Des témoignages anonymes d’anciens intervenants, d’ex-salariés et d’anciens étudiants du Centre national de danse contemporaine (CNDC) d’Angers, recueillis par le collectif La Permanence, font état d’un malaise social dans l’entreprise. La direction nie tout en bloc.

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Lutter contre les discriminations et le harcèlement dans le domaine de la danse, c'est le but que s'est donné un collectif de professionnels qui s'appelle "La Permanence", sorte de lanceur d'alerte qui récolte des témoignages. La Permanence vient de révéler un malaise au sein du Centre national de danse contemporaine d'Angers auprès d'anciens salariés mais aussi d'anciens étudiants, ce CNDC est aussi la seule école supérieure entièrement dévolue à la danse contemporaine en France.

Les témoignages recueillis font état de souffrance au travail de la part des salariés. Les étudiants, que nous avons contactés, pointent des humiliations, des pressions morales et des actes de discrimination ressentis durant leur scolarité.

"Il y a certains étudiants qui ont fait je ne sais pas combien de kilomètres, pour leur fasse comprendre, de manière implicite et devant tout le monde, qu’ils étaient trop gros ou trop maigres." 

Il y avait au sein de l’école des jugements relatifs à l’apparence qui étaient souvent discriminants. 

"Ils sont symptomatiques du fait qu’aujourd’hui il faille avoir un certain profil dans la danse contemporaine. On se demande si la danse est un art ou si c’est une dictature des corps."

Aux témoignages d'étudiants sont venus s’ajouter ceux d’anciens intervenant.e.s et ex-salarié.e.s qui font état de souffrance au travail et de stress. Ils dénoncent ce qu’ils tiennent pour des "humiliations et pressions morales", des "inégalités de traitements", un "état physique et psychologique" préoccupant chez certains étudiants, mais aussi une ligne pédagogique et esthétique qu’ils estiment à rebours de l’évolution des formes contemporaines.

La direction, par la voix de sa directrice adjointe, Claire Rousier, dément point par point toutes les accusations. "Je vois très bien qui sont ces étudiants. Ce sont des jeunes qui aiment le champ de la performance, que l’on a d’ailleurs valorisés, et dont les travaux ont été présentés à Chaillot."

La contestation fait partie de la formation, elle traverse l’histoire de la danse. Non, dans l’école, il n’y pas de racisme, il n’y a pas de sexisme. Une école, c’est proposer un modèle, et il est fait aussi pour être contesté par des jeunes.

D'anciens élèves, sollicités par la direction actuelle ont tenu à apporter un autre éclairage sur leur passage dans l’école. 

“Je veux être sincère et également dire certaines choses qui n’ont pas été” explique Anaïs Vignon (Promotion 2- 2015-2017). 

"J’ai connu quelques moments désagréables, avec une personne de l’équipe du CNDC, également par rapport au manque de vacances, ou encore avec un ou deux intervenants. Mais ce n’est pas ce que j’ai retenu de mes deux ans de vie, d’expérience, d’évolution au CNDC. Au Centre National de Danse Contemporaine d’Angers, je me suis sentie progresser à une vitesse impressionnante. J’ai été préparée à la manière de cette formation et à la vie professionnelle, j’ai rencontré énormément de personnes intéressantes, je me suis créé un réseau professionnel. J’en suis sortie avec de nouveaux projets, avec un bagage technique non négligeable, des amis. Je ne regrette absolument pas de m’être donnée les moyens en 2015 d’être prise dans cette formation, et mes proches autour de moi vous diront que j’ai passé deux années très enrichissantes."

Le Ministère de la Culture, sollicité, n'a pas souhaité nous répondre car il y a actuellement une procédure de recrutement pour désigner la nouvelle direction du CNDC d'Angers. Amala Dianor, Mette Ingvartsen, Joanne Leighton, Julie Nioche, Hervé Robbe et Noé Soulier sont candidats pour succéder à Robert Swinston dont le contrat a été prolongé jusqu’au 30 juin 2020.

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