La plus célèbre des dynasties britanniques s'expose au Musée du Luxembourg à Paris ! Si les Tudors ont largement inspiré les artistes de leur temps, ils ont également marqué les dramaturges et peintres français du XIXème avant de s'inviter sur nos écrans dès le début du XXème siècle.

Le ton est donné

Dynastie hors du commun, les Tudors sont une source intarissable d'inspiration pour le théâtre, la littérature, le cinéma, ou encore plus récemment la télévision. Pour la première fois en France, une exposition leur est consacrée. Cette dynastie qui a régné sur l’Angleterre entre 1485 et 1603 a vu se succéder cinq monarques, personnages réels devenus légendaires...

Cécile Maisonneuve, docteur en histoire de l’art, conseiller scientifique à la Rmn-GP est l'une des commissaires de l'exposition

Henri VII , le fondateur. Il réunit les deux maisons ennemies, Lancaster et York, mettant ainsi fin à la Guerre des Deux-Roses, et donne naissance à la dynastie.Henri VIII , son fils, l'homme aux six épouses, qui rompt avec l’Église catholique pour pouvoir épouser Anne Boleyn. Puis se succèdent les trois enfants d'Henri VIII. Avec Édouard VI et Marie, la sanglante (Bloody Mary), le pays se déchire entre protestantisme et catholicisme. Avec Élisabeth , la reine vierge. La dynastie connaît enfin son âge d’or, mais aussi son crépuscule.

Les Tudors
Les Tudors © National Portrait Gallery

La vie des Tudors réunit tous les ingrédients d’une bonne intrigue. Dès le début du XVIIe siècle, les écrivains, dont Shakespeare, en perçoivent la dimension dramatique. Au XIXe siècle, elle devient l’objet de mélodrames à grand spectacle où se mêlent sur fond d’histoire désir et devoir, justice et trahison. Le thème inspire, en France mais aussi en Italie, en littérature mais aussi à l'opéra : Hugo et Dumas, Rossini et Donizetti... En consacrant quatre opus à l’Angleterre des Tudors, Donizetti peut même être considéré comme le premier inventeur d’une "série" sur les Tudors.

De la scène à l'écran il n'y a qu'un pas

La vie privée d'Henri VIII
La vie privée d'Henri VIII ©

Au début des années 30, Alexander Korda, qui vient de s'installer à Londres ou il a fondé sa maison de production, décide de lui consacrer un film : La vie privée d'Henry VIII avec Charles Laughton dans le rôle titre. Après plusieurs versions du script, le scénario, qui devait à l'origine se limiter à l'histoire d'Henry VIII et Anne de Clèves, est développé pour finalement traiter des cinq autres épouses du roi. Malheureusement, les projets portant sur cette époque sont mal vus à l'époque, et le réalisateur a bien du mal à trouver un financement. On lui conseille même d'enlever Henry du titre. Mais Korda persévère.Plus tard, alors que le film est en tournage, Korda manquant toujours des fonds nécessaires et pour faire des économies, fait construire des décors à bon marché. Les acteurs, obligés de porter les mêmes costumes tout au long du film, acceptent de réduire leur salaire en attendant la sortie du film.Le film sort en 1933 et vaudra à Charles Laughton l'Oscar du meilleur acteur.

Un homme pour l'éternité
Un homme pour l'éternité ©

En 1954, Robert Bolt écrit Un homme pour l'éternité (A Man for All Seasons), pièce originellement pour la radio puis retravaillée pour le théâtre et jouée à Londres en 1960, puis à Broadway, le rôle de Thomas More étant joué des deux côtés de l'Atlantique par Paul Scofield. La pièce est un énorme succès à Broadway, ce qui ne manque pas d'attirer Hollywood. Elle est donc adapté au cinéma en 1966 par Fred Zinnemann, et le film triomphe aux Oscar : 6 statuettes dont meilleur film, réalisateur et acteur pour Paul Scofield. Également à l'affiche : Robert Shaw, Orson Welles, Vanessa Redgrave et le tout jeune John Hurt.

