Les images de la rixe entre les rappeurs Booba et Kaaris, mercredi, ont évoqué chez de nombreux internautes un tableau de Rubens. Et ce n'est pas la première fois que l'imagerie des musiques urbaines rejoint celle de l'art ancien.

Le montage des deux images a beaucoup circulé sur Twitter
Le montage des deux images a beaucoup circulé sur Twitter © Radio France / Capture d'écran

Les images ont fait le tour des réseaux sociaux : mercredi, deux rappeurs parmi les plus populaires en France se sont battus à l'aéroport d'Orly, entraînant des retards pour les voyageurs. D'un côté, Booba, 41 ans, auteur des titres "OKLM" (qui a popularisé l'expression du même nom, se lisant "au calme") ou "Double Poney", de l'autre Kaaris, 38 ans, qui a chanté "Tchoin" et "Bling-Bling". 

A priori, pas grand chose à voir avec le maître de la renaissance qu'est Pierre Paul Rubens, 441 ans, auteur pour sa part de "Sous la tonnelle de chèvrefeuille" et de "L'Enlèvement des filles de Leucippe". Et pourtant... depuis la diffusion des images de ces deux clans qui se maravent, les internautes ont remarqué une ressemblance entre les postures des protagonistes de la bagarre (qui a perturbé la circulation d'Orly), et ceux de la Flagellation du Christ (une scène qui avait perturbé, quant à elle, le trafic du Golgotha). Effectivement, la ressemblance est troublante :

Ce n'est pas la première fois qu'une photo d'actualité est décortiquée par les internautes à la façon d'un tableau des peintres de l'ancien temps. En 2014 par exemple, des utilisateurs de Twitter à l’œil aguerri avaient noté que la photo d'une bagarre (encore) au Parlement ukrainien respectait les proportions du nombre d'or cher aux peintres de la Renaissance. La scène a d'ailleurs inspiré l'artiste française Camille Henrot, qui s'en est inspirée pour peindre un tableau contemporain. 

Rois, icônes et œuvres d'art

Mais au-delà de ce premier parallèle, depuis plusieurs années, les parallèles entre l'art classique et l'imagerie du rap et des musiques urbaines se sont multipliés. Souvent, ce sont les artistes eux-mêmes qui jouent de cette correspondance : on ne compte plus les rappeurs et les artistes de hip-hop qui se posent comme rois ou princes. Le cliché du rappeur US Notorious B.I.G. portant une ostentatoire couronne sur la tête est devenu l'une des images les plus connues de cet univers. 

Le couple le plus puissant de la musique américaine, Beyoncé et Jay-Z, joue lui aussi de cette image royale voire sacrée. Dans leur clip désormais culte tourné au Louvre, ils se mettent en scène au milieu des toiles de maîtres, pour mieux y souligner la place des personnages noirs, souvent relégués au rang de domestiques ou d'esclaves. 

Moins politique, mais presque aussi mégalo, Will.I.Am avait lui aussi investi le Louvre il y a deux ans en s'incrustant dans les tableaux les plus célèbres du musée, et en remplaçant Mona Lisa par Nicole Scherzinger (ex-Pussycat Dolls) dans le rôle de la Joconde. 

Autre exemple, celui d'un autre rappeur superpuissant, Kanye West, qui dès 2006 apparaissait en une du magazine Rolling Stone dans la posture d'un Christ à la couronne d'épines, plusieurs années avant son album "Yeezus" qui, s'il n'a jamais eu de pochette officielle (le boîtier est transparent), a fait l'objet de nombreux "artworks" fictifs liés à cette imagerie également. 

Des ressemblances pas toujours volontaires

Plus étonnant, ces parallèles entre les deux imageries ne sont pas toujours aussi réfléchis : il y a plusieurs années, la directrice artistique Cecilia Azcarate avait recensé sur un blog, intitulé B4 XVI, les parallèles entre certains tableaux de la Renaissance (ou plus anciens encore) et des photos de stars du rap. Les ressemblances sont en effet troublantes.

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