L'art de Morris
L'art de Morris © Cité de la BD d'Angoulême /

Parmi les temps forts du prochain Festival d’Angoulême, l’exposition,L’art de Morris, présente le travail du père de Lucky Luke, débuté en 1946 dans les pages duJournal de Spirou .

Lucky Luke fait très jeune pour son âge : le cow-boy solitaire fête en effet son 70e anniversaire au Festival international d'Angoulême, dans une exposition-hommage à son créateur . La BD, vendue à plus de 300 millions d’exemplaires, traduites en 29 langues, est l’œuvre du Belge Maurice De Bevere (1923-2001), alias Morris.

Très influencé par Hergé à ses débuts, il commence d’ailleurs par recopier Tintin au Pays des Soviets , et retient du "pape de la ligne claire " l’importance de la lisibilité dans le dessin. L'œuvre de Morris est d’ailleurs truffée de références à Hergé comme dans Des Rails sur la Prairie où, comme dans Les 7 Boules de Cristal , une tête de vache chute sur la tête d’un personnage… avant de trouver son style à lui.

Comment caractériser le trait de Morris ?

Morris avait des obsessions dont celle de la symétrie. Il va souvent jouer des cases l’une à côté de l’autre qui fonctionnent en miroir. Pour ceux qui se souviennent deRuée sur l’Oklahoma , deux des personnages veulent arriver en Oklahoma. Ils passent donc leur temps à se faire des « crasses » pour être certain de devancer l'autre. Un des personnages scie la roue du chariot de l’autre, et en miroir, dans la case suivante, on voit son adversaire qui a fait la même chose. Il fait ça très souvent.

Il aime bien les grandes cases panoramiques, qui permettent de voir des paysages, ou des scènes de saloon. Il a unemise en couleur incroyable. Il n’hésite pas à mettre des jus de couleurs sur une case entière. On a des cavaliers et des chevaux qui sont verts sur un fond jaune ou, comme dans Les Collines Noires , on a les savants qui sont bleus sur un fond mauve, ce qui est complètement inouï, et d’une efficacité redoutable ! Le lecteur ne s’en rend même pas compte, parce qu’il est porté par l’humour. C’est incroyablement brillant.

J’ai tendance à penser à Chaplin ou à Hitchcock : des virtuoses qui ont la politesse de ne pas le montrer. Et c’est pour moi l’élégance absolue. Dans l’exposition, on essaye d’explorer tout ça. Comme le fait que Morris aime travailler les cercles et qu’il aime bien diviser les cases en croix.

Grâce à ces planches exposées, on peut voir aussi que Morris travaillait sur de grands formats. Ce qui permet de voir l’incroyable aisance de son trait de pinceau : les esquisses sont très rapidement posées, et il y va !

Que verra-t-on dans l’exposition L’art de Morris ?

Jean-Pierre Mercier , co-commissaire de l'exposition :

On va voir 155 documents : planches, dessins, esquisses et des jouets articulés faits de la main de Morris, qui faisait ça pour se délasser quand il ne dessinait pas, même s’il dessinait tout le temps. Il va aussi y avoir des photos, des agrandissements. La philosophie de l’exposition n’est pas de parler de Lucky Luke, même si c’est un sujet passionnant, mais d'aborder l’art de Morris... ce qui revient à parler de Lucky Luke, parce que c’est 98% de son œuvre !C’est d’ailleurs un cas assez rare dans la BD : il a passé sa vie sur le même univers, le même personnage, la même série, sans se lasser. On va regarder non pas le propos de l’œuvre, mais comment elle s’est faite. Personne ne voit le talent de Morris parce que c’était un partisan de l’efficacité, de la discrétion. C’est une grande leçon pour moi d’avoir découvert ces planches originales qui sont très impressionnantes - peu de gens les ont vues -, mais aussi parce qu’elles permettent de voir le geste et le travail de Morris, qui est celui de quelqu’un qui trouve les so lutions les plus simples à des problèmes de narration.

►►► L'Art de Morris au 43e Festival d'Angoulême

Morris, dans la malle à trésors de l'INA :

Morris et Goscinny
Morris et Goscinny © Cité de la BD d'Angoulême /

Très discret, et économe de sa parole, le dessinateur a accordé peu d'interviews. Nous avons fouillé dans les archives sonores de l’INA. Et trouvé quelques réponses aux questions que nous aurions aimé lui poser :

Lucky luke ne serait-il pas trop sage ?

À force d’être trop parfait, un héros peut devenir ennuyeux, mais je me rattrape avec les daltons

Morris dans À mots découverts sur Radio Bleue en septembre 1997 :

Rantanplan, c'est l’anti-rintintin ?

Je trouvais plus intéressant de prendre le contre-pied, et de faire le chien le plus bête de l’Ouest. J’ai toujours remarqué que ce sont les personnages les plus bêtes qui fonctionnent le mieux

Les croque-morts sont toujours laids et méchants. Pourquoi ?

Ce sont des caricatures des professeurs jésuites de mon enfance

Pourquoi Lucky luke s'allonge-t-il au fur et à mesure des albums ?

Au début, j'étais encore sous l'influence de Mickey et du dessin animé

Que faut-il pour être un bon dessinateur ?

Il faut avoir conservé une âme d'enfant

Et aussi :

Couverture L'art de Morris
Couverture L'art de Morris © Dargaud / Stéphane Beaujan, Jean-PIerre Mercier, Gaetan Akyuz, Vladimir Lecointre

[BEAU LIVRE] Un livre exceptionnel, publié chez Dargaud, le catalogue superbement illustré L'art de Morris signé Stéphane Beaujan et Jean-Pierre Mercier, les commissaires de l'exposition.Pour tout savoir, ou presque du père de Lucky Luke : de l'évolution du dessin à son côté créateur de jouets, en passant par son travail sur les couvertures.

Le site de l'exposition

Et bientôt : Un nouveau tome signé Matthieu Bonhomme en avril , un livre hommage de Guillaume Bouzard , avant celui deJul avecAchdé en fin d'année.

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