Nous avons demandé à tous les auteurs sélectionnés pour le Prix du Livre Inter de nous envoyer un texte sur leur livre et d'y adjoindre une photo. Anne Pauly est en compétition avec "Avant que j'oublie" (Verdier)

Anne Pauly
Anne Pauly © AFP / Joël Saget

Il y a eu des moments importants pendant l'écriture de ce roman, conçu comme un mélange de vérité et de fiction. Il y a dans ce texte aussi bien des situations et des éléments du réel qui signifiaient (certains noms, certains endroits, certaines circonstances ou expressions) et que je voulais conserver tels quels - une liste d'environ dix items, je dirais, comme autant d'étapes sur un sentier d'écriture -, que des éléments issus d'un travail de recomposition au prisme de l'imaginaire et de la mémoire ; une élucidation, par l'écriture, du deuil et de ce qu'est l'héritage ; un jeu sur les contrastes, les échos et les reliefs ; une volonté d'écrire depuis un certain endroit autant qu'une recherche du commun dans le particulier, et puis, aussi, des découvertes faites chemin faisant, à bout de plume, que je n'aurais pu prédire.

La question de ce qui est "vrai" et de ce qui ne l'est pas n'est pas très intéressante pour moi. 

Ce qui est pertinent, c'est le chemin, la route et les contours redessinés d'un territoire apaisé. Et ce qui est amusant, c'est que le réel et le fictionnel, qui n'ont cessé de se tisser ensemble tout au long de l'écriture, l'ont parfois fait à des moments inattendus. Voici une anecdote à ce sujet.

Ce livre m'a pris du temps : un temps long corrélé à celui du deuil dans la réalité - qui dure plutôt quatre ans que six mois.

Mettre un point final à cette histoire m'était difficile car cela signifiait que j'allais devoir "tourner la page". 

J'en étais au deux tiers, j'avais recomposé le plus gros des souvenirs et des "fun facts", parlé du milieu d'origine, ri de la raideur des protocoles proposés pour "faire son deuil", presque fini d'édifier ce mausolée de mots au père tant aimé mais je ne voyais pas comment j'allais pouvoir terminer. La séquence du cimetière et celle du tri des objets passées, je n'avais guère plus de ligne de fuite. Il me manquait un dernier élément, un horizon, une ligne d'arrivée. Et alors que je pataugeais dans ce marécage a surgi, dans la vraie vie, comme un signe, un oiseau, une pie. Une jeune pie apprivoisée qui a partagé nos vies un bref moment avant de s'envoler pour toujours un soir d'été et d'orage dans un bosquet agité par le vent. J'avais la fin du roman. Pas encore ce qu'il y avait entre deux mais la fin. Une fin un peu naïve qu'on dirait tout droit sortie d'un conte mais pourtant apparue au cœur du réel. Une fin vers laquelle j'ai tendu sans trop savoir où j'allais, dans un mouvement d'écriture joyeux qui m'a emmenée au-delà du deuil, vers une sorte de "re-vie". Une "vie envolée" a conclu une auteure amie, il y a quelques mois. Cela m'a fait sourire : je n'avais même pas réalisé.

Par la fenêtre la maison où j'ai terminé "Avant que j'oublie"
Par la fenêtre la maison où j'ai terminé "Avant que j'oublie" / Anne Pauly

Cette joie d'écrire, cet apaisement, m'ont accompagnée toute la dernière partie du livre. Ça s'est déroulé au printemps, dans une petite maison enfouie dans la verdure. La nature autour résonnait avec l'âme enfin révélée du personnage principal, un "touriste de la vie" qui aimait les clairs de lune et les hautes herbes. Un personnage qui rappelle à certains égards celui d'Alexandre le bienheureux, le film d'Yves Robert. La chanson phare de ce film bucolique et naïf, interprétée par Isabelle Aubret, résume bien cet état d'esprit. La voici :

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