"La majestueuse histoire du nom des arbres" est un dictionnaire ludique et passionnant qui explique comment les arbres sont entrés dans notre vocabulaire commun : les "lauriers" portés par les lauréats, les palmes (de "palmier") du palmarès et donc, les "marronniers" des journalistes...

Le marronnier est un arbre assez commun sur la capitale : selon les chiffres de la Mairie de Paris de juin 2015, il y en aurait environ 16 000 (12 800 blancs, 3 200 roses)
Le marronnier est un arbre assez commun sur la capitale : selon les chiffres de la Mairie de Paris de juin 2015, il y en aurait environ 16 000 (12 800 blancs, 3 200 roses) © Getty / Johner Images

Henriette Walter est linguiste, Pierre Avenas est passionné de sciences naturelles. Ensemble, ils publient "La majestueuse histoire du nom des arbres", qui évoque près de 200 arbres. Comment ont-ils fait la sélection des arbres dont il fallait creuser l'historique, sur les 70 000 espèces connues ? Selon Henriette Walter, c'était en fait assez simple, comme elle l'explique au micro de Mathieu Vidard : "lorsqu'on regarde les noms des arbres, il y a une quantité énorme de noms génériques. On dira « chêne », mais en fait il y a plusieurs centaines de chênes. On dira « palmier », il y en a 2500 !"

Henriette Walter explique à l'antenne quelques expressions liées aux arbres... par exemple "marronnier" et "langue de bois".

"Langue de bois"

La "langue de bois" est une expression traduite du russe, et qui à l'origine signifie "langue de chêne" ("дубовый язык" ou phonétiquement "dubovyy yazyk"). "Le chêne", explique Henriette Walter, "c'était le matériau qui était sur les bureaux de l'administration tsariste. C'était un endroit où on posait des questions dont on obtenait jamais la réponse... d'où la langue de bois : on parle pour rien".

À noter qu'il y a également une similitude phonétique entre "dubovyy" et "de bois"...

"Marronnier"

En journalisme, un marronnier est un court article qui évoque un sujet qui revient chaque année, ou presque : la rentrée scolaire, les courses de rentrée, Paris bloqué par la neige...Henriette Walter explique : "La légende raconte que c'était un arbre qui était planté dans les Tuileries, et qui, tous les ans, fleurissait exactement au premier jour du printemps. Et chaque année on en parlait. Et c'est devenu le marronnier : un sujet léger dont on reparle chaque année...

Il y a près de 200 000 arbres dans Paris (sans compter les 300 000 des bois de Boulogne et de Vincennes)
Il y a près de 200 000 arbres dans Paris (sans compter les 300 000 des bois de Boulogne et de Vincennes) © Getty / @ Didier Marti

L'histoire du nom des arbres

Le livre d'Henriette Walter et Pierre Avenas est l'aboutissement de six années de travail ; les deux chercheurs se sont beaucoup appuyés sur les Anciens : Linné bien sûr mais surtout Théophraste et Pline l'ancien...

  • Linné (1707-1778) est quelqu'un d'intéressant parce qu'il a donné l'impulsion à la nomination binominale (genre / espèce) du monde vivant (pas seulement les végétaux), encore utilisée aujourd’hui dans le monde entier. "L'ennui c'est qu'il écrit en latin et en style télégraphique, donc il ne raconte jamais d'histoire" note Henriette Walter.
  • Pline l'ancien (23 à79) a écrit une Histoire naturelle, 37 volumes qui couvrent tous les aspects des sciences naturelles, du cosmos aux animaux en passant par les arbres.
  • Théophraste (-371 à -288) est un grand botaniste de l'Antiquité, c'est le premier qui a fait un grand traité de botanique : les Recherches sur les plantes (en neuf volumes) 

A noter que le philosophe Aristote (-384 à -322) avait aussi écrit un traité sur le monde végétal, intitulé Des plantes (Peri Plûton en grec)... mais comme l'expliquent les deux auteurs dans leur livre, celui-ci a été victime de nombreuses mésaventures : le texte d'Aristote a été perdu - heureusement, Nicolas de Damas en avait fait une adaptation en grec... qui a également disparu. Heureusement (!), cette adaptation avait été traduite en syrique (une forme d'araméen) mais elle a elle aussi disparu. Heureusement (!!), le texte avait été traduit, vers l'an 900, en arabe... et c'est la version que nous avons aujourd'hui de cette oeuvre du philosophe grec.

Aller plus loin

La majestueuse histoire du nom des arbre est édité chez Robert Laffont (576 pages). On y apprend, par exemple, que le Puy du Fou ne signifie pas "le puits du fou" mais "la colline du hêtre", que le "sapin de Noël" est le plus souvent un épicéa, que le mot "livre" vient du mot "liber", un tissu végétal enveloppant les troncs qui servit supports aux premiers écrits...

Pour plus d'émissions scientifiques, écoutez Mathieu Vidard du lundi au vendredi de 14h à 15h dans La Tête au carré.

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