Alors que s'ouvre le festival "Séries Mania" à Paris, retour sur un monde en pleine mutation, où la diffusion et la production web prennent des spectateurs à la bonne vieille télé.

La télé commence à produire moins de séries, face à la concurrence des services en ligne
La télé commence à produire moins de séries, face à la concurrence des services en ligne © Radio France / Olivier Bénis

Netflix, Amazon Prime Video ou même YouTube... Des noms quasi inconnus en France il y a quelques années, d'autres sur lesquels on n'imaginait pas regarder un jour des séries télé, encore moins produites en-dehors des circuits traditionnels. Pourtant aujourd'hui, ces nouveaux acteurs de la création audiovisuelle ont pris une place importante, au point qu'en 2016, une série américaine sur cinq est directement issue d'un service en ligne.

Car depuis quatre ans, les géants de la série en ligne produisent de plus en plus de "créations originales". Et ils rivalisent en qualité avec les chaînes de télévision et du câble, que ce soit aux États-Unis, les producteurs "traditionnels" depuis plusieurs décennies, allant même jusqu'à les concurrencer dans les festivals ou les remises de prix... Mais qu'est-ce qui fait l'originalité et le succès de ces nouveaux acteurs ?

Le jour où Netflix et Amazon ont chipé des Golden Globes

En janvier 2015, surprise : le studio de production d'Amazon remporte le Golden Globe de la meilleure série comique, avec "Transparent", l'histoire d'un père de famille à la retraite qui annonce à ses enfants qu'il est en réalité une femme transgenre. C'est une première pour ce studio créé en 2010 et un coup de canif supplémentaire à la suprématie des "networks" américains.

Le même jour, Kevin Spacey obtient le Golden Globe du meilleur acteur dans une série dramatique pour "House of Cards", la fiction politique cynique produite par Netflix. Deux ans après, Netflix raflera aussi la très convoitée statuette de la meilleure série dramatique pour sa fresque historique "The Crown", qui raconte la jeunesse d'Elizabeth II. Les têtes couronnées de "Game of Thrones" (produite par la chaîne HBO) ont encore cette soirée en travers de la gorge.

Des héros familiers à la rescousse

Les fans le savent bien, depuis des décennies, deux grandes maisons d'édition s'affrontent dans le monde des superhéros : d'un côté DC (Batman, Superman, Flash...), de l'autre Marvel (X-Men, Spider-Man, Hulk...). Une guerre qui s'est transposée au monde des séries depuis plusieurs années. Si DC a fait le choix de développer des séries en partenariat avec des chaînes de télévision, Marvel s'est risquée sur un tout autre terrain, en signant en 2013 un accord avec Netflix pour produire plusieurs séries autour de ses personnages.

Pari réussi jusqu'ici, puisque les trois premières séries du service en ligne ont, en reprenant des personnages moins connus (Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage), permis aux réalisateurs d'avoir une grande liberté d'écriture, ce qui a donné des œuvres plus qu'intéressantes et des succès critiques et d'audience. À l'image de la formidable série "Jessica Jones", avec son héroïne brisée, instable et attachante.

En attendant "The Defenders" qui rassemblera quatre de ces héros en août 2017.

De son côté, n'ayant pas obtenu de contrat aussi juteux que celui de Netflix avec Marvel, Amazon mise sur des adaptations d'autres références de la littérature : la dystopie historique avec "The Man in the High Castle" (adaptée d'un roman de Philip K. Dick) ou le thriller avec "Bosch", du nom du héros de nombreux romans de Michael Connelly.

Et côté français ?

L'une des promesses de Netflix à son arrivée en France, c'était de financer des productions locales. C'est chose faite en 2016 avec "Marseille", série politique vaguement inspirée par le succès de "House of Cards", avec en tête d'affiche (excusez du peu) le monument national Gérard Depardieu. La série marche (en tout cas suffisamment pour commander une saison 2) mais c'est en grande partie lié au fait qu'elle a été presque unanimement moquée sur les réseaux sociaux pour son intrigue plutôt faible et ses dialogues à la limite du nanar...

Il faut dire que s'implanter sur le marché de la production originale en France, c'est se frotter à un géant local : Canal Plus. La chaîne mise d'ailleurs de plus en plus sur son propre service de vidéo à la demande, Canal Play, pour diffuser ses productions au-delà du cercle (de plus en plus réduit) des abonnés à la chaîne. Et même à l'étranger, puisque les séries traversent parfois la Manche voire l'Atlantique. À l'image du "Bureau des Légendes", série française la plus exportée aujourd'hui, ou de la superproduction historique "Versailles".

Les productions indépendantes se font une place

En marge de ces batailles de géants économiques, on ne pouvait évoquer les mutations du monde des séries sans parler d'autres acteurs moins exposés. Internet et les plateformes comme YouTube ou Dailymotion sont aussi des moyens de diffusion idéaux pour des projets plus modestes en terme de coûts, mais parfois tout aussi ambitieux. Exemple avec "Le Visiteur du Futur", série amateur française de 2009 devenue de plus en plus professionnelle au fil des saisons, jusqu'à être diffusée aussi sur France 4. Comme quoi, ça marche dans les deux sens.

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