Certains ont eu la chance du débutant, d'autres nous écrivent inlassablement chaque année. Ils sont 24 et ils forment le jury du Prix du Livre Inter. Un jury présidé par Philippe Lançon, l'auteur du "Lambeau". Découvrez les.

Le prix du Livre Inter
Le prix du Livre Inter © Getty

Lilia Salmi, bouger les lignes

Lilia Salmi a 32 ans. Elle vit à Strasbourg ou elle a grandi. "Dans une zone urbaine prioritaire" précise-t-elle. "Dans mon esprit, au regard de cette origine sociale, deux perspectives d'avenir s'offraient à moi : être artiste ou entrer dans la fonction publique ! N'ayant aucun talent particulier, je suis donc devenue fonctionnaire…"

Adolescente, elle lit les classiques et découvre le théâtre de l’absurde : 

En fait, j'ai surtout aimé La Chartreuse de Parme mais comme j'étais un peu snob, je ne parlais à ma famille que de l'absurde.

Lilia revendique quelques rencontres littéraires marquantes : Amélie Nothomb, "J'ai trouvé ses livres, étranges et fascinants" et surtout Annie Ernaux "Elle m'a révélé des choses qui étaient en moi, enfouies, elle m'a décomplexée, elle a approfondi des intuitions. Moi aussi, j'étais née dans un milieu populaire, moi aussi, je m'en étais extirpée et moi aussi j'avais eu honte, parfois."

En attendant les débats avec les autres membres du jury, Lilia prend des notes et a déjà de l'entraînement : "On a un créé un petit club de lecture il y a quelques temps, avec des amis et, souvent, on a des débats ‘sanglants’ entre nous… Je me sens prête pour la bataille. C'est pour cela que je prends des notes".

Mon coin lecture
Mon coin lecture / Lilia Salmi

Bruno Roussel, là d’où je viens

Bruno Roussel a 48 ans. Il vit dans le Pas-de-Calais. Il est professeur d’anglais à l’université de Lille, où il forme les futurs professeurs. Aussi bien des profs d’anglais en formation que des professeurs des écoles, auxquels il recommande l’utilisation du livre dans leur pratique de l’enseignement. Il n’est pas rare que, lui-même, donne comme exercice à ses étudiants, la création d’un livre, et il s’en réjouit :

Ils sont toujours enthousiastes, à partir du moment ou il y a de la coopération, c’est très joyeux et très surprenant.

Pour illustrer sa candidature, Bruno a choisi une photo de sa bibliothèque. C’est une bibliothèque en bois toute simple. Il y a une raison à cela : "Mes parents étaient agriculteurs et le décorum de la ferme d'enfance, ce sont des objets simples qui ont une vie, qui ont une dimension utilitaire. Chez mes parents, il y avait une armoire en bois brut. On y entreposait des livres mais aussi d'autres choses, des photos de la famille, des objets du quotidien. Des livres apparaissaient, des livres disparaissaient.... La bibliothèque que j'ai aujourd’hui, j’ai tenu à ce qu’elle soit en bois simple. En fait, il y avait une certaine logique dans tout ça. C'était simplement un hommage à l'endroit d'où je viens." 

La bibliothèque "toute simple"
La bibliothèque "toute simple" / Bruno Roussel

Claire Pigasse, la femme qui écoute

Dans sa lettre de candidature, dans son espoir de devenir jurée, il y avait cette phrase : "Moi qui, toute la journée, écoute les autres (mère de famille nombreuse, épouse, collègue, amie, psychologue), petite femme réservée et discrète, je veux pouvoir découvrir, partager, débattre…".

Claire Pigasse écoute les enfants, mais aussi leurs parents. Elle est psychologue au sein de l’Éducation nationale, pour des classes de maternelle et de primaire de 16 écoles de l’Oise, principalement à Creil. Psy pour les petits ? Déjà ? Oui, déjà ! Ce sont les enseignants qui la sollicitent, parfois les parents. Le déclencheur pour faire appel à la psychologue, peut être le handicap, ou des blocages dans le processus d’apprentissage, ou encore des problèmes familiaux (deuil, divorce). Des difficultés sociales, aussi : exemple, des enfants de migrants vivant dans des hôtels sociaux, avec les conséquences que cela peut entraîner. Mais des enfants de milieux plus favorisés ont aussi, parfois, besoin d’aide. Tous les milieux sont concernés, dit-elle. Parfois une séance (toujours avec l’accord des parents) suffit, parfois il en faut trois ou quatre…

Autre courrier : Le 24 avril dans un mail, Claire écrivait ceci, à propos de bon et de mauvais virus : 

Le virus de la lecture je l'ai depuis bien longtemps… 

"…mais le virus de Chine, que je regardais de loin, que j'ai vu se rapprocher : en Chine, en Europe, puis dans mon département, l'Oise, premier "cluster", puis dans mon village, puis dans ma maison, a fini par arriver dans mon corps".

