique alors que tout le monde faisait de la musique extrêmement chiante. Je n'avais pas envie non plus des sempiternelles trois accords. On l'entend partout. Quand j'ai entendu les Beatles, que j'ai entendu le rock progressif, que j'ai entendu Pink Floyd, je me suis dit "chouette ! On va sortir de trois accords". Même si, bon, on en est revenu assez vite. Moi ça m'ennuie. Il fallait laisser quelque chose d'un petit peu savant, mais pas le jeter à la figure de l'auditeur ou à celui qui écoute la chanson. Il fallait quand même que ça a l'air simple [...]."

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Alexandre Mattiussi

En dix ans, le créateur de mode est parvenu à faire de sa marque une référence dans le vestiaire masculin. Une mode qu'il décline sous toutes ses coutures puisqu'il habille également la femme depuis peu et qu'il met à l’honneur pour le défilé de sa collection automne/hiver 2021-2022, pour la Paris Fashion week. Alexandre Mattiussi était l'invité de Augustin Trapenard

AM : "Un vêtement, c'est une matière, c'est une couleur, c'est une texture, c'est une sensation [...]

Aujourd'hui, je porte un très joli pull en laine coloris camel assez classique que j'aime beaucoup et qui est un peu large, un peu oversize, avec un col V qui est assez profond, avec un cargo, un peu street en laine de manteaux, c'est un peu bizarre, mais que j'aime beaucoup et que je porte sur une petite paire de baskets blanches. [...]

La mode est étrange parce que c'est vraiment l'expression d'une sensation. Ça veut dire que c'est un métier de choix. C'est un métier où on va dire "oui", "non", "court", "long", "noir", "blanc", "doux", "pas doux". 

Le vêtement, c'est quelque chose qui est vivant. C'est quelque chose qui se construit et qui se fabrique avec des gens.

Un vêtement n'existe que parce qu'il est porté par quelqu'un. Par principe, un vêtement plié dans un placard, ce n'est pas très intéressant. Tous les jours, j'ai la chance, à Paris, de croiser des gens, on me regarde, on me reconnaît, on me remercie. Cela peut être un mec qui aura acheté une veste pour son mariage, une fille qui aura trouvé quelque chose pour son interview le lendemain pour un job.

On est dans l'intime, dans la vie des gens.

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