Venue au micro de "Boomerang" d'Augustin Trapenard pour parler des 40 ans de "La bibliothèque des voix", la collection d’enregistrements audio créée par Antoinette Fouque, très émue, et très remontée, la chanteuse a surtout parlé de féminisme et évoqué des sujets très forts, et personnels.

Lio en 2016 à Paris
Lio en 2016 à Paris © Getty / Laurent Viteur/WireImage

Le désir féminin, le viol, la violence conjugale, l’abstinence et le patriarcat…  mais aussi l'affaire Trintignant, Lio en a parlé sans tabou. 

Un désir féminin hypothéqué

Lio : « Je ne le connais pas. Il a été hypothéqué, forclos par celui des hommes à qui j’ai voulu plaire. 

Ils prennent toute la place. Je suis en abstinence. Je ne couche plus depuis mes 50 ans. 

J’ai fait une notable exception avec un ours, c’est le surnom que je lui ai donné.  Le désir est intime, mais aussi politique. Je ne veux pas payer. Je ne veux pas avoir un rapport d’un intérêt. Je ne veux plus de cette relation avec mon corps face aux hommes. On demande toujours une rétribution trop forte aux femmes. 

Pour dire son désir, il faut être à l’aise, il faut être en égalité. Et ce monde est partagé entre dominants et dominés et les femmes font partie de la seconde catégorie. » 

"Banana split", un jeu à armes inégales

« J’ai pris cette chanson comme un jeu. Je pensais qu'on avait tous les mêmes droits, que l’on jouait au même jeu, que l’on respectait les mêmes règles.

Quelle erreur, quelle innocence ! Je l’ai appris à mes dépens. J'ai vu comment on m'a traitée ! 

J'ai vu mon directeur artistique essayer de profiter de moi après m'avoir fait boire quand j'avais 17 ans. J’ai vu comment me traitaient les autres chanteurs et les blagues salaces que l’on faisait dès que j’entrais dans une pièce.

Je ne m'attendais pas du tout à ça. Chez moi, on ne disait pas de gros mots. C'était le système de l'industrie musicale de cette époque-là. Le monde du cinéma est comme ça. Le monde de la musique est comme ça. »

Dénoncer Bertrand Cantat l’a anéantie

« Quand on est une femme, il faut faire ce qu'a fait Florence Foresti aux César quand ce n’est plus tenable et qu'elle dit qu’elle ne remontera pas sur scène. Elle est forte, je pensais vraiment qu'elle allait être laminée.

Moi, je n’ai pas eu la force qu'elle a eue : j'ai été rétamée. Moi, on m'a empêchée de travailler après que j'ai pris la parole pour Marie Trintignant.

J'ai dû arrêter ma tournée au bout de trois dates parce qu'on ne me vendait plus de salle. 

La société était pour Bertrand Cantat. Elle n’a pas supporté qu'une femme l'ouvre pour remettre en question la culture du viol, une constante chez nous et dans toutes les sociétés patriarcales. 

Je ne m’en suis pas remise. On ne s’en remet jamais. Sachez-le. Même si on peut rester joyeuse et continuer à aimer la vie et à la chérir de toutes ses forces. »

Violences conjugales

"J’ai pris la parole sur le sujet parce que les journaux en parlaient Et qu’ils le traitent d'une manière révoltante. 

Ensuite, on reçoit des lettres de femmes qui disent "merci". 

Je ne savais pas à quel point la violence conjugale était répandue.

Surtout dans les beaux quartiers. On pense toujours que c'est l'ouvrier qui boit qui tape sa femme. Mais pas du tout. Ça se passe dans le XVIème arrondissement de Paris, partout. L'inceste est quelque chose de terrible. Puis, j'ai été contactée par des associations et j'ai commencé à regarder le sujet de plus près. Je ne peux pas rester sans rien faire. On fait partie d'un monde où on est ensemble. Pour moi, la solidarité n'est pas un vain mot."

Le sexe féminin

Pour évoquer le sexe féminin, Lio a choisi cet extrait du texte de Colette : Poum. Elle est persuadée que c’est de ça dont il s’agit ici : 

"Je suis le diable. Le diable ! Personne n’en doit douter. Il n’y a qu’à me voir d’ailleurs. Regardez-moi, si vous l’osez ! Noir, d’un noir roussi par les feux de la géhenne. Les yeux verts poison, veinés de brun, comme la fleur de la jusquiame. J’ai des cornes de poils blancs, raides, qui fusent hors de mes oreilles, et des griffes, des griffes, des griffes ! Combien de griffes ? Je ne sais pas. Cent mille, peut-être. J’ai une queue plantée de travers, maigre, mobile, impérieuse, expressive – pour tout dire, diabolique.

Je suis le diable, et je vais commencer mes diableries sous la lune montante, parmi l’herbe bleue et les roses violacées.

Et gardez-vous, si je chante trop haut cette nuit, de mettre le nez à la fenêtre : vous pourriez mourir de me voir, sur le faîte du toit, assis tout noir au centre de la lune !…"

Le sexe de la femme fait peur parce qu’il faut le dominer. Or il est indominable. Il l'est d’autant plus qu’il n’est pas aussi violemment expressif, dans son désir, qu’un phallus qui se dresse. Le désir féminin est beaucoup plus subtil, mouillé, plus délicat et plus discret."

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