Le 7 juin prochain, le jury présidé cette année par Philippe Lançon désignera le 46è prix du Livre Inter. Nous avons demandé à chacun des 10 auteurs sélectionnés d'écrire un texte sur leur livre et d'y adjoindre une photo. Monica Sabolo est en compétition avec son 6e roman : "Eden"

Monica Sabolo
Monica Sabolo © Getty

En commençant à écrire Eden, je ne savais pas grand-chose, seulement que j’avais envie d’une forêt. Je rêvais d’un territoire poétique, un abri, où personne ne pourrait m’atteindre, ni même simplement me trouver. 

Je voulais aussi écrire sur le sauvage, la part d’animalité en l’homme.

Mais surtout, le sauvage dans le sens de l’homme appartenant à la nature, et non, tel qui le croit parfois, maître et possesseur de l’environnement. 

J’ai convoqué mes souvenirs, j’ai retraversé les sensations, la lumière, le parfum de l’eau, de la mousse. Mais surtout, j’ai passé des heures, sans bouger, sur mon lit, à regarder des vidéos sur Youtube : une biche, immobile, la nuit, dans le faisceau d’une torche. La pluie dans les forêts de Colombie britannique. Des lucioles clignotant dans l’obscurité, entre les feuillages. Des adolescents autochtones, en survêtement qui courent la nuit, au Canada, le long de bois noirs, parce qu’il n’y a rien d’autre à faire, des filles qui dansent, robe traditionnelle, appareil dentaire, chewing-gum, queue de cheval de travers (tout cela se trouve, plus ou moins dissimulé, dans le roman). 

J’ai regardé des vidéos chouettes, énormément. Ce fut un coup de foudre, une sorte d’envoûtement. Au départ, j’ai juste écrit, comme ça, sans savoir pourquoi, que Kishi, la meilleure amie de l’héroïne, ramassait une petite chouette dans une flaque. Et puis, l’oiseau a grandi, grandi, grandi. Il a fini par transformer Kishi en prêtresse de la nuit, jogging rose, rapace sur le bras. J’ai écouté leurs cris, enregistré par des ornithologues maniaques (très différents, d’une espèce à l’autre). J’ai appelé des organisateurs de stages de fauconnerie. J’ai commencé à penser qu’il était nécessaire, pour mes « recherches », de dresser un rapace pour de vrai. Cela ne s’expliquait pas. 

Ce fut un échec (il fallait rejoindre des lieux sauvages en voiture, je n’ai pas le permis de conduire). Une dame qui élevait des aigles et un grand-duc prénommé Robert m’a dit, au téléphone, sarcastique : "mais qu’est-ce que vous croyez ? Les oiseaux ne se promènent pas en ville". Un jour, j’irai. 

En attendant, je tente d’apprivoiser le pigeon qui niche, dans le coin de la fenêtre de l’immeuble d’en face (il me snobe, mais le temps joue pour moi).

Une chouette histoire
Une chouette histoire / Monica Sabolo

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"Eden", de Monica Sabolo : les critiques du Masque et la Plume

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