Vous avez été 2500 à nous écrire pour faire partie du jury du livre Inter, présidé cette année par l'auteur du "Lambeau", Philippe Lançon. Ils sont 24 à avoir été retenus. Découvrez les.

Le Prix du Livre Inter
Le Prix du Livre Inter © Getty

Frédéric Bargeon, aider et être aidé

Frédéric Bargeon habite à Bègles. Rien n’est tiède chez Frédéric Bargeon, et surtout pas la lettre qu’il nous a écrite pour se proposer comme juré. On y lit des phrases comme "Les livres, eux, ne jugent pas". Comprendre que les adultes, eux, jugent. Il évoquait la période de l’adolescence. Les livres l’ont aidé, ils l’ont relié au monde.

Il n’est certes pas le seul à avoir ressenti cela à cet âge crucial. Mais Frédéric Bargeon, malgré ses 45 ans, a gardé l’intensité qu’il avait à l’époque lorsqu’il évoque son rapport aux livres .

Ainsi, aussi étonnant que cela puisse paraître, il estime que la rencontre avec un livre est "simple". Simple, car elle est authentique de la part de l’auteur, et aussi de la part du lecteur, qui, dit-il, "ne peut pas faire semblant".

Avec le temps, son rapport aux livres est peut-être moins existentiel, mais il est toujours vibrant. Les livres l’ont donc aidé. Sans qu’il le formule ainsi, on peut penser que Frédéric Bargeon a en lui le désir d’aider les autres.

Le confinement, le tête-à-tête avec lui-même, l’ont amené à réfléchir, dit-il. Après plusieurs années d’interruption, il a décidé de reprendre son métier d’assistant social, dans le cadre de l’aide sociale à l’enfance. Il prend son nouveau poste le 1er juin 2020.

Pomme
Pomme / Frédéric Bargeon

Pierre Rouchon, hommage à la mère

Pierre Rouchon a 64 ans. Il est retraité de l'Éducation Nationale. Et s'il a posé ses valises aujourd'hui à Sens, c'est à l'étranger qu'il a fait la plus grande partie de sa carrière, entre Afrique du Nord et Amérique du Sud.

Lorsque je rentrais l'été en France, je faisais mon stock de livres pour l’année, pour lire sur place. Peut-être ai-je lu un peu plus que si j'avais vécu en France.

Cet amour des livres, Pierre le partage avec sa maman : "Lors de mes visites, se souvient-il, elle voulait connaître ma lecture du moment. Avant de venir la retrouver, je prenais un ou deux livres, dont je lui lisais quelques extraits. Elle me demandait souvent de lui laisser le livre jusqu’à ma prochaine visite."

Après le décès de sa mère, Pierre découvre dans la table de nuit de sa chambre une trentaine de carnets. En les feuilletant rapidement, il découvre qu’il s’agit de carnets de lecture dans lesquels sa maman avait consigné avec soin, lecture après lecture, visite après visite, la liste d’à peu près tous les livres dont ils avaient parlé ensemble depuis des années.

De retour chez lui, Pierre s’est plongé dans ce trésor : "Je reconnus immédiatement son écriture fine, raconte-t-il, toute en majuscules élégantes et lettres minuscules parfaitement calibrées avec une orthographe totalement maîtrisée, au service d’extraits qu’elle avait elle-même choisis."

La découverte de ces carnets a beaucoup troublé Pierre. Pourquoi sa mère lui avait-elle caché l’existence de ces notes ? Il découvrait à travers ses carnets une sensibilité qu’il n’avait pas perçue de son vivant.

Pierre est devenu, à la demande de son frère et de sa sœur, le dépositaire de ce petit trésor qu’il a consciencieusement classé, étiqueté et rangé au bas de sa bibliothèque.

"Aujourd'hui il m’arrive de temps en temps de m’installer avec une tasse de thé, quelques biscuits et ses carnets sur les genoux, et de relire à voix haute quelques moments choisis, rien que pour elle."

