Danseuse étoile de l'Opéra de Paris, Marie- Agnès Gillot a fait ses adieux le 31 mars dernier. Sur le plateau de "Boomerang", elle était invitée par Augustin Trapenard pour parler adieux, grâce et poésie... Et renouveau.

La danseuse Marie-Agnès Gillot dans le studio de "Boomerang" à la maison de la radio
La danseuse Marie-Agnès Gillot dans le studio de "Boomerang" à la maison de la radio © Radio France

Le 31 mars dernier, Marie-Agnès Gillot faisait ses adieux à l'Opéra de Paris après plus de 30 ans passés là-bas. Âgée de 42 ans, la danseuse était mise à la retraite... Un faux départ, puisque la danseuse fera une représentation exceptionnelle en mai prochain : elle dansera dans la reprise de The Seasons' Canon de Crystal Pite.

Pour cette représentation qui aurait dû être sa dernière, elle a dansé l'Orphée et Eurydice de Pina Bausch : un grand moment d'émotion salué par une standing ovation et un parterre de roses…

La retraite à 42 ans...

C'est une page qui se tourne pour l'une des danseuses les plus populaires de l'Opéra. Elle était rentrée à l'École de danse de l'Opéra de Paris à neuf ans. Pour suivre sa vocation, elle a quitté sa famille et sa Normandie natale. C'était dur, au début, la solitude surtout. Elle évoque aussi les petits rats de l'Opéra, "ces petites pestes" qu'elle "n'était pas prête à affronter" (même si, ajoute-t-elle, "heureusement la vie est bien faite : elle les évince…") En plus, les médecins lui découvrent une double scoliose : durant des années (jusqu'à 18 ans !), elle porte un corset en permanence - sauf pour danser.

À Augustin Trapenard qui lui demande si elle écoute son corps, elle répond : 

Je suis plutôt en communication, c'est à dire qu'il n'y a pas qu'une voix, on est deux. Il gueule beaucoup mais moi aussi !

Et le résultat est là : elle maîtrise parfaitement son corps... "Le grand écart c’est la première position que je fais le matin. Cela ne me coûte rien. C’est peut-être pour cela que je fais des grands écarts tout le temps, artistiques et physiques"

Elle a dansé avec les plus grands chorégraphes

Dotée d'une grande volonté, la danseuse surmonte les obstacles et s'épanouit. Elle devient une danseuse à part, qui danse avec les plus grands chorégraphes. Antonin Preljocaj, Merce Cunningham, Maurice Béjart... Ce dernier dit d'elle :

C’est la meilleure danseuse de l’Opéra.

On la voit ci-dessous danser pour Benjamin Millepied.

En 2004, elle dansait pour Carolyn Carlson - un moment décisif dans sa carrière puisque c'est là qu'elle devient danseuse étoile avec le ballet contemporain Signes.

Je n'ai pas de différence d'estime par rapport aux danses. Faire du Carlson, c'est grandiose, pour moi. 

L'appréciation est réciproque. La chorégraphe américaine dit d'elle :

Marie-Agnès est un poète qui écrit avec son corps.

La chorégraphe ajoute : "Elle transcende le mouvement, elle est bien plus qu'une danseuse".

Elle évoque également le corps atypique de la danseuse : "J'ai l'impression d'avoir de longs bras, mais quand elle m'a remplacée sur un solo, j'ai vu : ses bras sont deux fois plus longs, ses jambes, ses membres sont immenses ! C'est ça que j'aime chez elle : son extraordinaire déformation. Elle est vraiment unique."

Sur le plateau de Boomerang, elle présente, assise et à la radio, un mouvement tiré d'un tableau des Champs-Elysées, Le Paradis. En voici les images. Même assise et contrainte par l'étroitesse du studio, la grâce de la danseuse resplendit :

Pour "Boomerang", elle rejoue ses adieux

Pour ceux qui n'étaient pas à l'Opéra le 31 mars dernier, Marie-Agnès Gillot a rejoué ses adieux à l'Opéra sur l'antenne de France Inter, accompagnée d'une musique de Claire-Marie Bronx.

Elle revient sur cette mise à la retraite qui arrive alors qu'elle maîtrise enfin parfaitement son corps, juste parce que "c'est la règle de l'institution" (... mais n'est-ce pas une règle d'un autre temps ?) : "La retraite, c'est quand même un drôle de mot. Enfin, "drôle", ce n'est pas le terme. Mes grands-parents l'auraient refusé. Marcher en arrière car on ne peut plus ternir sa position dans la bataille, c'est contraire à tout ce qu'on m'a appris, de tout ce que je suis. Vous m'avez aimée et supportée, et vous aurez encore à m'aimer et me supporter. Mais nous ferons ça différemment, ailleurs, avec d’autres envies, d'autres découvertes". Elle glisse avec malice : "On ne laisse jamais Bébé dans un coin."

Elle y rend hommage à ceux et celles qui ont marqué sa vie, Pina Bausch, notamment : "Pina, je viens de danser et de vivre les derniers pas d’Eurydice mais je me souviens des premiers à Wuppertal". Et Carolyn Carlson, bien sûr : "Tu m'inspires et improviser à tes côtés est un don du ciel". "Merci à ces deux maîtresses de l'espace et du laisser passer".

Elle remercie aussi ses chorégraphes, ses maîtres : "Je n'appartiens qu'au dépassement de soi. Je ne respecte pas le pas, mais le temps... Mais je vous respecte, mes chorégraphes et mes maîtres, et je vous remercie le plus humblement".

Et s'excuse. 

Auprès de ses partenaires de danse, d'abord : "Trois générations ont eu à m'accompagner et me porter. Je n'ai pas pas toujours été facile en répétition mais vous m'avez toujours aidée à vaincre la peur du médiocre, afin d'arriver sur scène forte et sans douter. Merci" 

Auprès des musiciens ensuite : "Tous les chefs d'orchestre, les chefs de chant et les pianistes, qui n'ont pas toujours compris qu'un danseur a toujours son propre tempo. trop vite, trop lent, trop... Trop. Merci de vous être adaptés à ma musicalité, ma musiqu-amitié".

À ses directeurs successifs. "J'ai un peu de caractère et vous l'avez entendu, souvent. Il fallait me rentrer dedans. Je vous suis rentrée dedans aussi".

Aux photographes, "qui ont dû retoucher mes pieds, mes cernes et mes bosses. [...]. Elles sont ma beauté, mon carrosse, mon sacerdoce".

Extrait de la soirée le 31 mars :

Aller plus loin

Chaque matin à 9h10, retrouvez Augustin Trapenard dans Boomerang, un rendez-vous pop et culturel 

Le documentaire sur la danseuse réalisé par Anne-Solen Douguet, Damien Cabrespines, Laurent Goumarre : Marie-Agnès Gillot, l'art du grand écart. 55 mn. Disponible sur France 5 jusqu'au 24 avril. 

Tout le parcours de la danseuse sur le site de l'Opéra de Paris

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