Dans "Les mots en l'air", François Morel pointe du doigt la puissance des mots. Ceux qui nous plombent, ceux qui nous élèvent, ceux qu'on offre, ceux qu'on jette au visage... C'est un beau texte, d'autant plus nécessaire les jours comme aujourd'hui où le bruit du monde se fait particulièrement fort.

De la beauté des mots...
De la beauté des mots... © Getty / Juj Winn

Augustin Trapenard offre à ses invités sur France Inter une carte blanche, quelques minutes de liberté à l'antenne pour parler d'un artiste ou d'une oeuvre qui lui tient à cœur. Un sujet hors promo, hors actualité, un échange juste pour le plaisir. 

La chanteuse Nicole Croisille était invitée le 10 octobre 2018 dans Boomerang, elle a choisi de lire un texte de François Morel, intitulé Les mots en l'air. Vous avez été nombreux, depuis, à nous écrire pour nous le demander... Le voici donc :

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Nicole Croisille lit "Les mots en l'air", un texte de François Morel

Le texte de François Morel, "Les mots en l'air"

Les mots qu'on lance vers les étoiles ne sont pas toujours des paroles en l'air. Jongler avec les mots n'est pas donné à tout le monde. Il faut faire preuve d'habileté, de souplesse, de virtuosité. Un mot qui tombe mal ou qui tombe à côté ou que vous recevez, comme ça, en pleine poitrine, alors que vous ne vous y attendiez pas, peut faire des dégâts, il peut être blessant. Et je ne vous dis rien des séquelles et des traumatismes pendant des mois, des années. Combien d'estropiés du cœur après des collisions verbales. Il ne faut jamais l'oublier : les mots sont dangereux. Ils doivent être maniés avec infiniment de précaution. 

Les mots qu'on envoie en l'air ont besoin de souffle et d'inspiration. Il existe des mots lourds de sens, mais qui surtout pèsent des tonnes. Tournez  les pages de votre quotidien, faites défiler les actualités sur votre tablette. C’est fou comme les journaux sont remplis de déclarations, de proclamations, de promesses, de décrets, de divulgations, de révélations...

Mais les mots en l'air quand ils sont vifs comme des cabris, vaporeux comme des elfes, légers comme de la chantilly, sont des bouffées de fraîcheur qui longtemps voltigent comme des feuilles d'automne sous le préau de notre conscience.

"Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant. Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes. Dans l'eau de la claire fontaine elle se baignait toute nue. Y'a d'la joie ! J'en ai tant vu qui s'en allèrent ils demandaient que du feu. Je chante un baiser"...

Dans quelques années, dans quelques mois, dans quelques jours, enfin, tout de suite, là, dans quelques instants, nous aurons oublié les mots qui aujourd'hui font les importants, qui se poussent du col, qui jouent les gros bras et longtemps nous seront reconnaissants à Paul Verlaine, à Henri Calet, à Georges Brassens, à Charles Trénet, à Louis Aragon, à Alain Souchon, à tant d'autres, d'être de si fidèles compagnons qui ont su suspendre en apesanteur les mots de la mémoire et de la consolation.

Aller plus loin

ECOUTER Boomerang - l'entretien complet de Nicole Croisille au micro d'Augustin Trapenard

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