Le temps de la lecture
Le temps de la lecture / Pierre Rouchon

Elodie Labarchède, le partage

Elodie Labarchède a 42 ans. Elle travaille à la direction de la communication d’une compagnie d’assurance. Elle vit à Tours depuis un peu plus de deux ans. "J’ai pris doucement mes marques, écrit-elle. Pour cela, les livres ont été de bons compagnons".

Le plaisir de la lecture, Elodie l’a cultivé seule : 

Dans ma famille, on ne lisait pas du tout. Je passe pour bizarre, avec mes bouquins. 

Sa sélection dans le jury du Livre Inter lui a permis de parler, avec sa famille, de Philippe Lançon, et c’était important pour elle : "Cela m’a donné l’occasion de me confier à mes parents et à mon frère. De leur dire ce que la tuerie de Charlie Hebdo avait représenté pour moi, le choc qu’avait été la mort de Bernard Maris, que j’écoutais tous les vendredis matins. Cela m’a fait du bien de parler de tout ça dans ma famille".

Bien sûr, Elodie parle de ses lectures avec des collègues et des amis. "Je trouve que c'est très personnel de parler des livres qu’on a aimés et en même temps, j'adore ça." Il était donc logique de faire partie de l’aventure du Livre Inter. "Quand on aime, on ne compte pas, dit-elle en riant, c’est la 5e ou 6e fois que j’envoie une lettre pour poser ma candidature. J’étais même prête à changer de sexe pour rejoindre le jury du Livre Inter (sourire). Tout ça à cause d’une statistique : les hommes sont moins nombreux parmi vos candidats".

Ma bibliothèque
Ma bibliothèque / Elodie Labarchède

Elise Brunet-Crouzet, la dame du CDI 

Elise Brunet-Crouzet a 47 ans. Elle est documentaliste en Ardèche.

De Elise Brunet-Crouzet, nous savons deux ou trois choses, mais c’est déjà beaucoup …. Nous savons qu’elle aime les livres, on aurait envie de dire, comme tous les jurés, et aussi l’aquarelle, et aussi les jeunes, les élèves, les gosses … Commençons par ces derniers. Elise Brunet-Crouzet est documentaliste dans un lycée professionnel. En langage élève, elle est "la dame du CDI", celle qui invente des jeux pour intéresser à la lecture des élèves (en majorité des garçons) au départ, peu portés sur les livres. Celle qui a mis des jeux de société à leur disposition au CDI, afin que les élèves reprennent l’habitude de jouer à plusieurs, plutôt que chacun tout seul devant son jeu vidéo. Celle qui les emmène au cinéma, dans le cadre du programme « Lycéens au Cinéma ». Ils ont aimé Johnny Guitar, de Nicolas Ray :

Finalement, il était bien votre, film, madame !

Elise a marié deux de ses autres passions dans sa missive de candidature, pour nous convaincre de la prendre comme jurée : les livres et l’aquarelle. Elle nous a envoyé un carnet de quatre pages, avec ses auteurs et ses livres préférés, peints à l’aquarelle. Georges Pérec, Romain Gary, Milan Kundera, Albert Camus, Annie Ernaux. Avec la subtilité et la transparence de l’aquarelle… Regardez !

Les aquarelles d'Elise
Les aquarelles d'Elise / Elise Brunet-Crouzet

Aymeric Beaumont, en transit

Aymeric Beaumont a 41 ans. Il vit en Loire-Atlantique. Ingénieur agronome, il a beaucoup bourlingué, notamment en Chine, lorsqu’il était négociant en matières premières pour l’alimentation animale. Cette vie d’attentes et de voyages en avion ou en train, Aymeric l’a remplie de lecture. 

Je suis un nomade du livre. Je lis n'importe où.

