les Papesses
les Papesses © Radio France

On entre dans ce Palais des Papes en entendant la voix d’une vieille dame qui chante des comptines…. C’est Louise Bourgeois, papesse de l’art contemporain, qui a tellement inspiré d’artistes femmes, Louise Bourgeois, née en France mais naturalisée américaine, qui, à près de cent ans, enregistrait les comptines de son enfance…

La promenade commence dans ces murs médiévaux et se poursuit plus loin dans Avignon, à la Collection Lambert. La visite enchante, passionne, perturbe, aussi. Au Palais, une femme sculptée en bronze, agenouillée, nue, sur un bûcher, vous accueille en haut des marches. Signée Kiki Smith. De cette américaine, nous voyons aussi d’immenses tapisseries, ici un loup, là, une femme nue, comme Eve… Il y a quelque chose de médiéval dans son travail alors que tout vient d’être tissé, récemment.

Comme ses 4 consoeurs, convoquées dans la cité des Papes, Louise Bourgeois revient souvent. Ses œuvres dialoguent dans le même esprit avec celles de Kiki Smith, Jana Sterbak, tchécoslovaque exilée au Canada, Berlinde de Bruyckere, née à Gand, 3 artistes bien vivantes, et celles de la défunte Camille Claudel, qui fut internée près de là, à l’hopital de Monfavet.

Eric Mézil, commissaire de l’exposition a tenu à des correspondances entre les œuvres. Un bronze de Camille Claudel, par exemple, voisine avec un visage, signé Louise Bourgeois. On croirait les deux sculptures en pleine conversation.

Le féminin traverse l’exposition, bien sûr. Camille Claudel a sculpté des corps et des visages de femmes ou de petites filles, mais aussi plusieurs fois, le visage du frère. L’enfance est récurrente, chez Louise Bourgeois, entre autres. Son travail sur la mémoire de ce temps là est perceptible dans « the Red room », la chambre des enfants, reconstitution d’un univers très secret. La maternité se devine comme une obsession, dans les ventres arrondis qu’elle dessine ou dans les Vénus avec de gros serpents de Kiki Smith. Le corps, les corps envahissent l’espace, ils sont rêves ou cauchemars. Epoustoufflantes, les cires imposantes de la flamande Berlinde de Bruyckere. On croirait des tableaux de Bacon en 3 D. Des ventres, des jambes, des bras, certains posés, d’autres qui pendent, attachés à une corde, avec la couleur de la chair et du sang. De Bruyckere est obsédée par le corps violenté, par la chair (c’est amusant de lire qu’elle a grandi dans la boucherie charcuterie de ses parents).

Ces 5 femmes osent affronter de grands sujets et certaines de leurs obsessions, elles le font avec beaucoup de courage et d’énergie, utilisant des matériaux difficiles. De la cire, du bronze. Et cette force qui est l’égale des hommes impressionne dans ce voyage au cœur de la création féminine.

"Les papesses", 15 euros pour les 2 lieux.

Au Palais des Papes et à la collection Lambert, jusqu'en novembre.

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