De la difficulté d'être femme et d'être mère ou tout simplement d'aimer. Le second roman de Constance Debré secoue. "Love Me Tender" est en lice pour le prix du Livre Inter. L'auteure nous en parle ici au micro d'Eva Bettan.

Constance Debré
Constance Debré © AFP / Bruno Coutier

Constance Debré revendique le goût de plaire comme celui de déplaire. Après un premier roman remarqué (Play Boy, prix de la Coupole 2018), voici Love Me Tender. Constance Debré y fait l'expérience de la liberté et poursuit sa quête du sens, de la vie juste, de la vie bonne.

Le roman vu par Eva Bettan : Nous sommes avec elle, la narratrice, celle qui vit, celle qui parle, celle qui part, qui est partie, et on se dit que la liberté, sa liberté radicale, s'est payée cher. Constance, elle s'appelle ainsi, est séparée de son mari, elle lui apprend que maintenant, elle aime les filles. Si elle était restée avocate, si elle était restée une bourgeoise, peut-être que ça se serait bien passé. Mais la liberté de Constance passe par l'allègement, le dépouillement. Renoncer. Au métier, à l'argent, à l'appartement, aux positions. Alors ça se paye cash et cher. Ça se paye d'un fils, que le père du garçon lui interdit de voir. Et la justice s'en mêle qui lui octroie un minuscule droit de visite. Constance, l'héroïne, n'est pas le genre mélo, le genre "mon fils, ma bataille", mais elle mène bataille. Ce n'est pas une mère, ça ? Il n'y a pas besoin de trémolos. Le sujet central, pour moi, c'est le livre d'amour d'une femme pour son enfant. 

EVA BETTAN : On va en parler un peu plus tard, Constance Debré, mais je voudrais déjà comprendre qu'est ce qu'il y a de si provocant pour la société ? On est dans une société qui a évolué. Il y a le mariage pour tous. Qu'est ce que cette femme touche comme point sensible dans la société pour que ça a l'air d'être quasiment un scandale ? 

CONSTANCE DEBRÉ : Ça n'est pas à moi de le dire. C'est à chacun de le deviner peut-être dans le livre. Ce qui m'intéresse et ce que j'ai essayé d'explorer, c'est plutôt comment on fait avec le réel quand il s'oppose à vous. Et c'est quelque chose, je crois qu'on vit tous. C'est aussi la question tout simplement du destin, de l'événement et du conflit. C'est pour ça que j'ai mis une citation d'une tragédie d'Eschyle, en exergue.

On peut être père sans mère - Eschyle, L'Orestie

Il y a eu le mariage pour tous. Le monde a évolué. Etre mère et homosexuelle, nous le voyons autour de nous. La justice va s'en mêler, elle va être traitée d'une manière terrible. Qu'est-ce qui se passe ? C'est parce qu'il y a une transgression quand même qui est accomplie ? 

Sans doute qu'il n'est pas inintéressant de voir que finalement, dès lors qu'une question sexuelle est en jeu et aussi libre qu'on croit l'être aujourd'hui, on touche finalement à des peurs très fondamentales et très ancrées dans la société, certainement. Mais je crois que le fait de se placer ailleurs, de changer un petit peu, déboussole tout le monde et la société, toujours. 

Votre héroïne se retrouver dans une situation qui n'est pas celle de son milieu, avec la justice qui se mêle. Elle a le droit de voir son enfant une heure et demie dans un lieu spécial. Et elle découvre aussi ce que c'est, qu'on peut attendre un an avant qu'une décision de justice soit accomplie.

Indépendamment de la question de l'homosexualité qui est finalement assez anecdotique, je crois, c'est quelque chose de très banal dans la vie de chacun de connaître les difficultés d'une séparation et en particulier quand on a des enfants. 

Et par ailleurs, du point de vue des enfants c'est la vieille, l'ancienne, immémoriale question de la fidélité, de la double fidélité au père et à la mère. Donc c'est quelque chose de très ancien qui prend des formes extrêmement contemporaines. Et j'ai voulu l'incarner de façon très personnelle, très dans notre époque, avec les questions que vous venez d'évoquer, mais c'est une situation qui rejoint encore une fois des choses très anciennes, je crois.

Ce livre, c'est un amour de cette femme pour son enfant. Elle va attendre. Elle va se contenter de miettes. Elle va se battre. La question, c'est comment on ne devient pas fou. Effectivement, il y a quelque chose de la tragédie. Comment on survit quand ça dure des années?

On ne le sait pas. On pense souvent qu'on ne pourrait pas supporter une telle situation. Et on ne serait pas à la hauteur de telle ou telle situation. En réalité, on l'est toujours, je crois. Et oui, c'est la grande grande faculté d'adaptation du réel. 

Nietzsche disait "Amor fati", ce qui veut dire : "Aime ton destin". 

Il faut aimer ce qu'il nous arrive, y trouver son compte. Il y a deux solutions. Soit on change le réel alors, dans ce cas là, on essaie, il y a une procédure, on essaye de récupérer une relation normale avec un enfant, etc. Mais si les choses ne marchent pas, le réel malheureusement ne répond pas toujours à nos demandes - Je crois que je n'apprends rien à personne. Alors il faut s'adapter et c'est là que la question de la liberté est intéressante.

Ecouter l'entretien :

5 min

Constance Debré avec Eva Bettan

Par France Inter

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