La nouvelle exposition “Imagine Van Gogh”, qui a ouvert à la Villette à Paris, est entièrement consacrée au peintre néerlandais. Mais vous n’y verrez pas une seule toile.

L'exposition "Imagine Van Gogh" à Paris est une installation vidéo sur les oeuvres de l'artiste
L'exposition "Imagine Van Gogh" à Paris est une installation vidéo sur les oeuvres de l'artiste © AFP / Nicolas Serve / Le Parisien

“Imagine Van Gogh”, c’est le titre de la nouvelle exposition événement consacrée à l’art de Vincent Van Gogh. Et pourtant… vous n’y verrez pas un seul tableau du maître – au sens strict du terme, entendant une toile peinte et encadrée. A la place, l’exposition (qui se présente comme une “expérience”) propose des projections monumentales des œuvres de l’artiste dans toute la Grande Halle de la Villette.

Et ce n’est pas une première : de plus en plus fréquemment, des expositions proposent des projections, des reproductions, des installations, en lieu et place d’œuvres d’art originales, occupant parfois une part majeure dans les expositions en question. Tour d’horizon des raisons qui peuvent conduire un musée à renoncer aux originaux.

1. Des œuvres trop fragiles

C’est l’une des problématiques majeures de l’organisation d’événements : déplacer des œuvres d’art anciennes et/ou fragiles peut être très risqué. C’est la raison pour laquelle certaines expositions se passent de leurs œuvres potentiellement phares, trop compliquées à transporter.

Ainsi, par exemple, lorsque la fondation Louis Vuitton, à Paris, a accueilli l’exposition de la collection Chtchoukine en début d’année, deux œuvres se sont faites remarquer par leur absence : La Danse et La Musique de Matisse. Deux toiles très fragiles et difficiles à faire sortir du musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg, où elles sont exposées. “Matisse peignait puis effaçait sans cesse, chaque jour : cela produisait une sorte de glacis qui empêchait que la peinture adhère, et aujourd’hui ces couches de peinture tombent”, expliquait alors au Figaro la commissaire d’exposition Anne Baldassari. Résultat, les deux tableaux étaient remplacés par une installation vidéo qui racontait leur histoire.

Autre cas particulier : celui des œuvres si profondément attachées à un musée qu’elles ne le quittent jamais, comme LaJoconde au Louvre, Guernica de Picasso ou Les Ménines de Velasquez à Madrid – ces dernières ayant donc été les grandes absentes de l’expo Velasquez organisée il y a deux ans à Paris.

2. Une œuvre d’art, c’est cher

Sauf exception, il y a deux façons d’organiser une exposition : montrer sa collection propre, ou composer un accrochage à partir d’oeuvres venues d'autres musées, en convainquant ces derniers d'en faire prêt. Sauf qu’un prêt n’est jamais vraiment gratuit. C’est en général au musée qui organise l’exposition (ou à la société qui la produit) de prendre en charge l’acheminement des œuvres d’art et, surtout, leur assurance.

Or depuis quinze ans, le coût des assurances pour des œuvres d’art a progressé de façon quasi exponentielle, rendant l’organisation d’expositions prestigieuses plus compliquées, surtout pour les musées qui ont des petits budgets, expliquait l’ancien président du Centre Pompidou Alain Seban, dans un article publié sur Slate.

Ainsi, comme le rapporte l’article cité plus haut, l’exposition dédiée à l’artiste Judy Chicago, l’an dernier au CAPC de Bordeaux, comportait beaucoup de reproduction d’œuvres grandeur nature sur papier, suscitant l’ire de spectateurs.

3. Des “expériences” et pas des expositions

C’est le cas de “Imagine Van Gogh” : l’événement n’est pas présenté à proprement parler comme une “exposition”, mais comme une “expérience immersive”. Pas de tromperie sur la marchandise, donc.

Et c’est une formule qui a fait ses preuves : aux Baux-de-Provence, les Carrières de Lumière, gérées par l’opérateur Culturespaces, ont fait de ces projections monumentales leur marque de fabrique. Chaque année, un spectacle consacré à un peintre (Picasso, Klimt ou Chagall notamment) est mis en place avec des techniques de projection en haute définition qui transforment ces anciennes carrières en galerie d’art… sans œuvre donc.

Et le concept a un succès tel que Culturespaces développe un dispositif similaire à Paris : dans le 11e arrondissement, une ancienne fonderie devrait accueillir en 2018 “L’Atelier des Lumières”, basé exactement sur la même idée.

4. Et si l’original n’était pas indispensable ?

Est-il vraiment indispensable de montrer une oeuvre originale quand l’idée n’est pas de montrer la valeur esthétique d’une œuvre, mais d’apporter des éléments documentaires ? C’est la question que posent les “expositions-dossier”, ces expositions qui se rapportent avant tout au travail scientifique des chercheurs, des critiques ou des biographes qui ont travaillé sur les artistes, leur vie, leur œuvre.

Et ce type d’expositions se multiplie ces dernières années : au Centre Pompidou, l’espace d’expositions permanentes est désormais parsemé de ces salles aux murs gris où fac-similés côtoient vitrines photographiques. En 2014, le musée Marmottan-Monet à Paris a bâti une exposition entière autour de l’histoire d’un seul tableau, Impression Soleil Levant, qui mêlait des tableaux contemporains à de nombreux éléments d’ordre documentaire.

Et l’an dernier, un musée de Bayeux s’est attiré les foudres du public en organisant une expo Caillebotte qui comportait seulement un tableau original, pour une dizaine de reproductions. Il y avait eu mésentente : il ne s’agissait pas d’une exposition d’art, mais d’histoire, sur la famille Caillebotte.

5. Quand il n’y a pas d’original

Reste un cas très particulier : celui où l’œuvre d’art n’existe pas sous forme matérielle. Exemple : l’exposition consacrée à Tony Seghal au Palais de Tokyo, en fin d’année dernière par exemple, ne comportait aucune œuvre de l’artiste qui soit matériellement concrète, mais une série de situations et d’interactions.

L’art contemporain a donc lui aussi posé une nouvelle question au monde des musées : comment mettre en œuvre une exposition dédiée à l’art conceptuel, où l’idée prime sur la forme, ou, plus problématique encore, à la performance, dont les accessoires, photos et autres enregistrements ne sont que des traces, des “reliques”, mais jamais l’œuvre d’art en elle-même ?

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