Deuw soeurs pour un roi
Deuw soeurs pour un roi ©

En 2001 parait sous la plume de Philippa Gregory "The Other Boleyn Girl", inspiré de la rivalité qui opposa les sœurs Mary et Anne Boleyn. Deux sœurs pour un roi est l'adaptation cinématographique de ce best-seller.Anne et Mary Boleyn sont élevées en partie à la Cour de François 1er, en France. Mary revient à 12 ans en Angleterre, où elle doit épouser un gentilhomme de la chambre royale, William Carey. Quelques années plus tard, elle entame une liaison avec Henry VIII dont elle aura un enfant. Mais le roi s'éprend rapidement d'Anne, rentrée elle aussi en Angleterre. C'est à partir de 1534 que les deux sœurs vont entrer en conflit, comme le raconte le film. "Anne et Mary se font beaucoup de mal mais restent sœurs malgré tout. Comme le dit Mary, ce sont les deux moitiés de la même personne. " Scarlett Johansson, la blonde Mary, face à Natalie Portman, la brune Anne. Pour confronter ces deux reines du box-office, il fallait un arbitre de choix. En l'occurrence, le roi d'Angleterre Henri VIII qui a dans ce film les traits d'Eric Bana.

Dans la réalité, Mary Boleyn n'a sans doute pas l'importance que lui attribue le film. C'est lors d'un voyage en France qu'Henri VIII rencontre Mary Boleyn. Elle devient sa maîtresse mais il se lasse vite d'elle. À la suite de quoi, elle se retire de la cour, cédant la place à sa brillante et ambitieuse sœur, Anne.

Henry VII, Édouard VI et Marie n'inspirent guère les auteurs... à l'inverse d'Elizabeth. Plusieurs actrices ont marqué de leur empreinte le rôle de la reine vierge, Bette Davis notamment.

La Vie privée d'Élisabeth d'Angleterre
La Vie privée d'Élisabeth d'Angleterre ©

La Vie privée d'Élisabeth d'Angleterre (1939) de Michael Curtiz raconte la romance entre la reine Élisabeth Ière et lord Essex. Ce dernier étant interprété par Errol Flynn. Bette Davis aurait préféré Laurence Olivier comme partenaire, affirmant que la diction d'Errol Flynn ne convenait pas au personnage. En 1974 dans une interview au Washington Post elle déclare : "J’étais assise sur mon trône et je me disais, à chaque fois que les portes allaient s’ouvrir, « Oh mon Dieu ! Faites que ce soit Laurence Olivier ! »". L'actrice fut très contrariée qu’on ne tienne pas compte de son avis. Les deux acteurs n'ont plus jamais travaillé ensemble et Bette Davis n'a plus tourné avec Michael Curtiz qui l'a dirigeait là pour la 6ème fois. En revanche, elle retrouvera le rôle d'Elizabeth en 1955 dans Le Seigneur de l'aventure (The Virgin Queen) d'Henry Koster.

Si Henri VIII a valu quelques Oscars à ses interprètes, il n'en va pas de même avec Elizabeth. Bette Davis, ne remporta pas la récompense suprême pour ce rôle. Elle fut même cette année-là nommé pour un autre film. Cate Blanchett non plus ne fut pas récompensée pour son interprétation, malgré deux nominations pour le rôle.

Elizabeth
Elizabeth ©

Elizabeth (1998) de Shekhar Kapur raconte l'ascension et les premières années de règne de la jeune Elizabeth, confrontée à ses rivaux aspirant au trône et aux trahisons familiales. Elizabeth : l'âge d'or (2008) de Shekhar Kapur toujours, se déroule quinze ans plus tard, alors qu'Elizabeth, plus assurée dans son rôle de reine, doit faire face au roi catholique Philippe II d'Espagne, bien décidé à se débarrasser de la reine protestante. Cate Blanchett avoue avoir longtemps hésité à reprendre le rôle 10 ans après. Elle fait part de la difficulté à incarner ce personnage historique : "J'ai beaucoup appris depuis le tournage d'Elizabeth. Mais ce rôle reste difficile, et il m'est arrivé de douter de ma prestation." Le reprendra-t-elle une troisième fois ? Le réalisateur Shekhar Kapur ayant toujours estimé qu'il faudrait au minimum une trilogie pour rendre compte de l'incroyable existence d'Elizabeth Ière.

L'ovni

La reine Elisabeth I est envoyée dans le futur par l'occultiste John Dee, à travers l'esprit d'Ariel (un personnage de La Tempête de Shakespeare). Elizabeth débarque dans l'Angleterre tumultueuse de la fin des années 1970.Jubilee (1977) de Derek Jarman est un film culte de l'univers punk, résolument anti-establishment et anti-monarchique.

