Depuis 40 ans, les artistes multimedia, Maria Klonaris et Katerina Thomadaki, ont fortement marqué le cinéma expérimental. Une exposition au Jeu de Paume/ Cinéma en 2016 et puis la projection à la Cinémathèque, ce 6/3/2020 de "Unheimlich ll : Astarti", film de 180" dans le cadre du festival "Toute la Mémoire du Monde".

Le cinéma expérimental

Depuis les années 1970, les deux artistes Maria Klonaris et Katerina Thomadaki ont marqué profondément le cinéma expérimental français, puis mondial, en réinventant le geste de filmer et celui d’être filmée. 

Théoriciennes autant que techniciennes, elles ont initié le Cinéma Corporel où le corps représenté devient le centre de leur recherche artistique. 

Corps apparaissant comme singulier, dissident, affirmant son existence autonome en des termes éloignés du langage du cinéma dominant.

Maud Jacquin, historienne d'Art :

Le cinéma de Maria Klonaris et Katerina Thomadaki est un cinéma de rébellion… Entre leurs mains, le cinéma devient un instrument puissant pour subvertir l’imaginaire patriarcal occidental et déstabiliser les normes du corps et de ses représentations.

Quarante années de créativité puissante : 

Films d'abord tournés en super 8, restaurés ensuite en format 35mm, bandes son, photographies et débats avec le public autour des œuvres, ont composé le programme du Jeu de Paume/Cinéma ; au total, une dizaine de rendez-vous animés par Katerina Thomadaki. 

Cette rétrospective baptisée Manifeste. Le Cinéma Corporel a été dédiée à Maria Klonaris, disparue en 2014.

Double-Labyrinthe
Double-Labyrinthe © Radio France / Klonaris-Thomadaki

Un théâtre du corps

L'écrivain Nancy Huston évoque ainsi l'œuvre des deux artistes :

Images d’une beauté envoûtante, aux couleurs tellement riches qu’elles semblent irréelles, enchaînées dans une trame à la fois dense et méticuleuse, faite de répétitions, de lenteurs, de brutalités.

Théâtre du corps, filmé et restitué rituellement, dans le cadre même des salles de projection ou d'exposition, l'expérience de ce cinéma singulier est un ravissement, dans le sens fort du terme.

Il est aussi une célébration du féminin, ce féminin qui n'est pas la féminité, pour faire l'expérience sensible de cette dimension originelle qui devrait être partagée par tous, puisqu'elle existe en chacun de nous.

Restauration des films

Le Centre National du Cinéma et de l’image animée a entamé un parcours de restitution des films des cinéastes expérimentales, Maria Klonaris et Katerina Thomadaki.

Le CNC a déjà restauré plusieurs œuvres ; ainsi, Selva, Chutes. Désert. Syn et les deux autres opus du cycle de l'Unheimlich : Dialogue secret et Kha : Les Embaumées.

Réalisé en 1980, ce chef-d'œuvre de 180 minutes déploie des identités féminines à travers des figures mythiques, en particulier la déesse Ishtar/ Astarti.

La restauration en 2K a été effectuée en 2018-2019 par le CNC sous la direction de Katerina Tomadaki qui a aussi recréé le générique.

Dès 20h30, ce vendredi 6 mars 2020, la projection sera introduite par la cinéaste, Katerina Thomadaki, avec Béatrice de Pastre, Conservatrice en chef des Archives françaises du film.

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