Ils viennent des six coins de l'hexagone, et même d'un peu plus loin. Ils désigneront le 7 juin prochain le lauréat du Prix du Livre Inter 2020. Découvrez les 24 personnes qui composent ce jury, présidé cette année par Philippe Lançon l'auteur du "lambeau"

Le prix du Livre Inter
Le prix du Livre Inter © Getty

Christophe Capelier, la cabane livres de Christophe

Après avoir pas mal bourlingué, Christophe Capelier, musicien de formation, est depuis quelques années technicien à la médiathèque d’Agde. Et dans ses attributions, il y a aussi, l’été, "la cabane livres" sur la plage de Rochelongue. Et là, écrivait-il dans sa lettre, c’est "open bar" ! livres à disposition de tous, sans condition, et aussi journaux, coloriages pour les enfants, parasols, transats… le bonheur ! 

À cause d’un certain coronavirus, il ne sait pas si la cabane livres pourra ouvrir cette année. Peut- être. Il l'espère. C’est comme ça, il comprend, mais, au moins, des plages d’Agde rouvrent, même si on ne peut pas se poser pour bronzer, tout au moins jusqu’au 2 juin… 

Christophe savoure encore le plaisir d’avoir pu lire les 10 livres en compétition, pendant le confinement, et même d’en avoir relu certains, sur lesquels il se posait des questions. Lesquels ? cela ne regarde que lui. Pour l’instant. Dans sa lettre, pour devenir juré du Livre Inter, Christophe promettait : "Je peux être raisonnablement critique au-delà du : "j’ai beaucoup aimé/j’ai pas aimé du tout". Chiche !

La cabane livres
La cabane livres / Christophe Capelier

Raphael Le Bihan, ingénieur littéraire

Raphaël Le Bihan a 51 ans. Il vit en Isère, entre Chartreuse et Belledonne. Il est directeur de l'ingénierie dans le semi-conducteur. Autrement dit, l’entreprise dans laquelle il travaille fabrique des puces pour les téléphones portables. Ingénieur littéraire, c’est ainsi qu’il se définit lui-même. "C’est un vrai plus, estime-t-il, cette fibre littéraire dans un monde d’ingénieur". Raphaël a une "approche analytique" des livres : "J'aime bien disséquer, décortiquer essorer, les romans." Mais encore : "Je vais noter la pagination, la numérotation des chapitres, les grands événements, comment les personnages apparaissent, comment ils disparaissent, comment ils s'appellent, est-ce qu’ils ont un nom, un prénom, un état civil, etc."

Et ce n’est pas tout, Raphaël peut pousser son analyse jusqu’à une forme de déconstruction, de jeu sur la temporalité : "Je réorganise les chapitres, explique-t-il, sur un temps linéaire, pour essayer, en déconstruisant la chronologie, de comprendre comment l’auteur a voulu construire son récit".

Raphaël a une autre passion qu’il partage avec sa famille, la musique. Au point d’avoir installé chez lui un petit studio ou il joue régulièrement avec ses enfants. Il attache donc beaucoup d’importance à la musicalité d’un texte. 

Il y a des livres qui me font haleter où j'ai besoin de reprendre ma respiration, à la fin de chaque paragraphe, de chaque chapitre. 

Alors faudrait-il que les auteurs aient appris la musique ? La réponse fuse : "Surtout pas ! quel désastre ! non, laissons-les naturellement imprimer leur style, on sent ceux qui ont fait de de la musique, on sent ceux qui n'en ont pas fait. Et on sent ceux qui, même s'ils n'en ont pas fait, impriment leur style, leur rythme, leur respiration et les transmettent. Donc, surtout pas !".

Belledonne : La montagne pour à la fois la liberté, la multiplicité de ses facettes et son immensité et la lune pour les mystères, la beauté, voire l'intervention divine
Belledonne : La montagne pour à la fois la liberté, la multiplicité de ses facettes et son immensité et la lune pour les mystères, la beauté, voire l'intervention divine / Raphaël Le Bihan

Emmanuelle Hascoët, un long cheminement

Emmanuelle Hascoët a 48 ans. Elle vit en Bretagne. Elle exerce le métier de directrice artistique dans une agence de photographie : "Je travaille depuis près de vingt ans avec des photographes et des auteurs. Photographier, c’est “écrire avec la lumière”. Un photographe a, lui aussi, son écriture et son univers. J’aime mon métier. J’aime comprendre ces écritures visuelles."

Écrire sa lettre de candidature a été pour Emmanuelle un long cheminement. Plusieurs années qu’elle y pensait. Mais il fallait que ça mature, que ça pousse, que ça travaille. La lecture est un parcours, écrit-elle "À mes débuts de lectrice, je recherchais de l'émotion. Je cherchais à me retrouver dans les livres que je lisais".

J’avais besoin de lire les textes à haute voix, Marguerite Duras par exemple. 

Les années passant, elle s’est ouverte à d’autres formes et à d’autres types de livres. "Aujourd'hui, quand je rencontre une écriture, j'ai besoin de lire absolument tout parce que j'ai besoin de comprendre, de prendre du recul et en même temps, d'être émue".