La série

Capitalisant sur la popularité de la famille Tudor, Showtime sort en 2007 une série, Les Tudors, écrite par Michael Hirst avec Jonathan Rhys-Meyers dans le rôle d'Henri VIII."Vous pensez connaître l'Histoire, mais vous n'en savez que la fin, pour en atteindre le cœur, il faut la reprendre au début."

La série raconte la vie tumultueuse et romancée d'Henri VIII d'Angleterre au début de son règne. Et même si, dans les grandes lignes, elle reste proche de la vérité historique, certains faits ont été omis ou d'autres inventés, et la chronologie n'est pas toujours respectée. Quelques exemples :

Henri VII vers 1520
Henri VII vers 1520 © National Portrait Gallery
  • Henri VIII est présenté comme un jeune et bel homme svelte et athlétique, et ne correspond pas du tout à l'image que l'on peut en avoir à travers toutes les représentations artistiques de l'époque ou d'après. Certes, son obésité n'a été reportée que bien après sa blessure à la jambe, mais il semble que, physiquement en tout cas, le personnage dans la série ne soit qu'une pure création. - Dans l'épisode 3, Charles Quint apparaît avec un physique et un accent espagnol alors que la langue maternelle de l'empereur était le français (il n'a découvert l'Espagne qu'en 1517). - Dans la première saison, une coucherie est évoquée entre Marguerite de Navarre , sœur de François Ier, avec Henri VIII. Cet évènement est inventé. Marguerite de Navarre n'est pas connue pour avoir eu des amants d'une nuit. D'autre part, à l'époque où le film situe cette coucherie, François Ier et Henri VIII ne sont pas en très bons termes. Or Marguerite était très proche de son frère et on peut douter qu'elle se soit donnée si facilement à l'ennemi, qu'elle considérait d'ailleurs comme un rustre. - Le camp du Drap d'Or est annoncé comme étant situé dans le Pas-de-Calais, alors que ce département n'existe que depuis 1790. Il aurait fallu parler du comté d'Artois. - Dans l'épisode numéro 2 de la saison 2, Henri et Anne se promènent dans un parc enneigé et passent devant la Vénus de Milo , qui n'a été découverte qu'en... 1820, soit près de 300 ans plus tard.

Les autres films

Anne of the Thousand Days (Anne des mille jours) (1969) de Charles Jarrott, avec Richard Burton et Geneviève Bujold

Henry VIII And His Six Wives (1972) de Waris Hussein , C'est l'adaptation au cinéma de la série télévisée de la BBC Les Six femmes d'Henry VIII, avec Charlotte Rampling (Anne Boleyn)

The Wives of Henry VIII (Les Six Femmes d'Henry VIII) (2001) de Andy Rashleigh

The Six Wives Of Henry VIII série télévisée (Docu fiction - 2003) de David Starkey

Henry VIII (2003) de Pete Travis, avec David Suchet (Thomas Wolsey) Helena Bonham Carter (Anne Boleyn) et Emily Blunt (Catherine Howard)La Reine vierge (1953) de George Sidney avec Jean Simmons, Stewart Granger et Deborah Kerr

Elizabeth R , minisérie pour la BBC (1971) de Donald McWhinnie et Richard Martin avec Glenda Jackson

Elizabeth I (Série - 2005) avec Helen Mirren et Jeremy Irons

Cette liste n'est pas exhaustive

J'ai appelé Alain Rey

"Tudor c'est un nom de famille, ça ne prend pas de 's' au pluriel !" Et pourtant si, il faut bien écrire Les Tudors et non pas Les Tudor : explications... "Les noms propres de personnes ne varient pas au pluriel.Exceptions : prennent un s dans l’écriture les noms de certains personnages célèbres de la Bible ou de l’Antiquité (qu’on est habitué à considérer ensemble) et de certaines familles, surtout régnantes, dont la gloire est ancienne : Les trois Maries, les deux Gracques, les Césars, les Bourbons, les Plantagenêts, les Stuarts et les Tudors (…)" (Source : Le Bon usage – Grammaire française, Maurice Grevisse XIIIe édition, 2004)

Tudors_shakespeare
Tudors_shakespeare © Radio France / Anne Audigier
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