"Quand j'étais plus jeune, se souvient-il, j'ai eu un job d'étudiant ou il fallait que je détruise des documents. J'avais mon livre sur les genoux et je passais les documents au destructeur en même temps."

Aymeric fait partie de ces lecteurs qui laissent leur empreinte dans leur livre. Il note la date d’achat, Il souligne certains passages, il tord les pages… à ce propos, dans sa lettre de candidature pour devenir membre du jury il écrivait ceci :

Si mes enfants, Gabriel et Romain, aujourd’hui âgés de huit et cinq ans, souhaitent un jour mieux me connaître, ils trouveront dans mes livres le reflet de ma sensibilité, de mes luttes, un chemin vague avec des trous d’incertitudes.

Après avoir été souvent en transit, Aymeric est aujourd’hui en transition. Il a quitté son poste de directeur commercial dans une coopérative laitière, parce qu'il s'interrogeait sur son rôle social. Il a entamé un bilan de compétences qui lui a permis de clarifier ses idées.

"On apprend ça aussi dans la littérature : La vie est un combat. Il n'y a rien de facile et tout se conquiert."

Aymeric vit à proximité de l'une des cités radieuses imaginées par Le Corbusier. Il s'y promène souvent avec ses enfants et vient y lire de temps en temps
Aymeric vit à proximité de l'une des cités radieuses imaginées par Le Corbusier. Il s'y promène souvent avec ses enfants et vient y lire de temps en temps / Aymeric Beaumont

Severine Goettelmann, la valse a deux temps

C’est d’abord lui qui a écrit, pour elle…témoin au long cours de sa passion des livres… Il nous faut à ce stade, designer une bonne fée : nous nous partageons la lecture des lettres de candidature, et c’est Hélène Roussel, que vous entendez à l’antenne, qui avait lu et aimé cette lettre-là. Mais non, lui a-t-on répondu, la règle non écrite est la règle : il faut que les candidats écrivent eux-mêmes, ce qui est à la fois un signe d’implication et le moyen de les connaitre un peu… "Dis-lui qu’elle écrive"…et Hélène a transmis, et Séverine Goettelmann a écrit,…. Elle disait notamment qu’elle était tellement une candidate type qu’elle ne voyait pas comment elle pourrait sortir du lot 

Une femme, en province, comme vous dites à Paris, prof, 3 enfants, écolo de gauche, végétarienne, velitransportée, et dont un des plaisirs est de lire blottie dans un canapé sous un plaid écossais avec un verre de vin blanc d’alsace…

Elle nous donnait le nom du vin et même son prix, mais on va s’arrêter là….

Si jamais Séverine est aussi le professeur de français type, alors merci à elle, merci à eux, les enseignants. Séverine Goettelmann enseigne à Marseille, en collège. Pendant le confinement elle a fait de l’enseignement à distance. Pour certains élèves cela a été facile, pour d’autres moins, un seul ordinateur pour la famille, parfois pas d’internet, certains élèves vivaient des conditions de vie précaires : des enfants seuls chez eux pendant que leur mère travaille qui avaient du mal à se gérer, certains enfants relogés avec leurs familles dans des hôtels. Les enseignants se sont efforcés de maintenir un lien avec tous les élèves, ne serait-ce que par téléphone.

Mon décor quotidien, les calanques
Mon décor quotidien, les calanques / Séverine Goettelmann

Avec le déconfinement, l’école vient de rouvrir. Dans sa classe de 6 ème, seuls 4 élèves sont venus, les parents des autres n’ont pas voulu envoyer leurs enfants. Elle continue donc parallèlement l’enseignement à distance. Les enfants sont revenus "tristounets" dit-elle, ils ont posé beaucoup de questions sur le virus, mais ils étaient contents d’être à nouveau au collège 

On s’est tous rendus compte de l’importance du lieu, d’être réunis dans ce lieu qu’est l’école. Cela donne un sens à l’idée d’éducation

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