Il avait 87 ans. Le dessinateur et illustrateur strasbourgeois Tomi Ungerer est mort samedi en Irlande. Avec "Les Trois Brigands" ou "Jean de la Lune", ses albums jeunesse publiés à l'École des Loisirs, il a marqué plus d'une génération et a aussi montré que son talent avait de nombreuses facettes.

Le dessinateur Tomi Ungerer, ici à Strasbourg en novembre 2016.
Le dessinateur Tomi Ungerer, ici à Strasbourg en novembre 2016. © Maxppp / Patrick Seeger

Il était l'un des plus grands dessinateurs et auteurs de jeunesse en France. L'alsacien Tomi Ungerer est mort à l'âge de 87 ans, dans la nuit de vendredi à samedi en Irlande, au domicile de sa fille. Né en 1931 à Strasbourg, il a, avec Les Trois Brigands (1961) ou Jean de la Lune (1966), ses albums publiés à l'École des Loisirs, marqué plus d'une génération d'enfants. C'est cette littérature jeunesse qui l'a fait connaître dans le monde entier.

Des albums jeunesse mythiques

À l'aube des années 60, Tomi Ungerer débute une carrière dans les arts graphiques aux États-Unis en travaillant comme publiciste, affichiste ou graphiste. Il signera cette affiche iconique contre le racisme où un blanc et un noir s'entre dévorent. En 1961, paraît les Trois Brigands. L'album raconte l'histoire de trois vilains brigands (armés d'un tromblon, d'un soufflet à poivre et d'une hache) et dont la vie changea totalement le jour où ils rencontrèrent Tiffany, une petite orpheline. De trois méchants elle en fit... des bienfaiteurs de l'humanité. Le conte a été adapté au cinéma en 2007. 

Dans Jean de la Lune, Ungerer raconte l'histoire de Jean, un petit bonhomme pelotonné dans la boule argentée de la Lune. Un jour, il se retrouve sur la Terre en attrapant la queue d’une comète. Il y vit des heures de frayeur et de bonheur, et il y fait une rencontre extraordinaire. 

Invité de France Inter pour la réédition de À la guerre comme à la guerre : dessins et souvenirs d'enfance et de Jean de la Lune, Ungerer estimait qu'il fallait cesser de parler aux enfants comme s'ils ne comprenaient pas le monde dans lequel ils vivent : "Je ne ferme pas les yeux sur la réalité et je montre aux enfants que ce monde est tout à fait imparfait". Il avait justement, en 2016, fait paraître le livre Ni oui, ni non, dans lequel il répondait à une centaine de questions d'enfants.

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Tomi Ungerer, invité de Boomerang en 2016.

Par Augustin Trapenard
Pour le 50e anniversaire de l'École des loisirs, une illustration des Trois brigands exposée au Musée des Arts décoratifs.
Pour le 50e anniversaire de l'École des loisirs, une illustration des Trois brigands exposée au Musée des Arts décoratifs. © Maxppp /

Tendre, subversif, poétique et bourré d'humour, ses dessins illustrent donc des contes pour enfants, des affiches contre la guerre du Vietnam et même des dessins érotiques, où des grenouilles joyeuses pratiquent le Kamasutra.

La Seconde guerre mondiale vue d'Alsace, l'amour de l'Europe

Dans son oeuvre, Tomi - Jean-Thomas de son vrai prénom - Ungerer fait passer des messages et raconte aussi son histoire. Orphelin de père à trois ans, c'est lorsqu'il a huit ans que les Allemands annexent lAlsace en 1940. Interdiction de parler français, l’allemand devient obligatoire, les nazis imposent leurs ouvrages. Cinq ans plus tard, à la Libération, il vit aussi les humiliations : à l’école, on punit ceux qui osent s’exprimer en allemand ou alsacien. "J'ai vécu dans cette alternance franco-allemande et l'Europe a été une forme de soulagement" racontait-il au micro d'Augustin Trapenard, en mars 2018, sur France Inter. 

"Je ne me serais pas battu contre le racisme et les préjugés si je n'en avais pas été imprégné toute mon enfance" 

Très impliqué dans la réconciliation entre la France et l'Allemagne, il a aussi toujours milité pour la préservation des identités régionales et en particulier pour le bilinguisme en Alsace. En 1998, il avait été récompensé par le prix Hans Christian Andersen d'illustration. Un musée lui est consacré à Strasbourg depuis 2007.

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