Quelques semaines avant mai 1968, alors que les deux chaînes de la télévision françaises semblent ronronner, un ovni pataphysique fait son irruption dans les foyers de l'Hexagone à l’heure du dîner.

Un gibi et un marin shadok créés par Jacques Rouxel
Un gibi et un marin shadok créés par Jacques Rouxel © AFP / INA / Laszlo Ruszka

29 avril 1968, 20h33 : les téléspectateurs de la première chaîne sont en état de sidération. Ils viennent de découvrir la planète Shadok, peuplée de drôles d’oiseaux bêtes et méchants au gros ventre posé sur de longues pattes et des petites ailes ridicules. 

Ces volatiles bizarroïdes au graphisme simple, dont le vocabulaire ne comprend que quatre mots monosyllabiques (Ga, Bu, Zo, Meu), ont déboulé deux minutes trente plus tôt au cri strident d’une trompette et de verre brisé. 

Portés par la truculente voix du comédien Claude Piéplu, les Shadoks n’ont qu’une obsession : se rendre sur Terre, entraînant bon nombre de tentatives aussi infructueuses qu’absurdes, d’inventions farfelues. 

Et pomper. Car selon la logique shadok "Je pompe donc je suis". 

Cet ovni pataphysique est né dans les studios de recherche de l’ORTF dirigés par Pierre Schaeffer, fruit de l’imagination de Jacques Rouxel, ancien de HEC élevé à l’humour anglais et aux comic strips américains. Rouxel s’occupe de tout : dessins et textes.

L'équipe des Shadoks sur l'animographe
L'équipe des Shadoks sur l'animographe © AFP / Ina / Jean Claude Pierdet

La réaction des téléspectateurs à la diffusion du premier épisode est immédiate 

Des milliers de lettres d’insultes et de soutien affluent à l’ORTF. Elles font même l’objet d’une émission "les français écrivent aux Shadoks" présentée par Jean Yanne. La presse s’en mêle. Même Yvonne de Gaulle prend position, en faveur des Shadoks parce qu’ils font rire ses petits enfants. 

"Vous déchirez la France en deux !" hurle le directeur de l’ORTF sur Pierre Schaeffer qui n’a de cesse d’espérer que les Shadoks aient "un rôle de réanimation à petites doses qui, à la longue, entraînera un renouvellement de ton et de style dans les émissions".

Le 13 mai 1968, l’ORTF entre dans la grève, les Shadoks sont privés d’antenne. Ils ne réapparaîtront qu’en septembre. 

Mais le pari de Shaeffer est gagné :  les Shadoks deviennent une série culte, la télévision est enfin autorisée à ne pas se prendre au sérieux. 

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