Rencontre avec les arts de la Grande Île. Arts décoratifs, sculpture funéraire, peinture, photographie et création contemporaine : plus de 350 pièces lèvent le voile sur l’art, l’histoire et les cultures de Madagascar, terre d’échanges et d’influences.

Vatomandry 2013 Tirage d’exposition 2018
Vatomandry 2013 Tirage d’exposition 2018 © Pierrot Men

Située au large des côtes est-africaines, caressée par l'Océan indien, l'île de Madagascar est un continent en  miniature. Une position exceptionnelle, qui explique une diversité - naturelle, linguistique, culturelle -  unique au monde. 

Bien avant l'arrivée des Européens en 1500, ce fragment de terre a constitué un melting-pot  extraordinaire au gré des voyages et migrations africaines, perses, arabes, indiennes et sud-asiatiques. Ces métissages, indispensables à la compréhension de la culture malgache, l’exposition Madagascar, Arts de la Grande Île au Musée du Quai Branly Jacques Chirac choisit de les révéler à  travers les créations artistiques de l’île, chacune replacée dans son contexte et son époque. 

Un art méconnu,  qui transparaît dans le quotidien de ses habitants, dans l’architecture, le mobilier ou les objets personnels  (étuis, coiffes ou bijoux) au design épuré. Et qui gagne en raffinement, lorsqu’il a trait au sacré et au monde des défunts, comme en témoignent certaines pièces utilisées dans les cérémonies rituelles funéraires, à  l’esthétique subtile, qu’elles soient tissées de soie (textiles) ou sculptées dans le bois (poteaux, sculptures)  ou composites (amulettes). 

► La première section s’applique à replacer Madagascar dans l’espace et dans le temps. Cette très grande île  située au large des côtes africaines orientales, est dotée d’un environnement exceptionnel. Si les Européens ne  s’installent sur l’île qu’à partir de 1500, elle est depuis plusieurs siècles un carrefour d’influences des  régions africaines, arabes, indiennes et d’Asie du sud-est (Austronésie). C’est ce que révèlent des objets  archéologiques, des pièces évoquant des forces politiques et sacrées anciennes. De très nombreuses oeuvres du  19e et 20e siècle de l’exposition illustrent également la période de la constitution d’un royaume malgache et  celle de la colonisation de l’île par les Français. 

Amulette
Amulette / Musée du Quai Branly - Jacques Chirac, photo Thierry Ollivier, Michel Urtado

► La deuxième section est consacrée à l’art du monde des vivants, et aux objets quotidiens de la maison.  L’architecture, le mobilier, les ustensiles, les objets et effets personnels réalisés avec une grande économie  de moyen se rapprochent des « formes utiles », ce qui définit le design. Néanmoins, chaque élément de la maison,  chaque objet domestique ou personnel sont soumis à la règle incontournable marquant la distinction entre des  espaces sacrés et des espaces qui ne le sont pas. Le monde des vivants est véritablement régi par le zodiaque  malgache, appelé le vintana. 

Mortier en forme de zébu - Paris, collection Stéphane Mangin
Mortier en forme de zébu - Paris, collection Stéphane Mangin / Musée du Quai Branly - Jacques Chirac, photo Claude Germain

► La troisième section aborde le rapport entre les mondes invisibles et parallèles, et le monde des morts, qui  marque profondément l’art de Madagascar. A travers les objets exposés, la frontière vers un monde intangible  apparaît : le monde des esprits, celui des ancêtres, partout présents. Les croyances, le sacré sont matérialisés  par des objets (plats rituels, textiles) impliqués dans les cérémonies qui unissent les vivants et les morts. A  l’art des devins s’associent de très nombreuses réalisations (sculptures, amulettes et autres assemblages  minutieux) dont l’aspect esthétique est indéniable et la fonction captivante. Le parcours s’achève avec la  présentation d’oeuvres funéraires monumentales. Ces majestueux hommages aux ancêtres illustrent une vision de la  mort singulière, non perçue comme une fin. 

Poteau funéraire
Poteau funéraire / Musée du Quai Branly - Jacques Chirac, photo Claude Germain

Chaque section de l’exposition présente des photographies, des documents graphiques (peintures, dessins) et des  multimédias qui permettent d’évoquer le contexte historique ou les techniques de réalisation des oeuvres. En rassemblant des témoignages très anciens, avec des pièces archéologiques, et très actuels, avec des oeuvres  d’artistes vivants, l’exposition rend compte de l’histoire et de l’histoire de l’art de la Grande Ile sur près  de dix siècles. Cette anthologie vise également à sortir d’un discours et d’une perspective coloniale, émaillée  de jugement et d’apriori. Par le dynamisme des expressions actuelles et la force des oeuvres antérieures, les  arts de Madagascar n’appartiennent pas au passé. A la croisée des mondes, ils ne peuvent être comparés à ce qui  se fait ailleurs, se déploient sans contraintes de style ou de motifs et révèlent ici toute leur singularité. 

Source Musée du Quai Branly Jacques Chirac

► Commissariat :

Aurélien Gaborit, responsable des collections Afrique et du Pavillon des Sessions (musée du Louvre).

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