Le musée Galliera inaugure sa programmation hors les murs au musée Bourdelle avec la première rétrospective parisienne jamais consacrée à Madame Grès 1903-1993 . Maître de la couture vu par ses pairs comme le génie tutélaire de la profession, Madame Grès ne cessa de répéter tout au long de sa vie : « Je voulais être sculpteur. Pour moi, c’est la même chose de travailler le tissu ou la pierre » . Sa quête lui fit parcourir le monde antique mais aussi l’Afrique du Nord, l’Inde…

Un voyage de cinquante ans qui va de la statuaire hellénistique au minimalisme intransigeant dont elle est le précurseur au sein de l’univers de la mode. Ainsi, c’est au musée Bourdelle que les robes sculptées de Madame Grès trouvent, plus que nulle part ailleurs, une place légitime.

L’exposition réunit quelque quatre-vingts pièces provenant du musée Galliera et de collections privées, une cinquantaine de photographies originales ainsi qu’une centaine de croquis extraits du fonds de dessins de la Maison Grès . Fonds entré au musée à l’occasion de cette rétrospective grâce au mécénat de la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent.

En 1933, les modèles de la future Madame Grès de son vrai nom Germaine Krebs sont déjà connus sous le nom de la maison de couture Alix. En 1942, Germaine Krebs ouvre sa propre maison de couture sous le nom de Grès qu’elle dirigera jusqu’en 1988. A partir d’un vêtement qu’elle rêvait sans coutures, elle invente une économie de lignes et de volumes volontairement atemporelle – originelle, transformant le corps de la femme en déesse.

Robes asymétriques, drapées à l’antique comme moulées sur le corps, robes en volume lorsqu’elle travaille la faille ou le taffetas : ses exigences de création la différencient de ses contemporains. Insensible aux engouements passagers, aux tendances qui marquent les collections d’une saison, elle préfère « sculpter » des pièces uniques dont le nombre fait collection. On reconnaît un chef-d’œuvre de Madame Grès à sa pureté – l’apparente simplicité de son art dissimule toujours l’extrême complexité de son savoir-faire.

L’exposition Madame Grès, la couture à l’œuvre réserve une place de choix aux pièces les plus emblématiques de la griffe : les robes du soir – des drapés qui, en 1976, lui valurent un Dé d’or.

Créées depuis les années 30 jusque dans les années 80, toujours en jersey, souvent ivoire ou gris perle, ces robes sculpturales traversent le temps sans pâlir. Photographiées par Richard Avedon, Guy Bourdin, elles sont largement publiées dans les magazines féminins. Quant aux pièces de jour : robes et manteaux des années 50, modèles épurés réalisés en lainage double face des années 60 et 70, elles restent une référence pour les couturiers et les créateurs d’aujourd’hui. Madame Grès est au-delà des modes.

 Grès, Robe du soir, 1954. Jersey et faille de soie blancs / Photo publiée dans Vogue France
Grès, Robe du soir, 1954. Jersey et faille de soie blancs / Photo publiée dans Vogue France © Henry Clarke / Galliera / ADAGP, Paris 2011
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