Mi-avril, Claire a contracté le coronavirus. Nous lui avons parlé depuis, elle va bien, même si la convalescence prend plus de temps qu’on ne le pense… Elle lit, à l’ombre de cette maladie, trouvant ici ou là dans les livres des résonances avec la maladie et/ou avec le confinement : "Une embrassade, et on sursaute" sourit-elle.

Claire, qui sait si bien écouter les autres, sera écoutée attentivement, comme les 23 autres jurés, lors des délibérations.

Déconfinement
Déconfinement / Claire Pigasse

André Villata, le commandant et le professeur

Faute de statistiques établies au fil des années, il ne reste que la mémoire. Il se pourrait bien qu’André Villata soit notre premier juré commandant de bord. Air France, vols moyen-courriers, cela signifie des destinations comme Saint-Pétersbourg ou Tel-Aviv. Enfin, cela signifiait… avant un certain coronavirus. Les avions ne volant plus, les commandants de bord regardent le ciel depuis leur jardin...
André Villata n’a pas fait que transporter des passagers vers des destinations balisées. Dans une vie précédente, il était pilote pour un organisme humanitaire, notamment en Angola pendant la guerre, transportant des médecins et du matériel pour bâtir des hôpitaux de brousse. Le sol étant truffé de mines, l’avion était le seul moyen de transport sûr. Dans le sac à dos du pilote, partout, toujours un livre. Compagnon de voyage, chiffonné, corné, mais aussi goûté et aimé…

André Villata fait partie de ces gens qui, même quand ils seront très vieux, se souviendront encore de l’enseignant qui leur a ouvert le monde des livres. Avez-vous remarqué ? Ceux-là n’oublient jamais le nom de leur professeur. Pour André Villata, ce fut Monsieur Guichard, son professeur de français en classe de Première. Une classe de scientifiques peu portés sur la littérature. Et pourtant, ce professeur, avec Baudelaire, Saint-John Perse et Mishima, a réussi avec des méthodes d’enseignement peu conventionnelles, à éveiller cette classe aux mots, à embraser les élèves au point qu’ils se bagarrent autour d’un texte ! "C’était vraiment Le Cercle des Poètes Disparus !" dit André Villata, qui ajoute : 

Depuis, les livres imbibent ma vie.

Nikita sur la terrasse. Royaume des siestes et cabinet de lecture
Nikita sur la terrasse. Royaume des siestes et cabinet de lecture / André Villalta

Odile Benoit, les carnets d’Odile

Chaque année, nous en recevons une petite poignée…. En guise de lettre de candidature, un cahier, un carnet, illustré, annoté : dessin, collage ou aquarelle, un travail de création dont on se dit qu’il a du demander un temps fou . Il a fallu environ un mois, pas à temps plein bien sur, à Odile Benoit pour créer ce carnet illustré qui lui a servi à se présenter…

Et la lecture des 10 livres en compétition lui a fait remplir deux autres carnets de notes , pensées, illustrations. Elle nous a envoyé une photo…

Les carnets d'Odile
Les carnets d'Odile / Odile Benoit

Lire les lettres des jurés, c’est découvrir la variété des métiers des gens et c’est passionnant. Odile Benoit est professeur de français Langue étrangère. Elle travaille dans un centre de réinsertion professionnelle. 

Pour ceux qui sont accueillis ici, "c’est la santé qui a été le déclencheur d’un changement de métier" 

Exemples, il travaillaient sur des chantiers, dans des hôpitaux ou ailleurs, ils ont eu un accident du travail, certains gardent un handicap, il leur faut faire le deuil de leur métier initial et imaginer autre chose. Et la langue parfois, sa maîtrise, fait obstacle. C’est ici qu’Odile intervient au sein d’une équipe pluridisciplinaire. "j’adore le fait que nous les aidons à construire LEUR projet" dit elle.

Aller Plus loin

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.