Lewis Trondheim publie à L’Association, Une nouvelle aventure de Lapinot, "Un monde un peu meilleur". Rencontre avec le dessinateur.

Nouvelles Aventures de Lapinot, tome 1: "Un monde un peu meilleur" de Lewis Trondheim
Nouvelles Aventures de Lapinot, tome 1: "Un monde un peu meilleur" de Lewis Trondheim © L'Association

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La naissance de Lapinot

Lapinot est né par hasard en 1989/1990, parce que je voulais apprendre à dessiner. J’ai d’abord dessiné une histoire qui s’appelle Lapinot et les carottes de Patagonie (L'Association). Elle faisait 500 pages, parce que je l’avais décidé au départ, mais j’improvisais case après case … Arrivé à la case 6, je ne pensais pas que ce serait le personnage principal. Mais il est resté vivant jusqu’au bout, contrairement à d’autres personnages. Mon dessin animalier est minimaliste. Je n’ai donc pas 30000 possibilités pour faire des personnages. Lapinot, je lui fais des yeux avec deux points, parfois pas de nez, il a de de grandes oreilles, une bouche, mais c'est juste deux dents, et c'est tout.

Sa renaissance

Pages de "Lapinot, un monde un peu meilleur" de Lewis Trondheim lors de l'impression
Pages de "Lapinot, un monde un peu meilleur" de Lewis Trondheim lors de l'impression / L'Association

Lassé que l’on me répète que Lapinot était mon personnage emblématique, je l'ai fait écraser par un taxi dans La vie comme elle vient (Dargaud). Dès la page 10, il était logique que ce soit lui qui meure par rapport à l'histoire que je racontais. Même si à la base, je n'avais pas imaginé que ce soit lui. Treize ans après, j'ai eu envie raconter une histoire. Comme je m'interrogeais sur quel personnage utiliser pour la raconter, j’ai pensé à Lapinot. Mais pour le faire revivre, il fallait que je trouve une astuce ! Comme Lapinot vit dans des mondes parallèles, j'en ai trouvé un dans lequel il n'est pas mort, c'est tout !

Lapinot, notre contemporain

L'univers dans lequel vit Lapinot, c'est aujourd’hui dans notre société occidentale avec ses travers, et ses bons côtés. Et Lapinot qui est naïf et qui essaye de faire le bien autour de lui comme il peut, va transformer un petit élément dans lequel il va essayer d'arranger un coup, mais ça vire à la grosse catastrophe. L'enfer est pavé de bonnes intentions.

Lapinot a-t-il changé en 13 ans ?

Lapinot, un monde un peu meilleur de Lewis Trondheim
Lapinot, un monde un peu meilleur de Lewis Trondheim / L'Association

Je ne me suis pas relu. Je n'ai pas voulu revoir les images. Je me souvenais que les rapports étaient très importants entre Lapinot et Richard. Lapinot, c'est le boy scout, un peu moraliste. Richard, c'est le copain « imbécile » qui fait un peu rigoler. Je souhaitais parler de ces deux personnages, mais aussi de la vie autour. La vie que l'on vit tous actuellement. Peut-être que je suis devenu trop comme Lapinot, que je suis devenu moi-aussi trop moralisateur. Il y a des travers de la société que je pointe plus qu’avant. Je ne sais pas s'il a évolué mais il n'a pas 13 ans de plus.

Réseaux sociaux, trouver l'âme sœur avec des applications, les médias…

A travers l’histoire du testeur de médicament, que l'ex-copine journaliste de Lapinot veut raconter, alors que ces révélations sont risquées, je peux parler des médias. J’évoque les conséquences de la surinformation sur la société. Je pense que les journalistes en font souvent trop, et que personne ne le leur dit... C’est le rôle des artistes, dont je fais partie, de dénoncer ce système.

L’exigence à la Trondheim

Elle ne s'applique pas seulement au dessin mais aussi à la narration. Quand on se dit en dessinant : « bon ça passe, on comprend… », le simple fait de se dire « ça passe », c'est que « ça ne passe pas ». Je suis exigeant parce que mon métier, c’est raconteur d'histoire. J'essaye d'hypnotiser les gens, les lecteurs, pour leur faire oublier qu'ils font l'effort de lire. Si je me plante à un moment, ils vont sortir du bouquin, de leur hypnose, je vais rater mon coup. On n'est pas au cinéma ou à la télé où on est passif. En littérature ou en BD, il faut être pointu tout le temps. Dessiner une BD, c’est faire cet exercice mental, se dire : « je fais de la télépathie avec des gens qui vont me lire dans un jour, dans un an ou dans 20 ans... et il faut qu'ils soient capables de bien pouvoir tout lire. »

Ecouter Lewis Trondheim dans un extrait de l’interview :

La leçon de dessin de Lewis Trondheim

Comment j’ai dessiné "Lapinot" :

Les nouvelles aventures de Lapinot, Un monde un peu meilleur, de Lewis trondheim est publié à L’Association.

Feuilletez quelques pages :

ECOUTER I Il est question des Nouvelles aventures de Lapinot dans La Tribune des critiques

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