Le Théâtre du Soleil et Ariane Mnouchkine se sont installés dès 1964 dans ses locaux de la Cartoucherie, dans le bois de Vincennes, aux portes de Paris. L'idée était déjà d'établir, avant les événements de 1968, un nouveau rapport avec le public.

Ariane Mnouchkine, artiste engagée et fondatrice du Théâtre du Soleil (ici en 1984 à Avignon), œuvre pour une scène plus populaire.
Ariane Mnouchkine, artiste engagée et fondatrice du Théâtre du Soleil (ici en 1984 à Avignon), œuvre pour une scène plus populaire. © AFP / Pierre Ciot

Lorsqu'elle s'installe en 1964 avec ses compagnons, Philippe Léotard, Jean-Claude Penchenat, Roberto Moscoso et Françoise Tournafond à la Cartoucherie, à Vincennes, dans cet ancien lieu de fabrication d'armement et de poudre, Ariane Mnouchkine fait déjà acte de résistance avant les événements de mai 1968.

Elle veut rompre avec le théâtre bourgeois pour faire un théâtre populaire de qualité. Une idée qui ne l’a jamais quittée. La troupe invente de nouveaux fonctionnements et privilégie le travail collectif. La compagnie est fondée sous forme de Scop. 

Une tribu égalitaire

Ce n'est pas vraiment une compagnie de théâtre, il convient mieux de parler de tribu. Chacun y reçoit le même salaire, qu'il soit comédien ou technicien. Aujourd'hui encore, le Théâtre du Soleil ne roule pas sur l'or. La distribution définitive ne se décide qu'après que les comédiens se sont exercés à plusieurs rôles.

C'est peut-être un peu moins vrai aujourd'hui. Au fil des années, Ariane Mnouchkine est devenue une redoutable chef d'entreprise. Et si tous les soirs, elle met un point d'honneur à déchirer les tickets en accueillant les spectateurs à l'entrée de la salle, c'est elle qui décide. C'est peut-être aussi la raison de la longévité de sa troupe, toujours debout après plus de 50 ans.

Des spectacles engagés

Et le public ne désemplit pas. Plusieurs générations ont grandi avec le Théâtre du Soleil. On vient à la Cartoucherie comme en pèlerinage. On se fait discret à observer les comédiens se préparer dans les coulisses sous les gradins à travers un rideau.

Les spectacles du Soleil ont toujours été engagés, politiques et humanistes. Ariane Mnouchkine fait une grève la faim, en 1995, contre les massacres en Bosnie-Herzégovine. Elle prend la tête d'un collectif d'artistes en faveur des Africains sans papiers en 1996, abrités quelque temps à la Cartoucherie même. Et lorsque le Front national est au deuxième tour d'une élection, la metteuse en scène défile dans la rue, comme cela a encore été le cas en mars 2017 avant le deuxième tour de l'élection présidentielle, en appelant à voter pour Emmanuel Macron.

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