Emmanuel Guibert poursuit son hommage à son ami américain Alan en relatant son enfance à travers sa relation amicale avec une petite fille.

Martha et Alan
Martha et Alan © Emmanuel Guibert/ L'Association

Emmanuel Guibert dit de son nouveau livre, qu’il est une petite chose qui se lit en un quart d’heure. Peut-être, mais son propos, si juste et tellement bouleversant, imprègne son lecteur durablement. Martha et Alan débute avec le souvenir d’une partie de chandelle. Des enfants sont assis en rond. L’un, en courant, jette un foulard derrière un autre qui se lance à sa poursuite. Martha, 5 ans, veut se joindre au cercle. Mais les écoliers ne veulent pas d’elle.

Alan Ingram Cope, l’ami américain d’Emmanuel Guibert, dont il a déjà raconté la jeunesse (dans L'Enfance d'Alan) et la guerre comme G.I (La guerre d'Alan), la console. Et de là, nait une très belle amitié. Presque un premier amour qui va cesser vers leurs 12 ans. Alan et Martha ne se reverront qu’une seule fois à 18 ans. Et vers 60 ans, ils entameront une correspondance dans laquelle Emmanuel Guibert est allé piocher.

Le dessinateur s’est attaché à rendre cette relation née dans les années 1930 à Pasadena en Californie. Il relate avec tendresse les petites choses qui construisent les souvenirs d’une relation amicale quasi amoureuse : les discussions, les jeux, les observations du trajet du retour de l’école, la chute d’une balançoire, le souvenir du jour où Martha se casse le bras… Sans oublier l’ascension d’arbres superbement représentés, ou les retrouvailles hebdomadaires au chœur de l’église presbytérienne… Emmanuel Guibert fait ressentir la profondeur et l’importance du lien qui peut unir deux personnes, fussent-elles deux enfants. De cette relation, Alan, adulte, nostalgique, confiait au dessinateur : « Avec Martha, j’étais heureux ». Comme Emmanuel Guibert au contact de son ami, mort en 1999, dont il continue de raconter la vie.

Le dessin est aussi beau que l'histoire est touchante. Sous l’influence des tableaux du peintre chinois Tang Yin, découvert lors d’un voyage en Asie l’été précédent, Emmanuel Guibert s’est renouvelé. C’est dans le découpage que le dessinateur est allé chercher l’innovation en s’affranchissant de la case. Le dessin en couleur court sur une double page. Ce qui éloigne Martha et Alan de la BD pour le rapprocher du livre illustré, mais sert admirablement le propos, pour achever de nous subjuguer.

Nous vous proposons semaine après semaine, jusqu’à la parution du livre le 21 septembre de suivre la construction de cette œuvre magnifique, délicate et subtile :

E. Guibert : « J’ai décidé de m’affranchir des cases… »

En juin 2014, deux ans avant la sortie d’Alan et Martha, première rencontre avec Emmanuel Guibert sur ce livre. Il en est aux crayonnés, et explique sa démarche en particulier sur le découpage : cette BD se rapprochera plus du texte illustré que de la BD classique avec des cases :

Martha et Alan d’Emmanuel Guibert paraîtra le 21 septembre et sera publié chez L’Association

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Couverture Martha et Alan
Couverture Martha et Alan © Emmanuel Guibert / L'association

►►► Alan Ingram Cope, l'ami américain d'Emmanuel Guibert, est né en 1925 en Californie et est décédé en 1999 en France. Mobilisé dans l’armée américaine en 1941, il est envoyé comme GI en France en 1945, où il restera après sa démobilisation. C’est à l’Île de Ré, qu’il va rencontrer Emmanuel Guibert (auteur dAriol, du Photographe ). De là nait une amitié forte entre les deux hommes qui va transformer l’œuvre du dessinateur. Il va enregistrer ses souvenirs du vieil homme. Et en tirer deux bandes dessinées : La Guerre d’Alan (publiés en trois tomes entre 2001 et 2008 à L’Association) et L’Enfance d’Alan (paru en 2012 à L’Association).

Emmanuel Guibert sur France Inter :

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