C'est mon bureau, un refuge, ma "chambre à moi"
C'est mon bureau, un refuge, ma "chambre à moi" / Emmanuelle Hascoët

Jean-Thiebo Urban,

Jean-Thiebo a 51 ans. Il vit dans le Puy-de-Dôme où il est professeur de lettres. De ses années d’apprentissage, il a gardé le souvenir d’un professeur de français qui ressemblait à un prof de chimie car il portait une blouse blanche. "Pour la première fois, quelqu'un nous faisait lire des textes littéraires, et ce n’était pas juste pour les histoires qu'ils racontaient mais pour la façon dont ils étaient écrits." 

Ce professeur a sans doute été à l’origine de la vocation de Jean-Thiebo : "C'est la seule raison pour laquelle je fais ce métier, au fond. Je me dis que, peut-être, j’arriverai à transmettre. Mais c’est difficile de transmettre le goût de la beauté des œuvres littéraires quand on est très contraint, par les programmes scolaires, par les œuvres qui sont devenus obligatoires." Il le répète cependant à ses élèves : 

Les contraintes, c'est ce qui permet une certaine créativité.

Une devise qu'il a mise en pratique pour la lecture des 10 livres de la sélection. Il s'est organisé. Il a créé une sorte de rituel, de protocole de lecture : "J'ouvre deux fenêtres sur mon ordinateur. Du côté gauche, j'ai le fichier sur lequel je prends des notes de lecture et du côté droit, j'ai le fichier PDF du livre. Je lis, je note, je copie, je colle des citations… C'est une manière de lire qui est liée à la contrainte du Prix et que je n'aurais pas mise en œuvre, comme cela, pour moi. Du coup, cela m'oblige à faire une lecture vraiment approfondie."

A droite le livre, à gauche les notes
A droite le livre, à gauche les notes / Jean-Thiebo Urban

Delphine Demoures, à sa place

Delphine Demoures a 32 ans. Elle vit dans les Deux-Sèvres. Elle travaille dans une librairie à Niort. Sa spécialité : les sciences humaines : "C’est un des domaines dans lequel je suis le plus à l’aise par rapport à mon parcours, explique-t-elle. Et l’on comprend à travers les mots que la rencontre avec les livres a été émancipatrice pour Delphine :

Certains auteurs me bouleversent, parce qu'ils m'ont permis, lorsque je les ai rencontrés par le biais de la lecture, de souligner le réel dans lequel je vivais. 

"Je pense à Annie Ernaux, à Didier Eribon. Des livres ou des personnes se sentent déchirés entre le milieu dans lequel ils ont évolué et ce vers quoi ils ont envie d’arriver. Avec en même temps, cette sensation de se sentir étranger dans les deux milieux. C'est un petit peu ce qui me caractérise."

L’annonce du confinement pour Delphine et ses collègues de la librairie a été une douche froide. "On a très vite senti qu'on était tous dépassés par les enjeux de la crise sanitaire qui s'annonçait. On nous a demandé de fermer. Même si c'est un crève-cœur. Il fallait être humble. Il fallait vraiment être humble."

La vue quand je lis
La vue quand je lis / Delphine Demoures

Yoann Pouliquen, de suppléant a juré 

Suppléant , nous le reconnaissons volontiers, est une position bizarre. Votre lettre a certes été remarquée, mais…. Vous n’êtes pas juré (le graal), "seulement" suppléant. Agréable, on reçoit les 10 livres, et puis… et puis, on attend, je n’ose pas dire : on espère, qu’un juré fasse défaut pour une raison ou une autre, pour prendre sa place…

Toutefois, être suppléant une année n’empêche pas de se porter candidat à nouveau. Et c’est exactement ce qu’a vécu  Yoann Pouliquen. Suppléant en 2018, il n’en a gardé aucune frustration, et il y a même gagné quelque chose : il y a gagné Romain Gary… EN compétition cette année-là, il y avait le livre Un certain Monsieur Piekielny de François-Henri Désérable (Gallimard), roman, dirons-nous pour faire vite, autour de la figure de Romain Gary. 

Après avoir lu ce livre, Yoann Pouliquen et on le comprend, a eu envie de se plonger dans l’œuvre de Romain Gary….. Si le Livre Inter n’avait servi qu’à cela, il aurait déjà fait œuvre bienfaisante, mais l’histoire ne s’arrête pas là. Yoann Pouliquen a tenté sa chance à nouveau l’année suivante, puis encore cette année. Et le voilà JURÉ ! 

Yoann Pouliquen donc, ingénieur télécom dans une administration. Pendant le confinement, il travaillait 15 jours sur place, puis 15 jours à la maison… Il a lu les livres en compétition, et il a ses préférences,  bien sûr connues de lui seul. Toutefois, dit-il, il ne participera pas aux délibérations mu par l’obsession de faire gagner son poulain…. Ce qui l’intéresse, c’est de  comprendre ce qui a plu aux autres jurés, dans les livres que lui n’a pas aimés…. 

Ecouter et discuter semble l’intéresser  plus qu’imposer son point de vue. Beau programme….  

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