A Paris la galerie Visionnairs montre le travail de deux artistes réunis sous le nom d'ORCD. Vision désenchantée de notre petit monde, englué dans ses contradictions. J'ai découvert le travail d'ORCD par hasard, frappée par les immenses photos semblables à des unes de magazines, comme si elles avaient été arrachées aux murs de la ville, telles de grandes affiches.

Leur série appeléeMeat Market m'a aussi beaucoup touchée. De loin on voit des carcasses humaines en carton pendues aux crocs de bouchers comme de la viande.

D'une manière général, ORCD nous renvoie l'image d'une société fast-food, qui ressemble globalement à une poubelle échouée sur une plage polluée par le pétrole. Les humains n'y sont que du bétail pour nourrir un système qui leur a complètement échappé. Dans les années 60, les couleurs de la société de consommation étaient brillantes et pimpantes dans les oeuvres d'art, aujourd'hui la tonalité à changé. Le pétrole est le fil rouge de la réflexion-dénonciation d'ORCD. Ils pourraient aller plus loin, et en mettre encore un peu plus et réellement, bien étalés sur les sols qui soutiennent nos pas. Dans la lignée de Spoerri ou Raymond Hains, ils réactualisent le discours artistique sur la société de consommation, en intégrant sa phase de production, par le biais du pétrole.

blogcs itw automatique... ou pas
blogcs itw automatique... ou pas © Radio France / C Siméone

Olivier Rieux et Cyril Deydier se sont prêtés au jeu de l'interview automatique.... ou pas!

Seriez vous les petits-fils de l'artiste Dada Raul Hausman?

ORCD: Ce serait un grand honneur (sourire) ! Il est vrai que notre travail s'inspire en partie de la philosophie Dadaiste, tout comme d'ailleurs, la démarche de chaque artiste utilisant des parties de journaux pour couper, modifier, changer, et faire évoluer sa démarche artistique. Et il est certain que l'approche de Raoul Hausmann visait à créer des Klebebilder pour faire état d'une société d'entre deux guerre bouleversée. Plusieurs décennies plus tard, les collages sont différents, les sujets également, mais l'esprit reste, on l'espère, aussi volontaire !

Seriez vous les enfants de Raymons Hains et Jacques Villeglé ?

ORCD: Ce serait encore une fois une belle ascendance ! Et en effet, nous sommes tout particulièrement sensibles aux travail des affichistes Français. Mais si Jaques Villeglé lacérait ses oeuvres pour faire état d'une certaine "rage", nous construisons en collant image après image. Ce qui nous intéresse aussi est la force de l'image, mêlée à celle des mots, qui mis en scène selon une chorégraphie quasi-publicitaire donne, on l'espère ici encore, à penser autrement.

Comment fabriquez-vous vos fausses unes de magazine? Collages, photos, quoi d'autres?

ORCD: Il y a la prise de vue à la base. Quasiment tout magazine utilise une image pour attirer l'attention sur sa "une". Le modèle est donc important. Et ce modèle est recouvert d'un effet pétrole pour à la fois l'effacer et le faire ressortir. Nous travaillons ensuite sur logiciels d'infographie pour construire les titres et les sujets des fausses unes de magazines. Il reste ensuite à trouver les "vraies" affiches qui serviront de soutien à notre travail. C'est là que nous allons intervenir dans la rue. Il faut être rapide, car l'affichage change très régulièrement, surtout s'il est interdit. Et l'on "collecte" ensuite l'ensemble des collages. Comme un bout de rue que l'on aurait emporté avec soi.

orcd
orcd © ORCD / Christine Siméone

Au sujet du Magazine concernant le "Galerisme" , que voulez vous signifier? L'art aujourd'hui c'est vraiment n'importe quoi?

ORCD: (Tout d'abord, il faut avoir une sacrée ouverture d'esprit pour un galeriste afin d'afficher cette pièce en souriant. Chapeau bas à Visionairs). En tant qu'artistes, on a des fois l'impression d'être plongés dans un univers où le monde de l'art contemporain s'axe sur des principes si éloignés de l'esthétique, du discours de l'artiste, ou tout simplement de ce qui "émeut" au sens large du terme, qu'on en perd le Nord. La concentration des milieux a aussi amené l'art à un mariage pour le moins étonnant avec le design, la mode, et la publicité. Et l'on se demande parfois qui de l'artiste, du galeriste, ou de l'acheteur, dicte la manière dont doit être faite une oeuvre.

La galerie Visionnairs> ORCD sur facebook>

Pour ce blog, Textes © Christine Siméone

Photos © Christine Siméone sauf indication

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