Juste après la Guerre, Georges Simenon s'installe pour une dizaine d'années aux Etats-Unis. C'est là qu'il écrit un texte très personnel : "Lettre à mon juge"

Georges Simenon
Georges Simenon © Getty

A l'époque, il vient de rencontrer Denise Ouimet. Elle est sa secrétaire, avant de devenir sa maîtresse puis sa seconde épouse. L'auteur s'inspire largement de leur liaison tumultueuse pour écrire son roman.

J’ai écrit Lettre à mon juge pour me débarrasser de mes fantômes et pour ne pas faire le geste de mon héros

L'histoire est celle d'un homme qui depuis sa cellule, à la prison de la Santé, écrit au juge qui l'a condamné. Il lui dit : "Je voudrais qu'un seul homme me comprenne et que cet homme soit vous". Cet homme, le docteur Charles Alavoine clame qu'il a commis son crime "en connaissance de cause et avec préméditation". Et que maintenant que le procès est terminé et qu'il a été condamné, il peut s'exprimer. Il est, dit-il, un homme ordinaire devenu "un criminel d'occasion".

Lettre à mon juge sur scène

Jeune comédien, Robert Benoit a envie de jouer seul en scène. Il découvre alors Lettre à mon juge, le lit en une nuit et en sort bouleversé.

Tuer par amour. En quelques heures, l’auteur Simenon a convaincu le lecteur Benoit que c'était possible, plausible. Robert Benoit écrit à Simenon. La réponse est lapidaire :

"Monsieur, je n'ai aucune intention que Lettre à mon juge devienne une pièce de théâtre et sachez que je ne discute jamais avec les artistes, mais avec les producteurs. Je vous prie d'agréer etc....".

Robert Benoit persévère. Convainc dans un premier temps la secrétaire de Simenon, qu'il n'a pas l’intention de monter une pièce de théâtre mais c'est bien un monologue qu'il souhaite présenter sur scène. Et ça marche. Simenon est séduit et donne les droits, gratuitement.

Un mois plus tard, Simenon meurt.

C'est la seule et unique fois que Simenon donnera gratuitement les droits d'une de ses œuvres.

► (Ré)écouter l'heure des rêveurs de Zoé Varier avec Robert Benoit

Nous sommes en 1989. Robert Benoit ne montera la pièce qu'en 2003 et le présentera au Festival "off" d'Avignon. En 2012, Robert Benoit adaptera Lettre à ma mère

Lettre à mon juge a également été adapté au cinéma par Henri Verneuil en 1952 : Le Fruit défendu

► (Ré)écouter ça ne peut pas faire de mal : "Lettre à mon juge" de Georges Simenon

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.