Après Taiyō Matsumoto l’an passé, le Festival d’Angoulême consacre une exceptionnelle rétrospective à l’œuvre du mangaka auteur de "La Vis", Yoshiharu Tsuge. Généreuse en planches originales, cette exposition met en valeur un travail original autobiographique, mélancolique et poétique.

Détail de la couveture de "La vis" de Yoshiharu Tsuge
Détail de la couveture de "La vis" de Yoshiharu Tsuge © Cornelius

Yoshiharu Tsuge,  précurseur du manga « du moi » "est à la bande dessinée japonaise ce que Godard a été au cinéma français", annonce Xavier Guilbert, le commissaire de l'exposition consacrée à l'artiste nippon au Festival international de la BD d'Angoulême. Autant Osamu Tezuka (à l’honneur en 2018) était solaire, tourné vers l’extérieur, autant Yoshiharu Tsuge (né en 1937 à Tokyo), est sombre, torturé… au point d’interrompre sa carrière à plusieurs reprises.

Après une enfance marquée par la violence de son beau-père, il débute dans le dessin en travaillant jusqu’en 1959 pour des bibliothèques de prêt. Yoshiharu Tsuge produit beaucoup. La bande dessinée est alors pour lui une sorte de d'échappatoire qui lui permet de gagner sa vie.

La période Garo

Planche trée de la Vis par Yoshiharu Tsuge
Planche trée de la Vis par Yoshiharu Tsuge / Cornélius

Au début des années 1960 le dessinateur angoissé est publié dans Garo, une revue d’avant-garde. Le point d’orgue de sa carrière se déroule en 1968 avec la parution de La Vis : 24 pages oniriques et introspectives. Le mangaka est alors l’un des premiers à écrire à la première personne. Une surprenante audace dans un pays où le « je » est très mal vu - n’y dit-on pas : « le clou qui dépasse appelle le coup de marteau » ?

Détail d'une planche tirée du Marais (1966) de Yoshiharu Tsuge présentée dans l'exposition au Musée d'Angoulême dans le cadre du Festival de la bande dessinée
Détail d'une planche tirée du Marais (1966) de Yoshiharu Tsuge présentée dans l'exposition au Musée d'Angoulême dans le cadre du Festival de la bande dessinée / AD/France Inter

Dans Garo, Yoshiharu Tsuge publiera aussi Le Marais, une histoire à fin ouverte et Tchiko. Il continue ensuite dans le récit autobiographique. Alternant phases de dépression et de productivité délirante, son œuvre s'interrompt une première fois en 1981. Il abandonne le 9e art pour d'autres choses, comme si la BD  "n’était qu’un moyen, et que finalement, ce n'était pas quelque chose dans lequel il était prêt à se donner autant » explique Xavier Guilbert.

Une carrière volontairement interrompue

Il revient une dernière fois au manga entre 1984 et 1987, publiant les récits qui forment L'homme sans talent - ultime recueil au titre étonnant. Il ne conclura jamais, son élan étant interrompu par l’écriture d’une nouvelle dans laquelle il confesse sa tentative de suicide. 

Yoshiharu Tsuge a arrêté de publier en 1987 et s’est retiré de toute vie publique. Reste une œuvre sombre, délicate et mélancolique. 

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Les fleurs rouges par Yoshiharu Tsuge
Les fleurs rouges par Yoshiharu Tsuge / Cornélius
Détail d'une planche de La chambre de l'ennui (1975) Dans l'exposition Yoshiharu Tsuge : "Etre sans exister" au Musée d'Angoulême
Détail d'une planche de La chambre de l'ennui (1975) Dans l'exposition Yoshiharu Tsuge : "Etre sans exister" au Musée d'Angoulême / AD/FI

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