Pour un premier roman, c’est un coup de maître. Un malaise, un ravissement. Pas moins qu’une révolution en France, avec coup d’Etat. Comme un printemps. Les temps annoncent ce besoin de changer le monde, la littérature s’en fait l’écho, telle une Pythie campée au dessus-du gouffre.Loïc Merle interprète.

Loïc Merle
Loïc Merle © Actes Sud/ DR

Loïc Merle a écrit en Allemagne ce roman de la France d’aujourd’hui, L'esprit de l'ivresse (Actes Sud). Loïc Merle penche du côté de nos désespoirs collectifs. Il a l’air d’en vouloir à notre France, pour ses contrôles au faciès, son mépris des immigrés et des petits gens, ses ratés. Il nous a donc concocté une Grande Révolte, faite par les femmes. Tout est parti de la cité Des Iris, à cause de la mort de Mr Chalaoui, vieil algérien fatigué, après un contrôle de police qui tourne mal.

Mr Chalaoui est le mort de trop. Ce que ne furent pas les deux adolescents électrocutés à Clichy-sous-bois qui ont inspiré Loïc Merle. Le mort de trop viendra-t-il un jour en France ?L’évènement enflamme une cité puis la France entière. S’en suit un coup d’Etat. Pauvre président Dumont. Petit président.

Couverture Loïc Merle
Couverture Loïc Merle © Actes Sud

Loïc Merle sert son propos avec un chant épique, des phrases en plis et replis, une écriture qui coupe le souffle, nous enivre, comme elle porte l’ivresse de ses personnages. Il orchestre la collision entre l’intime de chacun, et les évènements collectifs. Une foule advient, qui dépasse chacun de ceux qui la composent. On verrait bien Victor Hugo ou Clémenceau, lire par-dessus les lecteurs d’aujourd’hui cet Esprit de l’ivresse . Ne reste que l’ivresse. Les révoltées pensent souvent à l’eau, au fleuve, qui emportera leur vie, leurs espoirs et leur mort.

Loïc Merle, comme Tristan Garcia avec "Faber" ou Yannick Haenel avec Les renard pâles est au cœur de la société, plus engagé encore, plus enragé peut-être.

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