Pas moins de trois quotidiens italiens le "Corrierre della Sera", "Il Messaggero" et "Il Foglio" dénoncent la suppression des chiffres romains au Musée Carnavalet à Paris. Le plus ancien musée de la Ville de Paris n’a pas encore rouvert mais a en effet décidé de "faciliter la compréhension des visiteurs".

Louis XIV ou Louis 14 ?
Louis XIV ou Louis 14 ?

L’information est à la Une du quotidien de Rome "Il Messaggero" avec une image, une peinture de Louis XIV et ce titre à rallonge La polémique : Louis XIV devient 14, les chiffres romains interdits dans les musées parisiens, les historiens s'insurgent. Certes il ne s’agit que du Musée Carnavalet mais le quotidien rappelle que Le Louvre a déjà supprimé les chiffres romains il y a quatre ans, mais uniquement les chiffres qui désignent les siècles et non les rois ou les reines.

Le quotidien de Rome Il Messaggero affiche en Une la polémique Louis XIV devient 14
Le quotidien de Rome Il Messaggero affiche en Une la polémique Louis XIV devient 14 / il Messaggero

Éditorialistes, historiens, linguistes tous s'insurgent contre l'explication du musée Carnavalet : les chiffres romains seraient un obstacle à la compréhension ! C'est surtout une "décision stupide et populiste" écrit le Messaggero, ou bien la synthèse parfaite de la catastrophe culturelle en cours, selon le Corriere della Sera qui en fait son éditorial en Une et un long papier dans son édition d’aujourd’hui. "D'abord on n'enseigne pas les choses, ensuite on les élimine pour ne pas mettre mal à l'aise ceux qui ne les connaissent pas" écrit l’éditorialiste et écrivain Massimo Gramellini. Le quotidien Il Foglio s’interroge lui aussi "Le Louvre a commencé, le Musée Carnavalet suit"

"Mais les musées ne sont-ils pas censés stimuler l’éducation et la culture ?"

À bas les chiffres romains

Les correspondants des journaux italiens à Paris ont même recueilli les témoignages de spécialistes français. François Martin, président de la Coordination des enseignants de langues anciennes, estime que "moins les gens verront les chiffres romains, moins ils sauront les lire". Robert Delord, vice-président de l’association Arrête ton Char et présenté comme un "latiniste militant" affirme que ceux qui pensent que les plus jeunes sont ignorants se trompent lourdement : "ils adorent apprendre les chiffres romains à l’école primaire car pour eux c’est comme un jeu" explique-t-il dans Il Messaggero.

Les quotidiens italiens et romains défendent donc leur patrimoine numérique. Mais n’hésitent pas non plus à jouer dans le registre de l’ironie en estimant que "personne ne songe à rebaptiser l’équipe nationale de rugby, le très apprécié XV de France". Le Corriere della Sera conclut sur un long dégagement à propos du Super Bowl. Pour le quotidien de Milan, "le paradoxe est que les chiffres romains résistent au contraire dans l’un des contextes qui, sur le papier, semblent les plus éloignés de la culture classique". Et en effet les éditions du Super Bowl sont mentionnées en chiffres romains. Selon le Corriere della Sera, c’est même l’organisateur Lamar Hunt qui en 1971 a convaincu ses partenaires que les chiffres romains donneraient du prestige et de la solennité à l’événement, en évoquant les exploits des gladiateurs. La culture latine sera plus présente aux États-Unis qu’à Paris !