Benoît Lagane et Renan Cros ont profité d'une rencontre autour de la projection, dans le cadre du festival Séries Mania, d'une bonne vieille série d'Antenne 2 de 1979, "Pour tout l'or du Transvaal", pour poser une question existentielle... Pourquoi faut-il regarder les séries du passé ?

Jean Piat dans les Rois Maudits
Jean Piat dans les Rois Maudits © INA (Capture d'écran)

Pour tenter de répondre à cette question : Agnès Chauveau, spécialiste des médias et directrice déléguée à la diffusion et à l'innovation à l'INA, et Alexandre Letren, de Radio VL étaient présents. 

INA premium, c'est la plateforme de vidéos à la demande par abonnement de l'audiovisuel public. Pour 2,99€ par mois, vous avez accès à 20 000 archives télévisuelles : des documentaires, du sport, des émissions-phares de l'ORTF et… des séries. 250 séries, essentiellement des années 1950 / 1960 / 1970. Ce qui représente environ 3 000 épisodes et 2 000 heures de programmes. La plus regardée, et de loin, est : Les Rois maudits

Si l'INA est le Netflix des archives, 'Les Rois Maudits' sont le 'Game Of Thrones' de la série vintage

Agnès Chauveau : "Aujourd'hui, le goût pour l'histoire, c'est un goût pour l'histoire contemporaine pour le XXe siècle. Dans les années 1950, on aimait se dépayser avec le XIXe siècle, le XVIIIe siècle, voire avant. Si la fiction historique telle Les Rois Maudits marche très bien, la fiction historique avec un peu de fiction policière (Belphégor ou Vidocq) marche également très très bien"

Les années passent, mais les ressorts ne sont pas fondamentalement différents. La plateforme de l'INA bénéficie fort logiquement de l'engouement pour les séries.

Alexandre Letren : "Ce succès de l'INA montre qu'il y a quarante ans, le polar était en vogue à la télévision française et cela explique pourquoi il l'est encore aujourd'hui. Le travail d'archivage par l'INA de la télévision et des séries, c'est ce qu'on aimerait que d'autres plateformes puissent faire, pour proposer des classiques. Je pense à Netflix ou à Amazon.

Il y aussi des éditeurs DVD qui le font. Il faut se replonger dans ces séries-là pour découvrir que la télévision française a eu un âge d'or, qu'il y a eu de très très grandes séries qui, comme Les Rois Maudits influencent aujourd'hui des producteurs et des créateurs comme Game of Thrones."

Agnès Chauveau : "Quand vous avez un fond énorme, en fait, vous avez plein de nouveautés parce qu'il y a des choses qui n'ont pas été ressorties depuis longtemps. Si je pouvais les 'marketer' avec la même puissance..."

Si à l'INA, j'avais le budget marketing de Netflix, je défoncerais tout !

"La question c'est d'arriver à atteindre vos cibles. Nous, les cibles qu'on atteint facilement, ce sont des cibles qui nous sont déjà acquises. Il y a 'l'effet nostalgie'. La série vintage peut aussi surprendre et intéresser des publics beaucoup plus jeunes, ceux qui ne l'ont pas vu quand ils étaient plus jeunes. L'aspect 'découverte' est important."

Alexandre Letren : "La presse a aussi un rôle à jouer. La presse ne doit pas simplement aller vers les séries dont il faut parler aujourd'hui. On doit aussi nous remettre en perspective non pas en prétextant que la télévision a été inventé en 1998 avec l'arrivée de HBO et des Soprano, mais qu'il y a eu aussi des séries avant."

Quand le juridique s'en mêle

Aujourd'hui, l'INA propose des séries d'avant les années 1980. Et il y a une raison à cela.

Agnès Chauveau : "C'est l'une des failles du système. L'INA n'a les droits d'exploitation des séries que pour les séries produites par le service public et avant les années 1980. Ces séries ne sont exploitées nulle part ou peut-être parfois sur certaines chaines du câble, tard dans la nuit. On a la plateforme idoine. Il suffit que le producteur accepte que l'on prenne sa série en mandat et ensuite, on reverse au prorata du visionnage.

C'est notre patrimoine et il est très important qu'en dépit de ces problèmes juridiques, on puisse retrouver sur une plateforme, peu importe laquelle, un accès à ce patrimoine."

Doit-on alors se poser la question de la qualité ?

Agnès Chauveau : "C'est compliqué de juger ce qui fait une bonne série. Ce qui fait qu'on la garde ou pas."

Alexandre Letren : "J'imagine mal faire un tri sur l'archivage. Ça veut dire qu'on réécrit une forme d'histoire. Ça fait partie de notre culture. Si on ne comprend pas ce qu'il s'est passé dans les années 1990 avec les séries de TF1, comment le polar s'est installé en 90 minutes, comment les séries AB ont aussi plombé parfois la production de sitcoms en France... Si on oublie tout ça et si on n'archive pas, c'est un vrai problème."

Aller plus loin

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