Souvenez-vous, c’était en novembre 2016, dans la tristesse encore palpable semée par les attentats terroristes à Paris en 2015 et 2016, l'ambassade américaine offrait à Paris une œuvre de Jeff Koons, un bouquet de tulipes géant. Ce n'était que le début de plusieurs mois de polémiques.

Dessin de la sculpture monumentale offerte par donation à la Ville de Paris en soutien des Américains au peuple français endeuillé par les attentats de 2015-2016.
Dessin de la sculpture monumentale offerte par donation à la Ville de Paris en soutien des Américains au peuple français endeuillé par les attentats de 2015-2016. © Jeff Koons. Courtesy Noirmontartproduction

Le Bouquet de Tulipes de Jeff Koons, est une oeuvre monumentale, en bronze, acier inoxydable et aluminium polychromes de dix mètres de haut et huit de large, pour un poids de 27 tonnes. La sculpture va être acheminée en pièces détachées d'Allemagne. Son installation commence cette semaine au bas des Champs-Élysées, dans le jardin derrière le Petit Palais. C'est la conclusion de débats, critiques et polémiques.

Tout a commencé en 2016. 

Le cadeau pour célébrer une renaissance

La main géante, tenant des tulipes multicolores comme un symbole du geste d'offrir, a été donnée par Koons et l'ambassade américaine, à la ville de Paris, comme "un geste d’amitié entre le peuple américain et le peuple français"

Pour l'artiste le plus cher du monde, américain, le Bouquet de Tulipes fait référence à la main de la statue de la Liberté tenant le flambeau. 

Je voulais faire un geste d'amitié entre les peuples des États-Unis et de la France. 

"L'œuvre dialogue également avec Le bouquet de l'amitié de Pablo Picasso et sa sculpture La femme au vase, dans l'acte d'offrir, avait expliqué Koons. Vous pouvez également regarder la sculpture et penser aux fleurs impressionnistes de Monet ou aux fleurs rococo de François Boucher ou de Jean-Honoré Fragonard. Les fleurs sont universellement associées à l'optimisme, à la renaissance, à la vitalité de la nature et au cycle de la vie. Ils sont un symbole que la vie avance".

Ces paroles consensuelles, puisées aux sources de l'Histoire de l'Art pour mieux donner de la valeur au travail de Koons lui-même, n'ont pas ému les esprits pragmatiques.

Un cadeau qu'on n'a pas su où mettre

Le cadeau avait été accepté par la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui prévoyait d'installer le bouquet sur la place située entre le musée d’Art moderne de la Ville de Paris et le Palais de Tokyo, dans le XVIe arrondissement. L'option du Trocadéro pour installer le Bouquet, était un souhait de Koons, en raison de sa fréquentation touristique. 

Certes. Mais en janvier 2018, vingt-trois personnalités du monde de l'Art signent une tribune dans le journal Libération. Elles jugent que "l'initiative, choquante, est malvenue" et regrettent notamment le choix du lieu "sans aucun rapport avec les tragiques événements invoqués et leur localisation". 

Le président du Palais de Tokyo de l’époque, Jean de Loisy, fait alors connaître sa réticence quant à l'installation du "bouquet" qui, par son poids, obligerait à effectuer des mois de travaux pour renforcer la galerie basse du Palais. Bruno Julliard, alors premier adjoint de la maire de Paris, estime qu'en plus, les tulipes masqueraient la perspective sur la Tour Eiffel. 

Un cadeau qu'il a fallu financer par des dons

Lors de l'annonce du cadeau, certains s'étaient demandés si le contribuable n'allait pas devoir payer la facture du "cadeau". 

Dans leur tribune publiée dans Libération, les critiques dénonçaient aussi "le coût pour l’État, et donc pour l’ensemble des contribuables", car la construction et l’installation de la sculpture étaient alors estimées à 3,5 millions d’euros.

Finalement, c'est Noirmont Art Production qui a organisé la fabrication et l'installation de l'œuvre, le tout financé par des dons. Sur le site de Fonds pour Paris, les mécènes ont été appelés à contribuer pour un montant de trois millions d'euros. L'argent public servira donc seulement à l'entretien de l'œuvre. La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, avait clos le débat en déclarant que le gouvernement allait "accompagner la Ville de Paris et trouver ensemble une solution à la hauteur de l'enjeu symbolique".

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